L’année jubilaire de la miséricorde par le Pape François

Pour marquer le cinquantenaire de la clôture du Concile Vatican II, le 8 décembre 1965, le pape François a décidé une année jubilaire de la miséricorde par une « bulle d’indiction » intitulée « Le visage de la miséricorde ». Le document est daté du 11 avril 2015, veille du 2ème dimanche de Pâques, dimanche de la Divine Miséricorde.

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Le Pape François ouvre lac Porte Sainte de la basilique Saint-Pierre de Rome et lance le Jubilé de la Miséricorde le 8 décembre 2015.
Photo cath.ch

Le Concile Vatican II a ouvert un chemin de miséricorde

J’ouvrirai la Porte Sainte pour le cinquantième anniversaire de la conclusion du Concile œcuménique Vatican II. L’Église ressent le besoin de garder vivant cet événement. C’est pour elle que commençait alors une nouvelle étape de son histoire… Les paroles riches de sens que saint Jean XXIII a prononcées à l’ouverture du Concile pour montrer le chemin à parcourir reviennent en mémoire : « Aujourd’hui, l’Épouse du Christ, l’Église, préfère recourir au remède de la miséricorde plutôt que de brandir les armes de la sévérité ».
Dans la même perspective, lors de la conclusion du Concile, le bienheureux Paul VI s’exprimait ainsi : « Nous voulons plutôt souligner que la règle de notre Concile a été avant tout la charité… La vieille histoire du bon Samaritain a été le modèle et la règle de la spiritualité du Concile…. Un courant d’affection et d’admiration a débordé du Concile sur le monde humain moderne… Au lieu de présages funestes, des messages de confiance sont partis du Concile vers le monde contemporain : ses valeurs ont été non seulement respectées, mais honorées ; ses efforts soutenus, ses aspirations purifiées et bénies… » Toute cette richesse doctrinale ne vise qu’à une chose : servir l’homme. Il s’agit, bien entendu, de tout homme, quels que soient sa condition, sa misère et ses besoins [1].

Un des leitmotivs du Concile a été « Église servante et pauvre ». Durant ces 50 ans, l’Église a fait un merveilleux chemin, vers plus de sainteté et d’humilité, vers plus d’accueil envers les pécheurs, vers la miséricorde. Le thème de la miséricorde a été repris par les papes qui se sont succédés depuis Jean XXIII, qu’on appelait le « bon pape Jean ». Paul VI, en instituant le synode, a mis l’Église sur un cheminement permanent de réflexion et de mise à jour. Son Exhortation apostolique, « Annoncer l’Évangile aux hommes de notre temps », du 8 décembre 1975, est une invitation pressante faite à toute l’Église pour qu’elle retrouve le courage et la joie d’annoncer l’Évangile et qu’elle envisage les modes les plus adaptés et les plus efficaces pour le communiquer. Jean-Paul Ier, pape éclair dont le règne a été de 33 jours, sans doute trop bon pour durer plus longtemps, n’a fait que refléter un visage de paix muni d’un éternel sourire, reflet du sourire de Dieu ; il a ainsi montré le chemin à Jean-Paul II, voyageur infatigable de l’évangile, le pape du dimanche de la miséricorde, de l’encyclique « Riche en miséricorde » (30 novembre 1980). La première encyclique (25 décembre 2005) de Benoît XVI, « Dieu est amour », est une belle et émouvante méditation sur l’amour humain et l’amour de Dieu pour l’humanité, un amour qui transparaît dans toute vie et dont chacun fait l’expérience dans la prière, la liturgie et la rencontre du prochain.

Une action de grâce

À travers ces grands papes qui nous ont été donnés, Dieu a visité son peuple. L’Église a dû faire face aussi, avec courage et humilité, à ses propres faiblesses et à son péché qui ne cesse de resurgir. Elle ressent de plus en plus pour elle-même le besoin de la miséricorde du Père. Cette année jubilaire est d’abord une occasion d’action de grâces pour ces 50 années de cheminement, de grâces, de pardon, d’espérance. Ce chemin parcouru durant ces 50 ans, le Pape François voudrait le poursuivre avec tous les croyants qui, ayant fait eux-mêmes l’expérience de la miséricorde divine, peuvent la proposer autour d’eux : « animés par des sentiments de gratitude pour tout ce que l’Église a reçu, et conscients de la responsabilité qui est la nôtre, nous passerons la Porte Sainte sûrs d’être accompagnés par la force du Seigneur Ressuscité qui continue de soutenir notre pèlerinage [2]. » La miséricorde est « l’attribut le plus admirable du Créateur et du Rédempteur [3] ». Jésus lui-même a montré la voie par ses rencontres avec la Samaritaine et avec la femme adultère. La miséricorde pourrait se résumer dans ces mots : « Va, je ne te condamne pas » et « Va en paix, ne pèche plus ».

La miséricorde fait partie de la devise épiscopale du Pape François : « miserando atque eligendo », ce qui se traduit par « quand il m’a fait miséricorde, il m’a choisi ». Il l’a adoptée en référence à la péricope de la guérison du possédé de Gérasa et du choix de Matthieu : « Après avoir libéré le possédé de Gerasa, il lui donna cette mission : « Annonce tout ce que le Seigneur a fait pour toi dans sa miséricorde [4]. » Commentant cette scène de l’Évangile, Saint Bède le Vénérable a écrit que Jésus regarda Matthieu avec un amour miséricordieux, et le choisit : miserando atque eligendo. Cette expression m’a toujours fait impression au point d’en faire ma devise [5]. »

Les œuvres de Miséricorde

Comme conséquence de la contemplation de la Miséricorde divine, « l’Église a pour mission d’annoncer la miséricorde de Dieu… Son langage et ses gestes doivent transmettre la miséricorde pour pénétrer le cœur des personnes et les inciter à retrouver le chemin du retour au Père [6]. » Dans sa bulle d’indiction, le Pape François rappelle les œuvres traditionnelles de la miséricorde. Il y a sept œuvres de miséricorde corporelle et sept œuvres de miséricorde spirituelle qui ont leur source dans la prédication de Jésus et se sont ensuite concrétisées dans des institutions et pratiques très anciennes de l’Église [7].

