L’Eglise en Centrafrique

« Quelle que soit la durée de la nuit, le jour finit par se lever »

Ce dimanche 22 juillet 2012 est un grand jour pour l’Eglise en Centrafrique. En effet, après une longue période marquée par une crise profonde et la vacance durant 3 ans de trois sièges épiscopaux, Benoît XVI a nommé 4 nouveaux évêques qui reçoivent ce jour l’ordination épiscopale des mains du Cardinal Fernando FILONI, préfet à Rome de la Congrégation pour l’Évangélisation des Peuples.

Les nouveaux évêques sont :
- Mgr Dieudonné NZAPALAINGA, Centrafricain, Spiritain, qui devient archevêque de Bangui ;
- Mgr Nestor Désiré NONGO AZIAGBIA, Centrafricain, de la Société des Missions Africaines, qui devient évêque de Bossangoa ;
- Mgr Denis KOFI AGBENYADZI, Ghanéen, de la Société des Missions Africaines, qui devient évêque de Berberati ;
- Mgr Cyr Nestor YAPAUPA, Centrafricain, prêtre diocésain, qui devient évêque coadjuteur d’Alindao.

La foule des grands jours est là, représentant les 9 diocèses du pays. Des évêques du Tchad, du Cameroun, du Congo Brazzaville, sont également présents. La France est représentée par Mgr André Lacrampe, archevêque de Besançon [1], Mgr Benoît Rivière, évêque d’Autun, et du P. Jean Forgeat, ancien prêtre Fidei donum de Bossangoa et directeur adjoint du Service de la Mission Universelle de l’Eglise de France. Plusieurs supérieurs religieux, d’anciens missionnaires ont fait aussi le voyage pour participer à cette fête et s’associer à la prière joyeuse des chrétiens centrafricains.

1- Quelques repères historiques... et quelques chiffres
La Bonne Nouvelle de l’Évangile est arrivée en Centrafrique, il y a un peu plus de cent ans, lorsqu’en 1894 les missionnaires spiritains, envoyés par le Préfet Apostolique de Brazzaville, ont accosté en remontant le fleuve Oubangui sur le site qui deviendra Bangui.
Depuis cette date, et jusqu’à aujourd’hui, les communautés chrétiennes n’ont cessé de se développer, grâce à la présence et l’action des congrégations masculines et féminines telles que spiritains et spiritaines, capucins et franciscaines au départ, puis d’autres congrégations, ainsi qu’un clergé diocésain qui a vu le jour assez rapidement.

Aujourd’hui la République de Centrafrique compte 4 298 999 habitants sur une superficie de 622.984 km2. Les Catholiques sont 1 282 000, répartis dans les 9 diocèses du pays. Ils sont présents et actifs dans les paroisses, les mouvements, les services et les nombreuses communautés de base. Les évêques sont au nombre de 10, les prêtres diocésains de 192, les prêtres religieux de 125, et les religieuses de 354. Il ya 26 volontaires laïcs missionnaires (Délégation Catholique à la Coopération et Fidesco).
Il faut aussi mentionner les 4 200 catéchistes, animateurs des communautés dont ils assurent formation et animation spirituelle. Leur rôle est très important car ils garantissent la permanence de l’Eglise sur le terrain, dans les quartiers et les villages qui, pour certains, ne peuvent recevoir que rarement la visite du prêtre. Il y a enfin les jeunes qui se forment au Grand Séminaire Saint Marc à Bangui et dans d’autres lieux.

2- Aujourd’hui
L’Eglise en Centrafrique est bien vivante. Certes, elle a été fragilisée par une crise profonde qui l’a frappée de plein fouet, mais elle a les capacités de rebondir. Mgr Dieudonné Nzapalainga dit même : « Cette crise nous a permis de mesurer nos faiblesses et nos qualités. En prenant appui sur ces difficultés, nous pouvons désormais envisager des projets de développement pour notre Eglise et notre pays. En ce sens la crise a déclenché une heureuse dynamique qui est porteuse de vie et d’espérance pour le peuple chrétien tout entier. La tempête a été calmée ».

Les origines de cette épreuve pour l’Eglise lui sont externes et internes. Externes, car elle a souffert des conséquences de la fragilité politique et économique du pays. A Bangui, il y a eu dans les années passées plusieurs mutineries. Les exactions venant du Tchad ont ruiné en quelques jours le diocèse de Bossangoa : destruction des habitations, vol de tous les véhicules...
Cette crise a aussi son origine à l’intérieur même de l’Institution Eglise. Il s’agit de la perte de confiance entre les divers acteurs pastoraux, évêques, prêtres, laïcs, religieux et religieuses, avec comme conséquence de nombreuses divisions entre les uns et les autres.

