Jubilé de Diamant du diocèse de Sokodé

2e partie du discours d’ouverture du Jubilé par Mgr Ambroise K. Djoliba [1] en la cathédrale de Sokodé le 19 septembre 2015. Suite des pages 18 à 21 dans le Ralliement n°1 / 2016.

Mgr Jérôme Lingenheim (1945-1964)
C’est Mgr Jérôme Lingenheim qui succéda à Mgr Joseph Strebler à la tête de la préfecture du Nord Togo. Le 07 juin 1946, il est nommé deuxième Préfet Apostolique du Nord Togo (avec siège à Sokodé). Il était au Sud Togo (Togoville et Lomé) depuis 12 ans et il était bien initié à tous les problèmes de l’apostolat en Afrique. Tout de suite il se mit au travail, et la Préfecture Apostolique du Nord Togo continua de se développer visiblement comme sous son prédécesseur.

Comme deuxième Préfet Apostolique du Nord Togo, Mgr Lingenheim s’était fixé cinq objectifs principaux. A savoir :
(1) L’œuvre des séminaristes africains car, pour lui, le clergé local était l’œuvre la plus importante et il voulait lui consacrer tous ses soins. « Pour que l’Eglise soit établie en Afrique, écrivait-il, il ne suffit pas qu’il y ait de nombreux chrétiens africains et de nombreuses paroisses, mais il faut encore que des prêtres africains soient à la tête des paroisses et des évêques africains à la tête des diocèses. »
(2) L’œuvre des catéchistes.
(3) L’œuvre des religieuses africaines.
(4) L’œuvre des écoles catholiques.
(5) La construction d’une cathédrale dédiée à Ste Thérèse de l’Enfant Jésus.

En 1946, la Préfecture Apostolique du Nord Togo comptait dix écoles catholiques de Dapaong à Sokodé. Leur nombre passa de dix à soixante-quatre, avec un effectif de 6.556 élèves, sous Mgr Lingenheim. La difficulté, pour lui, était la pénurie de personnel missionnaire. Pour résoudre ce problème, il fit appel aux Frères Franciscains, qui répondirent favorablement. Aussi, ce fut avec joie et enthousiasme que Mgr Lingenheim et ses missionnaires accueillirent les chers Pères Franciscains qu’il appela « Nouveaux Frères d’armes qui venaient partager avec eux les joies et les peines de l’apostolat, en attendant de prendre à leur charge les districts de Dapaong, de Mango, Bombouaka et Kandé ».
Le premier groupe de Frères Franciscains arriva sur place en novembre 1956. Entretemps, le 14 septembre 1955, la Préfecture Apostolique du Nord Togo fut élevée au rang de diocèse par le Pape Pie XII. Et Mgr Lingenheim fut nommé Administrateur Apostolique en attendant la nomination d’un évêque sur le siège épiscopal de Sokodé. Et voilà que le 4 juillet 1956, c’est Mgr Lingenheim lui-même que le Pape Pie XII nomma premier évêque du diocèse de Sokodé ! Il rentra en France, où il fut sacré évêque en la fête du Christ-Roi, le 28 octobre 1956, par Mgr Jean Julien Weber, évêque de Strasbourg, assisté de Mgr Émile Durrheimer, évêque de Katiola (Côte d’Ivoire), et de Mgr Hubert Paulissen, ancien évêque de Kumassi (Ghana).

Mgr Lingenheim prit part au concile Vatican II et, le 18 novembre 1964, donna sa démission en faveur d’un évêque Togolais à sa place. C’est Mgr Lingenheim qui avait ouvert à Kara l’Institut Secondaire Catholique qui deviendra plus tard Collège Chaminade, au grand étonnement de ceux qui, en haut lieu disaient : « Pourquoi un collège dans la brousse ? » Mais Mgr Lingenheim voyait plus loin que ceux qui faisaient de telles réflexions. C’est encore lui qui fit venir les Sœurs de la Providence de Peltre à Sotouboua et à Kambolé, et les Sœurs Notre-Dame des Apôtres à Siou et à Niamtougou. Il accueillit le Foyer de Charité à Alédjo comme un don du Ciel.

Le P. Paul Welsch, Vicaire Capitulaire (Nov. 1964-16 Jan. 1966)
Le Père Welsch fut nommé Vicaire Capitulaire, ou Administrateur diocésain, après la démission de Mgr Lingenheim, pour assurer l’intérim du gouvernement du diocèse de Sokodé en attendant l’arrivée du nouvel évêque. C’est lui qui m’a appelé à l’ordre sacré du sous-diaconat et du diaconat en juin 1965. Le Père Paul Welsch, sous Mgr Lingenheim, fut Directeur diocésain de l’Enseignement catholique, puis Vicaire Général de Mgr Lingenheim. Après l’intérim comme Administrateur diocésain, le Père Welsch était retourné à Lomé, dans la maison Régionale des Pères de la Société des Missions Africaines de Bè.
C’est là qu’il tombera malade, le 27 juin 1966. Il fut hospitalisé le lendemain à l’hôpital de Lomé-Tokoin. Et, malgré les soins énergiques des médecins, il mourra une semaine après. Ses obsèques eurent lieu le 6 juillet 1966 à Lomé et furent présidées par Mgr Robert Dosseh, assisté de nos Seigneurs Bernard Atakpa, évêque d’Atakpamé, et Chrétien Bakpessi, évêque de Sokodé qui prononça l’oraison funèbre et retraça avec émotion la vie et l’œuvre admirable du défunt, grand missionnaire au Togo qui s’était donné à son troupeau et à ses chers confrères missionnaires pour qui il était un modèle.

