Jubilé missionnaire à Artzenheim

Quelle fête ! Quelles retrouvailles chaleureuses autour de Pierre Kunegel, en ce dimanche 7 juillet 2013, à Arzenheim dans le Haut Rhin, à l’occasion du cinquantième anniversaire de son ordination sacerdotale ! Tous ceux qui sont venus à la célébration de ce jubilé d’or ont été impressionnés par la masse de sympathie que notre jubilaire a su faire naître autour de lui et de son œuvre missionnaire.
Homme de relation, Pierre a partagé régulièrement ses joies et ses soucis avec sa famille, ses amis, ses compatriotes et aussi ses collaborateurs européens des premières années en Côte d’Ivoire. Ce jubilé fût vraiment une fête de la mission ! Le Père Claude Rémond, confrère de cours et Jubilaire lui-même, qui envisage pour son propre jubilé une célébration œcuménique dans sa paroisse vers le 22 septembre, a prononcé l’homélie de circonstance que voici.

« La moisson est abondante mais les ouvriers sont peu nombreux » vient de nous dire l’évangile de ce jour [1] et justement aujourd’hui, frères et sœurs, nous fêtons les 50 ans de labeur d’un ouvrier que le Seigneur a envoyé dans sa moisson en Afrique.
Il s’agit de l’un d’entre vous, Pierrot, issu d’une famille de tailleurs, père et mère penchés à longueur de journée sur la machine à coudre pour faire vivre la famille. Avec moi-même, son camarade de cours, fils de gendarme et un peu d’ici aussi puisque ma famille est originaire de Baltzenheim, nous avons suivi la filière des Missions Africaines : d’abord à Saint-Pierre où nous avons expérimenté, à un âge encore tendre, la dure rupture avec la famille, puis à Haguenau pour les études secondaires, au Zinswald pour la philosophie scholastique et au Noviciat à Chanly, en Belgique, où nous avons plus sérieusement réfléchi à notre vocation et à la spiritualité des Missions Africaines. Grand séminaire à Lyon et à Saint Pierre, entrecoupé d’un long service militaire, et enfin l’ordination à Saint-Pierre par Mgr Lingenheim, un glacial jour de février 1963.

Et alors cela a été pour toi, Pierrot, l’envol vers l’Afrique, cette Afrique tant désirée, ce premier poste en Côte d’Ivoire où on laisse toujours un morceau de son cœur. Le Seigneur t’a dit, à toi aussi, comme aux apôtres de l’évangile : Va, je t’envoie, dis aux habitants : « Le règne de Dieu est tout proche de vous ! » Tu es parti, non comme un conquérant, mais comme quelqu’un de respectueux des cultures, quelqu’un qui vient d’abord pour apprendre, pour regarder vivre, pour voir de quoi ces populations ont le plus besoin. « Ventre affamé n’a pas d’oreilles », dit-on, et c’est d’abord vers cela que tu as porté tes efforts.
Que ce soit à Nyakara ou à Timbé, ou maintenant à Kombolokoura, tu as mis toutes tes forces et toute ton énergie à mettre les hommes debout, à les rendre capables de prendre en main leur propre développement. Plutôt que de leur faire la charité en vivres distribués, tu leur as appris à cultiver, à faire des vergers, des ruchers, pour leur permettre d’améliorer par eux-mêmes leurs conditions de vie.
Oui, que de jeunes paysans, de lycéens, d’ingénieurs, de laborantins, d’éducateurs, de sages-femmes pourraient aujourd’hui te remercier pour tout ce que tu leur as permis d’entreprendre et de réaliser pour changer leur vie. Les jeunes ont d’ailleurs toujours été au centre de tes préoccupations. Tu savais bien que le noyau des futurs communautés villageoises et chrétiennes, ce serait eux.

Ce qui était aussi remarquable dans ton apostolat, c’était les relations apaisées et fraternelles avec les musulmans, et en particulier avec le chef du village de Pygnon. A l’inauguration de la chapelle de ce village dont le chef avait donné le terrain, tous les notables musulmans étaient au premier rang. Le seul moment de flottement que j’avais remarqué au cours de cette messe était celui de la quête où chacun regardait l’autre pour savoir que faire ou que donner… Une véritable confiance et une amitié s’étaient créées entre le chef maintenant défunt et Pierre, montrant bien que dans le respect mutuel tout est possible et que cet esprit peut continuer.
Si Pierre est tellement impatient de repartir (il aurait bien droit à la retraite lui aussi), c’est qu’il se laisse entraîner par l’enthousiasme des nouvelles paroisses qui se créent autour de lui et qui se prennent en charge aussi bien spirituellement que matériellement. C’est pour lui un émerveillement de voir grandir la moisson. Pour lui aussi se réalisent ces versets de Saint Marc : « Il en est du Royaume de Dieu comme d’un homme qui aurait jeté du grain en terre : qu’il dorme ou qu’il se lève, la nuit ou le jour, la semence germe et pousse, il ne sait comment. »

Eh bien Pierre, à l’occasion de ton jubilé, tes confrères, amis, parents et habitants d’Artzenheim te remercient pour l’exemple de dévouement à l’Afrique que tu leur donnes et avec toi, en ce jour, ils rendent grâce à Dieu pour tout ce qu’il a pu réaliser à travers tes mains.

[1] Luc 10, 1-12.

Publié le 9 octobre 2013 par Claude Rémond