L’Église d’Égypte : un visage multiforme

Une Église ancienne
En Égypte, on ne peut rencontrer que des chrétiens fiers et heureux de l’être, malgré toutes les persécutions subies au cours de l’histoire. D’abord parce qu’ils ont reçu, selon eux, la semence du christianisme du Christ lui-même puisqu’il a séjourné en Égypte dès sa naissance et y est resté pendant près de trois ans et demi. Cette tradition est confirmée par saint Mathieu, qui signale la fuite de la Sainte Famille en Égypte dans son évangile [1] : l’Ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit : « Lève-toi ; prends l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte ; restes-y jusqu’à nouvel ordre, car Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr. » Joseph se leva, prit avec lui l’enfant et sa mère, de nuit, et se retira en Égypte. Il y resta jusqu’à la mort d’Hérode, pour que s’accomplisse ce qu’avait dit le Seigneur par le prophète : D’Égypte, j’ai appelé mon fils.

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Baptême d’un bébé de rite copte catholique
Photo Jean-Paul Silué

De plus, l’Égypte n’a pas reçu l’évangile d’une personne quelconque. Ce fut en effet saint Marc l’Évangéliste lui-même qui l’évangélisa dès les premières lueurs du christianisme, durant l’ère apostolique. Enfin, les chrétiens égyptiens sont fiers que leur pays ait toujours été un refuge pour le peuple élu, d’Abraham, Père des croyants, jusqu’au Christ, en passant par Jacob et son fils Joseph.

C’est dire que l’Église d’Égypte est des plus anciennes. Elle porte en elle l’histoire du Salut et la tradition du christianisme ; elle a vu naître au IIIe s. l’avènement du monachisme, avec saint Antoine le Grand, Paul de Thèbes et Pacôme le Grand, et se développer l’histoire de Pères du désert.

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Jean-Paul Silué avec un moine au monastère St-Antoine (Égypte)
Photo Jean-Paul Silué

Une Église diversifiée
Cette Église, animée de tant d’histoire, est aujourd’hui bien particulière. Elle est en effet très diversifiée, bien que, de façon générale, les chrétiens d’Égypte aient pour dénominateur commun d’être tous des coptes. Dans sa pluralité actuelle, elle présente de grands groupes : orthodoxe, protestant et catholique.

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Église copte catholique en Haute-Égypte
Photo Jean-Paul Silué

L’Église copte orthodoxe est dominante. Elle fait partie du Conseil Œcuménique des Églises ainsi que du Conseil des Églises du Moyen Orient. Elle est sous la direction du successeur de saint Marc, actuellement Baba Tawadros II, qui porte les titres de Pape d’Alexandrie et de Patriarche de la prédication de Saint Marc. Son siège d’Alexandrie fait partie des cinq sièges papaux, avec Rome, Constantinople, Antioche et Jérusalem.

L’Église copte protestante, pour sa part, est en Égypte une nouvelle donne en pleine effervescence. Elle a pris de l’ampleur ces derniers temps avec de nouveaux mouvements missionnaires venus d’Afrique et d’Asie.

L’Église copte catholique
Quant à l’Église copte catholique, elle est évidemment en communion avec le pape de Rome. Mais elle est dans le concert des Églises catholiques orientales car elle se compose de rites liturgiques orientaux d’une grande diversité : les rites copte, chaldéen, maronite, arménien, byzantin et guèze qui, d’un point de vue juridique, sont des Églises autonomes. Le rite copte domine cependant. La grande majorité de ses églises se trouvent en Haute-Égypte, organisées en diocèses appelés éparchies. Le premier responsable de toutes les éparchies est le Patriarche d’Alexandrie et de toute l’Afrique des coptes, en ce moment le Patriarche Ibrahim Isaac Sidrak.

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Confirmation de rite copte catholique
Photo Jean-Paul Silué

C’est dans cette pluralité de l’Église copte catholique que survit l’Église catholique romaine latine. En Égypte, les latins sont surtout au Caire et à Alexandrie de nos jours. C’est une Église dont l’activité tient aux congrégations missionnaires. Aussi est-elle souvent qualifiée d’Église étrangère, à raison semble-t-il puisque la plupart des latins sont aujourd’hui originaires du Soudan ou d’autres pays. Les autochtones forment une minorité fervente de sympathisants issus des autres rites ; ils se considèrent souvent comme des latins à part entière en vertu d’un lien avec un arrière-parent catholique.

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La basilique catholique latine Notre-Dame d’Héliopolis, au Caire
Photo Jean-Paul Silué

Force est donc de constater aujourd’hui que L’Église catholique copte est surtout implantée en Haute-Égypte, où certains diocèses manquent de présence missionnaire. C’est le cas de l’éparchie de Sohag, dont l’évêque avait lancé une invitation pressante à la Société des Missions Africaines. Ne serait-ce pas pour nous l’appel à une nouvelle ouverture missionnaire au service de l’évangile ? Car elle s’exercerait auprès des plus démunis, des plus abandonnés, et dans un contexte où le dialogue œcuménique et inter-religieux a expressément besoin d’ouvriers d’un autre rite que le copte.

[1] Mt 2, 13 -15.

Publié le 27 janvier 2016 par Jean-Paul Silué