Mgr Chrétien Matawo Bakpessi (9 Août 1965-27 Avril 1992)
Nommé évêque de Sokodé le 9 août 1965, Mgr Bakpessi fut sacré à Rome le 5 décembre 1965, pendant le Concile Vatican II, par le Cardinal Agagianian, alors Préfet de la Sacré Congrégation de la Propagande qu’on appelle aujourd’hui Sacré Congrégation de L’Evangélisation des Peuples.

Pour nous Togolais, nous notons que c’est ce 5 décembre 1965 qu’eut lieu le terrible accident de Sotouboua, où un gros camion dont les freins avaient lâché fonça à grande allure sur une foule qui dansait habyè en traversant la route nationale N°1.

Après son sacre à Rome, Mgr Bakpessi revint au Togo et pris possession de son diocèse par la cérémonie de l’intronisation qui eut lieu le 16 Janvier 1966 à Sokodé. Mgr Bakpessi est un ancêtre du diocèse de Sokodé. Il est bien proche de nous, parce que beaucoup d’entre nous, qui l’ont connu et vu, se souviennent de lui aujourd’hui encore. Je ne m’étendrai donc pas sur lui. Je me contenterai de souligner que, pour la communauté chrétienne de son diocèse, il a construit un centre de catéchèse et de Liturgie à Kara pour la formation des catéchistes.

Ensuite, par amour pour les cultivateurs de son diocèse qui est un diocèse essentiellement rural, il a fait venir les Frères et Sœurs Missionnaires des Campagnes et les a installés à Atchambgdè, puis à Pouda (pour les Sœurs) et à Massédéna (pour les Frères). Avec mission d’accompagner et d’encadrer nos braves cultivateurs par l’exemple de leur vie et par leurs conseils, étant donné que ces Frères et Sœurs des Campagnes travaillent eux-mêmes la terre. Dans le même intérêt pour nos cultivateurs, il avait créé un Centre d’animation rural à Adjengré pour la culture attelée, Centre dirigé au début par un Allemand de Misereor, et ensuite par des Togolais. Mgr Bakpessi est le promoteur de la Jeunesse Agricole Chrétienne (J. A. C.) dans notre Église catholique Togolaise. C’est lui qui a fait venir la communauté des Sœurs Notre-Dame de l’Eglise à Adjengré pour l’animation rurale auprès des femmes. C’est encore lui qui, cherchant la promotion de la jeune fille, a fait venir les Sœurs de l’Assomption à Sokodé Komah, pour ouvrir l’Institut Technique Commercial (I. T. C.), et il eut la franche collaboration de la famille Ayéva pour cela. C’est encore et toujours lui qui a fait revenir au Togo les Pères de la Société du Verbe Divin, ceux-là même qui avaient commencé l’évangélisation du Togo sous la colonisation allemande et avaient été obligés de le quitter après la guerre de 1914-1918.

A Mgr Bakpessi aussi, nous devons l’existence du C. E. G. catholique de l’Assomption, du Lycée Ste Marie de Komah, du C. E. G. Notre-Dame de la Paix de Sotouboua, devenu aujourd’hui lycée. Mgr Bakpessi fit venir les Sœurs de Ribeauvillé à Kara. Nous lui devons encore la présence des Sœurs de Ste Catherine venues de Pologne, installées à Guérin-Kouka, Pagouda, Sokodé, Kpalimé et dans le diocèse de Natitingou.

Ouverture du Jubilé
La vie et l’œuvre admirable des ancêtres fondateurs de notre diocèse de Sokodé parle encore aujourd’hui et nous invite à leur emboiter le pas et à être dignes d’eux. Que devons-nous faire, alors que nous ouvrons le jubilé de l’érection canonique du diocèse de Sokodé ? Croiser les bras ? Non. Notre premier ancêtre fondateur, Mgr Strebler, disait que « le bon Dieu n’aime pas les bras croisés. » Mettons-nous donc tous au travail.
Aujourd’hui, le Seigneur, qui ne saurait abandonner son œuvre, nous donne du personnel apostolique en la personne de trois nouveaux diacres pour nous aider à préparer la relève de demain. Rendons grâce pour ce don, mais surtout soyons des artisans de paix partout où nous vivons et travaillons pour éviter une nouvelle guerre qui risquerait de réduire à néant l’ouvre admirable de nos ancêtres fondateurs qui ont peiné pour nous faire connaître le Prince de la Paix. Leur vie et leur œuvre d’amour envers tous les hommes nous invitent à prier pour les vocations sacerdotales et religieuses, pour les vocations de consacrés et de chrétiens engagés dans le monde et dans l’Église de Jésus-Christ. « La moisson est abondante, et les ouvriers, peu nombreux ; prions le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson. »

Et vous, chers amis, qui allez être ordonnés diacres en vue du sacerdoce, vous voyez et vous savez en ce jour anniversaire quels sont les ancêtres fondateurs de notre Église-famille du Nord Togo. Eh bien ! Que votre vie sacerdotale prenne la graine sur eux et s’inscrive dans la ligne de nos vaillants fondateurs afin de faire de vous des serviteurs zélés et mordus pour la cause de Jésus-Christ et son Eglise. Et que, toute votre vie, vous soyez à l’aise dans votre être et dans votre peau sacerdotale.

Église de Sokodé, Église du Nord Togo, connais tes ancêtres dans la foi chrétienne et sois fière. Église de Sokodé, Église du Nord Togo, connais ton histoire et rends grâce à Dieu en proclamant Jésus-Christ Seigneur. Amen Alléluia ! "

[1] Mgr Ambroise K. Djoliba fut évêque de Sokodé jusqu’au 3 janvier 2016.

Publié le 1er février 2017 par Mgr Ambroise K. Djoliba