Kermesse de Saint-Pierre : rencontre avec un missionnaire

La traditionnelle kermesse de Saint-Pierre est toujours une belle occasion de renouer avec la Mission et de rappeler ainsi l’orientation première de cette maison. En ce dimanche de la Sainte-Trinité, tout commença par la célébration eucharistique au cours de laquelle Pierre Kunegel donna un témoignage fort émouvant.

Revenu de Côte d’Ivoire avant Noël pour raison de santé, alors que les gens s’affrontaient dans les différentes régions et particulièrement dans le sud et l’ouest du pays, j’espère bien y retourner lorsqu’on m’aura soigné.

En janvier 2001, j’avais rejoint la Mission de Kombolokoura, fondée par le Père Jean Founchot. C’est une Mission de première évangélisation avec très peu de baptisés et qui comprend 37 villages. Les baptêmes enregistrés à mon arrivée n’étaient qu’au nombre de 227.
Dans les villages nous avons découvert de petites communautés composées surtout de catéchumènes et de sympathisants. Il n’y avait que trois villages avec une petite chapelle où les chrétiens et les catéchumènes pouvaient se rassembler. Ailleurs, nous nous réunissons à l’ombre d’un arbre ou dans la case d’un particulier. Aujourd’hui, il y a 6 lieux de culte en plus, dont 2 ont plus de 300 places (Dassoungboh et Dassoumblé). Un autre est en projet car je tiens à ce que la plupart des gens aient moins de 4 km à faire pour les célébrations.
Un de ces centres, Dassoungboh, est appelé à devenir paroisse dans un proche avenir. Depuis que cette petite église est construite, elle ne désemplit pas. Bien au contraire, à plusieurs reprises on m’a présenté des personnes qui désirent faire partie de la communauté. Je les accueille alors officiellement à la fin de la messe.

C’est à l’initiative d’un chef de village, un musulman, que j’ai construit le premier des six lieux de culte sur cette paroisse. Tout d’abord, je n’étais pas vraiment convaincu par ses motivations. Un jour il m’a dit : Mon Père, la vieille case où tu dis ta prière n’est pas digne. C’est à côté du marché, avec un moteur qui se met à fonctionner à n’importe quel moment. Montre-moi le terrain que tu aimerais pour ton église et je te le donnerai.
Quelques jours après, je suis revenu le voir et il m’a accompagné à travers le village. Nous avons trouvé un bel emplacement à côté de l’école et près du dispensaire. Et il m’a dit : Toute la terre qui est derrière, c’est pour toi.

Le chantier a commencé et, comme j’avais demandé la participation des hommes pour la main d’œuvre, et des femmes pour l’eau et la nourriture des ouvriers, il s’est lui-même proposé pour superviser le chantier. C’est ainsi qu’à débuté une complicité et une amitié entre nous.
Le jour de la bénédiction de l’église, il a commandé des musiciens pour accueillir l’évêque de Korhogo et pour animer la journée festive. Avec tous ses notables, il est venu occuper les premières places dans l’église. Au moment de la prière universelle, il s’est levé et a fait, lui aussi, une prière. Il a demandé que la communauté chrétienne donne le bon témoignage pour que d’autres soient attirés et viennent la rejoindre. A la fin de la messe, il a remercié le Père pour la construction, et avec un petit air taquin, il a ajouté : Pour moi, je trouve que ce bâtiment est un peu trop petit pour mon village !

A toutes les grandes occasions, il s’est présenté à l’église, s’asseyant à côté du célébrant et amenant avec lui les notables. Un jour, lorsque je lui ai posé la question, il m’a répondu : Eux aussi n’ont qu’à entendre tes paroles.
Par la suite, nous avons eu plusieurs échanges sur la foi. Un jour, il m’a expliqué qu’il aurait bien aimé devenir chrétien, mais vu son statut de chef, il ne pouvait pas. Je lui ai alors répondu que, pour moi, il faisait partie des nôtres et s’il croit que Jésus Christ est mort également pour lui, il le trouvera à l’accueil, lorsqu’il quittera ce monde. C’est alors qu’il a essuyé une petite larme.

Le 15 août dernier, une délégation du village est venue m’annoncer son décès. Dès le dimanche suivant, je suis allé célébrer une messe pour lui et bénir son corps avec l’accord des musulmans, dont certains m’ont accompagné pour assister à la prière. L’enterrement n’eut lieu que le 17 septembre. Comme je le lui avais promis, les chrétiens étaient présents et la cloche a sonné pendant son transfert au cimetière. Au retour, je suis allé célébrer la messe pour lui, tandis que les musulmans faisaient le sacrifice d’un bélier.

J’ai tenu à donner ce témoignage pour montrer que l’Esprit Saint est à l’œuvre dans le cœur des hommes, souvent là où nous ne l’attendons pas et que nous devons être attentifs à ses manifestations pour rendre compte, le moment venu, de l’espérance qui nous habite et qui nous fait vivre.

Publié le 25 août 2011 par Pierre Kunegel