Joseph Folmer (1925-2016)

A la suite de son frère Jean-Baptiste, de 5 ans son ainé, Joseph Folmer s’était engagé avec enthousiasme à répondre à l’appel du Ressuscité pour rejoindre l’Afrique. Le 21 février dernier, cela faisait exactement 65 ans que Joseph avait été ordonné prêtre dans la chapelle du Grand séminaire des Missions Africaines de Lyon. Et cela fera 65 ans en octobre qu’il aura pris le bateau pour le Togo, avec son confrère Henri Kuenemann, en partance pour la Côte d’Ivoire.

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Joseph Folmer

Peu de temps avant son départ, en juillet 1951, j’ai rencontré Joseph pour la 1ère fois, à Saint-Pierre. Il venait sans doute rencontrer Père Provincial Kern avant de partir en mission. Saint-Pierre était en même temps la maison provinciale et le séminaire des plus jeunes. Alors que Joseph priait son bréviaire sous le vieux tilleul du parc, les petits séminaristes, dont je faisais partie, s’agglutinaient autour de lui pour l’écouter. A travers des histoires captivantes, il nous disait sa joie d’avoir découvert la famille des Missions Africaines et nous partageait sa flamme de pouvoir partir bientôt en mission. Son don de conteur nous fascinait tous.

Arrivé à Lomé, Joseph sera accueilli par son frère Jean-Baptiste, alors professeur au Collège St-Joseph. Ce sera le début de 21 années consacrées avec enthousiasme au rayonnement de l’Évangile [1]. Il est d’abord affecté à Amoutivé, la 2e paroisse de Lomé, une paroisse jeune et vivante, où on lui confie la direction d’une école de quelques 1000 élèves. En cette année de la miséricorde, il me plaît de relever ces mots du Père Joseph : « les samedis, nous les passions pratiquement du matin au soir à confesser. Nous prenions à peine le temps de manger. La récompense, nous l’avions le dimanche matin : l’église était comble et recueillie ».

Ces mêmes mots, Joseph les redira pendant les 6 années suivantes aux élèves et aux professeurs du Collège St-Joseph. Mgr Strebler venait en effet de le nommer économe de ce grand établissement. Homme pratique et homme de contact, Joseph saura s’entourer de nombreux collaborateurs laïcs qui l’aideront à faire de ce collège un centre de rayonnement pour tout le pays : il l’équipera d’un laboratoire de physique et de chimie et réalisera un terrain de sport avec l’aide des prisonniers de la ville. Il organisera aussi des Messes de minuit mémorables, avec fanfare et crèche vivante, qui rassembleront quelques 2000 fidèles sur le stade du camp militaire dont il était aussi l’aumônier.

En 1962, il sera nommé au diocèse d’Atakpamé et on lui confiera la mission de Nuatja. Il fallait aménager le presbytère, terminer l’église et surtout ouvrir l’arrière pays de l’Est Mono à l’Évangile. Il préparera ainsi l’ouverture de la nouvelle mission de Tado, que Mgr Atakpa lui confiera en 1967. De nouveau, il faudra construire : la maison d’habitation, un centre social pour les jeunes et l’église. Un exploit dans ce secteur coupé plusieurs mois de l’année du reste du pays par le fleuve Mono. Mais quand on présentait Joseph comme le grand constructeur de ce secteur, il se plaisait à souligner qu’il n’avait pu réaliser cela que grâce à la collaboration bénévole de tous les villageois, et grâce aussi aux généreux bienfaiteurs de France avec lesquels il entretenait des liens réguliers. Et il ajoutait : « je construisais, mais je n’oubliais pas l’essentiel de mon ministère : évangéliser, faire connaître le Dieu, Père, bon et miséricordieux, à l’écoute de tous, et son Fils Jésus-Christ… Je faisais mes tournées dans les villages comme avant ! Le travail matériel, je le confiais en mon absence au maçon et à mon catéchiste, dans lesquels j’avais une entière confiance. »

Le Père René Soussia se souvient d’une réunion de confrères des Missions Africaines à Tomegbe. C’était vers 1970, une grande discussion : « Comment transmettre l’évangile ? » Joseph sera un des derniers à intervenir, il disait : « Surtout, il faut être bon. On ne réussit pas en pastorale par des techniques, mais par le respect des personnes, par la bonté… » Cette conviction, Joseph avait essayé de la mettre en pratique au cours de ses années de mission au Togo, et c’est dans cet esprit aussi qu’il se mettra au service diocèse de Metz pendant 28 ans, d’abord à la paroisse de Veckersviller et Metting, avec en plus Hommarting à partir de 1985. Il continuera cette nouvelle mission avec la même simplicité, sa joie de vivre et sa proximité avec les gens. Pendant plusieurs années, il apportera aussi son concours à la kermesse des Missions Africaines du Zinswald et en assurera notamment l’animation musicale.

Sa longue vie trouve un bel écho dans le testament spirituel qu’il nous a laissé : « Aimer Dieu, aimer son prochain comme soi-même », les deux grands commandements qui se résument en un seul mot, aimer. J’ai essayé de le mettre en pratique de mon mieux tant en Afrique que dans les paroisses de Moselle. »

[1] Ces années, sans doute les plus belles de sa vie de prêtre, il ne les oubliera pas et il tiendra à rédiger un petit livret pour y consigner ses souvenirs. Cf. Ralliement 2010, n° 4 et 5 et 2011, n° 1, 2 et 3.

Publié le 5 septembre 2016 par Lucien Derr