Joseph, une image de l’Afrique ?

Joseph, vendu comme esclave par ses frères, est-il une image réaliste de l’Afrique ? L’histoire de Joseph rachetant ceux-là mêmes qui l’ont vendu n’est pas un rêve insensé. On pourrait dire qu’elle est plus vraie que nature.

Le rêve qu’il fit dans sa jeunesse s’est réalisé dans son âge mûr, quand la roue de l’histoire eut tourné et que ses frères, insensibles à sa détresse, se sont trouvés face à lui dans une détresse multipliée par onze, menacés de mort par la famine.

Eux, aveuglés par la jalousie et la haine, n’avaient pas reconnu en lui leur frère. Lui, au contraire, les reconnut dans leur détresse alors qu’il était au comble de sa gloire. Il ne s’est pas vengé du mal qu’ils lui avaient fait. Sa foi, mûrie par l’épreuve, lui a fait reconnaître dans le malheur qui l’avait atteint le chemin par lequel Dieu-providence a passé pour sauver ses frères de la mort.

Son histoire n’est pas un conte, une histoire ancienne qu’on raconte, mais la pure réalité quand le Christ l’a accomplie. Vendu par un de ses frères au prix d’achat d’un esclave, il a sauvé ses frères au prix de sa propre vie, au prix de son sang qu’il est juste d’adorer (sachant qu’adorer veut dire littéralement : porter à la bouche). Cette histoire à dormir debout s’est réalisée une fois pour tous les temps.

Elle pourrait bien se réaliser de notre temps par l’Afrique, qui connut les affres de l’esclavage. Encore un rêve échevelé ? Peut-être pas... Si l’on sait par Albert Tevoedjré, un Africain contemporain, que la Pauvreté est la richesse des peuples, l’Afrique est une réserve immense où peuvent puiser les peuples. Pour être clair, la richesse ’de l’Afrique n’est pas d’abord celle que recèle son sous-sol et qu’on lui vole. C’est son humanité, son sens de l’humain, sauvegardée par la pauvreté.

A voir à quelles dérives extrêmes peuvent conduire le bien-être et la prospérité, on ne peut qu’admirer le bon sens dont fait preuve la majorité des Africains (il y a bien une frange de la population africaine séduite et égarée par les thèses des nantis). Ce bon sens est apparu dans la crise anglicane des années 2002- 2009, sous la Primatie de Rowan Williams. La réaction la plus vigoureuse est venue des anglicans africains.

Sans doute le verra-t-on encore quand la majorité des Africains, poussés par leur bon sens, résisteront aux pressions qu’exercent les pays nantis pour les entraîner dans toutes sortes de dérives nées d’une abondance qui rend aveugle et insensible. Ne dit-on pas de quelqu’un qu’il ne se sent plus ? La pauvreté serait-elle un garde-fou quand le succès et la réussite font perdre la tête ?

Pourra-t-on alors encore dire : « C’est pour sauver vos vies que Dieu m’a envoyé en avant de vous » [1] lorsque vous m’avez vendu ? On verra que l’Évangile ne ment pas quand il dit : « heureux vous les pauvres, car le Royaume de Dieu est à vous » [2]. Et les quolibets des superbes n’y pourront rien. Ceux-là passeront avec le ciel et la terre, tandis que les Paroles du Christ brilleront à jamais au firmament du Ciel.

[1] Gén. 45, 5.

[2] Luc 6, 20.

Publié le 23 août 2016 par Alphonse Kuntz