L’école catholique au diocèse de Katiola

La Côte d’Ivoire fut confiée aux Missions Africaines pour l’évangélisation vers la fin du XIXe s. A part quelques comptoirs le long de la côte, la région n’avait pas été touchée par la culture européenne. Au début du XXe s., les missionnaires montèrent vers le nord du pays [1]. La Province de Strasbourg fut chargée de ce vaste territoire en 1927. Tout était à faire. Les chefs offraient bien une case aux nouveaux arrivés, mais bien vite des locaux plus spacieux furent indispensables. Nos premières missions s’installèrent le plus souvent près d’un bas-fond pour avoir de l’eau et faire du jardinage. Dès que l’endroit favorable était trouvé, on réalisait une case d’habitation et un espace plus vaste servant de chapelle et d’école [2].

JPEG - 132.5 ko
Le Père Jérôme Fleck en classe.
Photo sma Strasbourg

La construction d’écoles
L’enseignement se faisait parfois à l’ombre d’un manguier. Dans les années 1930, Mgr Durrheimer, alors directeur des écoles de la Préfecture Apostolique de Katiola, fit construire plusieurs salles de réunion dans les stations secondaires : « Ces salles servaient d’écoles, avec un programme de l’école primaire… Le gros problème était chaque fois la fabrication de briques de terre et le ramassage de la paille pour la toiture. Certains chefs, opposés à toute évolution, retardaient l’exécution de ces travaux collectifs. Il fallait souvent intervenir pour activer ces travaux. Quand un village ou une communauté chrétienne demandait une école, le jour fixé, j’y allais pour tracer les fondations. Je disposais d’une équipe de maçons (catéchistes ou autres, tous bénévoles). En trois jours, ils allaient élever les murs. Moi-même, je rentrais après les débuts des travaux… [3] »

Il fallait équiper ces salles avec de maigres moyens : les bancs étaient réalisés par la menuiserie de la mission, un contre-plaqué peint en noir servait de tableau. Les confrères rapportaient de leurs congés du petit matériel pédagogique : cartes, règles, équerres, globes… Mais les enseignants durent souvent se contenter du strict minimum, un tableau noir et de la craie. L’entretien des bâtiments sous les tropiques est bien plus ardu que dans nos régions tempérées. Pendant les grandes vacances, on réparait les bancs et les tables car les termites s’attaquent à tout ce qui est en bois. Les tornades endommageaient les toitures. Pour ne pas retarder le travail scolaire, il fallait rapidement entreprendre une réparation coûteuse. Nous n’étions pas couverts pour ces sinistres et les parents d’élèves n’avaient pas les moyens d’intervenir, d’autant plus que les tornades faisaient également des dégâts dans les villages. Ce sont les bienfaiteurs d’Europe qui nous ont tirés d’embarras.

JPEG - 119.5 ko
Cour de récréation du petit séminaire de Katiola en 1945.
Photo sma Strasbourg

Le recrutement des élèves
Il fallut du temps pour que la population reconnaisse l’utilité de l’école. Au début, les missionnaires demandaient de jeunes garçons aux chefs de villages, qui préféraient envoyer les enfants de leurs subordonnés plutôt que les leurs. Beaucoup de jeunes restaient dans les campements de culture. Ce n’est qu’après la guerre de 39-45, lorsque l’état civil se généralisa, que les maîtres purent relever le nom des enfants en âge de fréquenter l’école d’après les listes de l’administration.

Dans les villages, nos écoles étaient toutes mixtes, mais très peu de fillettes y étaient inscrites. Trop précieuses pour les tâches ménagères, elles n’avaient pas le temps d’aller à l’école, et plus d’un père jugeait que les scolariser était une dépense inutile. Leur éducation dans le diocèse ne commença vraiment qu’à l’arrivée des religieuses. Elles ouvrirent cinq écoles pour filles, mais eurent beaucoup de peine à remplir leurs classes. En plus des matières scolaires, les sœurs veillaient à former des femmes bien éduquées. A la longue, le travail des religieuses fut apprécié, et quand le gouvernement voulut étendre la mixité partout, les parents d’élèves sollicitèrent le maintient de nos écoles de filles.

Au début, aucune tenue n’était imposée aux élèves. Beaucoup venaient pauvrement vêtus, presqu’en haillons. Peu après l’indépendance, le gouvernement ordonna une tenue kaki pour les garçons et une robe à carreaux bleue ou brune pour les filles. Les élèves avaient fière allure lors des rassemblements et des défilés. Dès qu’un officiel arrivait, ils étaient aux premières loges, bien alignés, quelquefois pendant des heures.

[1] Ils s’installèrent à Korhogo en 1904 et à Katiola en 1907.

[2] Parfois, la présence des missionnaires n’était pas désirée. Ainsi, un village très bien situé les contraignit à occuper un endroit moins propice. Cette mission s’est pourtant développée et a attiré toute l’administration.

[3] Propos de Mgr Durrheimer.

[4] La culture d’un potager et d’un champ était indispensable : il fallait nourrir les enfants à midi car certains venaient de villages éloignés.

[5] Cet examen comportait une épreuve de pédagogie et un cours devant une commission.

[6] Dans les dernières années de sa présence, vers 1956-60, la France accentua ses efforts pour l’enseignement. La mission toucha elle aussi des subventions pour la construction de belles écoles en dur.

Publié le 4 avril 2013 par Jérôme Fleck