L’aujourd’hui de la mission

Il fut un temps où la mission était perçue comme un poste avancé du christianisme dans des contrées incultes et païennes. Cette présence était censée assurer à la population indigène la civilisation, le bien-être et le salut. La fondation de beaucoup de congrégations et d’instituts religieux s’inscrivit en effet dans cette perspective.

Toutefois, le bilan de cette œuvre est âprement discuté. Il constitue une grande polémique entre les partisans et les détracteurs de ce projet. En quoi consisterait alors le bilan ? Quels en sont les critères objectifs ? Le nombre des baptisés ? L’engouement des fidèles et le caractère exotique des célébrations ? L’autonomie et la responsabilisation des communautés chrétiennes ? Une plus grande implication dans le développement socio-humain ?

Au-delà d’un quelconque bilan, il convient de rappeler que la mission est fondamentalement une initiative divine. Elle relève de la seule volonté du Christ à se manifester dans le monde et à se faire aimer des hommes. Tel est le commandement qu’il a donné à ses disciples :
« Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ; et apprenez-leur à garder tous les commandements que je vous ai donnés [1]. » La mission apparaît dans sa forme comme un ordre qui s’impose aux disciples. Ils l’ont reçu du Christ qui les a chargés de le faire connaître aux hommes. Tout baptisé se sent aussi concerné par cet appel et s’engage à vivre dans la fidélité à la Parole du Christ.

Dans un sens strict, la mission est davantage un témoignage d’amour rendu par chaque croyant en réponse à son baptême. Point n’est besoin de traverser des monts et des collines, des mers et des rivières, ni même d’aller à l’autre bout du monde. Quel que soit l’endroit où chacun se trouve, il est appelé à faire rayonner la bonté du Seigneur autour de lui. En vertu de sa consécration au Seigneur, tout baptisé est missionnaire, c’est-à-dire porteur d’une espérance qui le dispose à l’écoute de ses frères et sœurs dans le Christ Jésus.

Cette disposition à proclamer la Bonne Nouvelle met en évidence l’enthousiasme avec lequel les baptisés vivent leur foi en Jésus-Christ dans le témoignage et le partage avec d’autres. C’est en ce sens que le Père Robert S. Rivers résumait le but de la mission en trois points, à savoir la recherche de la sainteté, le témoignage de la foi et la transformation du monde en Christ [2].

Dans la perspective baptismale, les laïcs sont autant missionnaires que les religieux. Ils répondent à leur manière à la vocation à la sainteté. Ils portent au cœur du monde les préoccupations de l’Evangile et donnent un visage humain au message des béatitudes. Le Concile Vatican II a relevé à juste titre ce rôle essentiel dans le Décret sur l’Activité missionnaire de l’Eglise :
« Les chrétiens, puisqu’ils ont des charismes différents (cf. Rm 12, 6), doivent collaborer à l’Evangile chacun selon ses possibilités, ses moyens, son charisme et son ministère (cf. 1 Co 3, 10) ; tous par conséquent, ceux qui sèment et ceux qui moissonnent (cf. Jn 4, 37), ceux qui plantent et ceux qui arrosent, il faut qu’ils soient un (cf. 1 Co 3, 8), afin que tendant tous librement et de manière ordonnée à la même fin, ils dépensent leurs forces d’un même cœur pour la construction de l’Eglise [3]. »

C’est pourquoi la Société des Missions Africaines ne peut que se réjouir de l’implication des laïcs qui partagent son idéal missionnaire, se mobilisent autour des différentes entités et participent à la définition des orientations et à leur mise en pratique.

Le District de Strasbourg peut ainsi compter sur le soutien indéfectible de tous les bénévoles qui font vivre nos maisons et des membres honoraires dont certains sont associés à la gestion administrative de notre structure. Nous constituons dès lors un corps homogène où chacun apporte le meilleur de lui-même pour le bénéfice de tous. Nous avons plus que jamais besoin de cette complicité et de cette synergie, alors que le District, à l’instar de toute la Société, réfléchit à son avenir. Face à la rareté du personnel et la diminution progressive des ressources financières et matérielles, comment envisageons-nous la pérennité de l’œuvre qui nous échoit ? Grande est la tentation de s’approprier la mission et les initiatives que nous formulons. Toutefois, le missionnaire ne peut en aucun cas se substituer au Maître. Les échecs, les difficultés et les défis du moment doivent lui apprendre à se complaire dans l’humilité.

En effet, il doit « être conscient qu’il est au service d’un mystère qui le dépasse [4]. » Il est ainsi invité à faire l’expérience spirituelle de l’abandon entre les mains du Père.

La dimension baptismale de la mission est rappelée chaque année lors de la semaine missionnaire mondiale. La conscience missionnaire engage dès lors tous les baptisés à se mobiliser en vue d’un témoignage de foi par la prière et un acte de solidarité. Comment vivons-nous aujourd’hui cette mission en tant qu’Institut de vie apostolique ? Appelés à la suite du Christ et porteurs d’un message d’espérance, notre mission consiste à faire découvrir aux hommes le visage d’un Dieu qui nous aime comme un Père dans l’attention et la sollicitude que nous accordons les uns aux autres.

[1] Mt 28, 19-20a.

[2] Robert S. Rivers, From maintenance to mission : Evangelizotion and revitalization of the parish, Paulist Press, New York/Mahwah, 2005, p. 147.

[3] AG n° 28.

[4] Philippe Rolland, Les ambassadeurs du Christ, « Collection Lire la Bible », Le Cerf, Paris, 1991, p. 88.

Publié le 3 février 2012 par Nestor Nongo Aziagbia