Au-delà de ces fragilités, l’Eglise de Centrafrique ne manque pas de forces qui vont lui permettre de repartir pour cette nouvelle étape. Il y a tout d’abord le courage et le dynamisme des communautés chrétiennes, en particulier les communautés de base, qui n’ont jamais baissé les bras même au plus fort de la crise. Au contraire, elles ont soutenu matériellement et spirituellement les prêtres pour qu’ils continuent leur mission de pasteurs. Durant toutes ces années extrêmement difficiles, l’Eglise a vécu sa relation au Christ et sa relation aux hommes du mieux qu’elle pouvait, avec les moyens qui lui restaient. Elle a en particulier relancé et dynamisé de nombreuses écoles primaires et secondaires dans les quartiers des villes et dans les villages. Dans sa pauvreté, elle n’oublie pas les pauvres, loin de là. La proximité aux prisonniers, aux enfants de la rue, aux malades du sida, aux orphelins, sont là pour en témoigner.

Tout cela est l’œuvre des nombreux mouvements et services de l’Eglise, accompagnés par des responsables laïcs : religieux et religieuses, prêtres qui veulent ainsi témoigner en paroles et en actes de leur joie de croire. Cette joie dans la foi s’exprime en premier lieu dans la prière commune, dans la liturgie... qui prend son temps ! L’ordination des quatre nouveaux évêques a duré près de cinq heures, marquée par les chants, les danses, la procession de la Parole de Dieu portée par un enfant assis dans une pirogue, la procession des offrandes !..

3- Demain
Pour son avenir, l’Eglise de Centrafrique a entendu de nombreux appels , elle a pris des résolutions très concrètes. Durant sa visite pastorale d’une semaine, le Cardinal Filoni a rencontré toutes les communautés : les évêques et les prêtres, les séminaristes, les religieuses et religieux et les représentants des communautés chrétiennes venues des 9 diocèses du pays. A tous, il a renouvelé l’appel pour cette nouvelle étape. A l’homélie de la messe d’ordination, il a dit : « L’Eglise de Centrafrique resplendira de la lumière du Christ. Je viens vous inviter à un engagement renouvelé pour la Mission. L’heure d’un nouveau départ a sonné ! Une nouvelle ère doit commencer ! »

Aux nouveaux évêques, et à tous les évêques, il a rappelé : « Jésus ne réduit pas le mandat qu’il confie à ses apôtres à une seule dimension, mais il en fait des évangélisateurs sur un rayon d’action à 360 degrés. Il est donc évident que les pasteurs que nous sommes, nous devons avoir conscience de ne pas être envoyés uniquement pour annoncer des vérités, mais également pour accomplir des gestes de compassion, de miséricorde et d’amour ».

De son côté, Mgr Dieudonné Nzapalainga a rappelé la mission qui incombe aux évêques :
« 1. Incarner l’amour de Dieu dans les relations que nous entretenons avec le peuple de Dieu.
2. Construire des passerelles entre les hommes de bonne volonté.
3. Affermir la fraternité entre les hommes de toutes convictions.
4. Redonner espoir à ceux qui sont confrontés aux difficultés. »

Les attentes de tous sont nombreuses pour ce renouveau de l’Église. Il s’agit en effet de :
- rétablir un climat de confiance entre les divers acteurs pastoraux ;
- Faire œuvre de communion missionnaire ;
- Susciter un nouvel élan missionnaire dans le contexte de la nouvelle Évangélisation ;
- Former et accompagner les vocations.

Concernant les vocations sacerdotales et religieuses, elles sont accompagnées au Grand Séminaire Saint Marc et dans plusieurs noviciats liés aux congrégations religieuses présentes sur le terrain.

Il reste maintenant pour notre Église de France à étudier de nouveaux liens avec ces diocèses de Centrafrique et à voir ensemble comment les concrétiser. Nous savons l’importance de l’ouverture, de l’animation missionnaire, de la solidarité entre Églises dans nos diocèses.
L’Eglise de Centrafrique compte sur nous ! Nous n’avons pas à ralentir notre marche. Et ceci en lien avec le souffle du Concile Vatican II et de la Mission « ad gentes » [2].

[1] Pays d’origine du 1er archevêque de Bangui, Mgr Cucherousset.

[2] L’auteur, Jean FORGEAT, est Directeur Adjoint du service de la Mission Universelle de la CEF.

Publié le 11 février 2013 par Jean Forgeat