Miséricorde corporelle
Nourrir les affamés ;
Donner à boire aux assoiffés ;
Vêtir les personnes nues ;
Accueillir les étrangers, les pèlerins, et les gens dans le besoin ;
Visiter les malades ;
Annoncer la bonne nouvelle aux prisonniers et aux captifs (anciennement rachat des captifs) ;
Enterrer les morts (XIIIe siècle).

Miséricorde spirituelle
Conseiller ceux qui sont dans le doute ;
Instruire les ignorants ;
Avertir les pécheurs ;
Consoler les affligés ;
Pardonner les offenses ;
Supporter patiemment les personnes ennuyeuses ;
Prier Dieu pour les vivants et les morts.

La Porte sainte

Les rites de cette année jubilaire, comme de toute année jubilaire, incluent l’ouverture de la Porte sainte, appelée porte du jubilé [8]. Le Pape François a ouvert la première porte du jubilé à Bangui, en République Centrafricaine, en plein cœur de l’Afrique, le 29 novembre 2015. Il a souhaité aussi que dans chaque diocèse soit ouverte une ou plusieurs portes de la Miséricorde, de telle sorte que chacun puisse faire une démarche jubilaire. Une porte, dans la vie quotidienne, a plusieurs fonctions, toutes reprises dans le symbole de la Porte sainte :
- elle marque la séparation entre l’intérieur et l’extérieur, entre le péché et l’ordre de la grâce [9] ;
- elle permet d’entrer dans un nouveau lieu, qui est celui de la révélation de la Miséricorde et non de la condamnation [10] ;
- elle assure une protection, elle donne le salut [11] ;
- elle est le point d’aboutissement du pèlerinage. « Le pèlerinage est un signe particulier de l’Année Sainte : il est l’image du chemin que chacun parcourt au long de son existence… [12] »

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Le Pape François souhaite que des Portes de la Miséricorde soient ouvertes dans tous les diocèses. Ici, le Portail de la Vierge à la cathédrale de Metz.
Photo Marc Heilig

« Devant nous, la porte, mais pas seulement la Porte sainte, l’autre : la grande porte de la miséricorde de Dieu qui accueille notre repentir en offrant la grâce de son pardon. La porte est généreusement ouverte, il faut un peu de courage de notre part pour franchir le seuil... Et si la porte de la miséricorde de Dieu est toujours ouverte, les portes de nos églises aussi, de nos communautés, de nos paroisses, de nos institutions, de nos diocèses, doivent être ouvertes, pour que nous puissions ainsi tous sortir pour porter cette miséricorde de Dieu… Le Seigneur ne force jamais la porte : lui aussi, il demande la permission d’entrer (cf. Apocalypse 3, 20)… Il y a des endroits dans le monde où l’on ne ferme pas les portes à clé, il y en a encore. Mais il y en a beaucoup où les portes blindées sont devenues normales. Nous ne devons pas nous résigner à l’idée de devoir appliquer ce système à toute notre vie, à la vie de famille, de la ville, de la société. Et encore moins à la vie de l’Église. Ce serait terrible !... Pas de porte blindée dans l’Église, aucune ! Tout est ouvert ! La gestion symbolique des « portes » – des seuils, des passages, des frontières – est devenue cruciale. La porte doit garder, certes, mais pas repousser. La porte ne doit pas être forcée, au contraire, on demande la permission, parce que l’hospitalité resplendit dans la liberté de l’accueil et s’obscurcit dans l’arrogance de l’invasion. La porte s’ouvre fréquemment, pour voir s’il y a quelqu’un dehors qui attend et qui n’a peut-être pas le courage, peut-être même pas la force de frapper... Jésus a dit : « Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra entrer ; il pourra sortir et trouver un pâturage [13] ».

Il n’y a en effet qu’une seule porte qui ouvre toute grande l’entrée dans la vie de communion avec Dieu, et cette porte, c’est Jésus, chemin unique et absolu de salut… Et si la porte est fermée, disons : « Seigneur, ouvre la porte ! [14] »

[1] Pape François, Le visage de la miséricorde, bulle d’indiction du jubilé extraordinaire de la Miséricorde, 11 avril 2015, n°4.

[2] Le visage de la miséricorde, n°4.

[3] Le visage de la miséricorde, n° 8, citant Jean-Paul II, dans l’encyclique « Riche en miséricorde », n°13.

[4] Marc 5, 19.

[5] Le visage de la miséricorde, n° 8.

[6] Ibid., n° 12.

[7] Ibid., n° 15.

[8] Ibid., n°4.

[9] Michée 7, 18-19.

[10] Matthieu 9, 13.

[11] Jean 10, 7.

[12] Le visage de la miséricorde, n° 14.

[13] Jean 10, 7.

[14] Catéchèse du Pape François, 18 novembre 2015.

Publié le 18 octobre 2016 par Jean-Marie Guillaume