L’étoile au dessus de la crèche

C’est l’histoire [1] de l’âne et de Balaam son patron, le devin converti en prophète. L’âne n’a pas de nom, sinon il ne serait plus un âne. En fait, c’était une ânesse sans nom qui devint clairvoyante face à son aveugle devin de maître.

Cela s’est passé au temps lointain où les Israélites cherchaient depuis plus de 40 ans un chemin pour une terre promise et n’étaient plus très loin de leur but. Mais ils erraient encore au milieu de régions déjà habitées par tout un ensemble de peuples, comme les Amorites, les Moabites, et surtout les Cananéens. Et de bien d’autres encore qui ne voulaient pas que ce ramassis d’Israélites occupe leur territoire. C’était déjà une question de migrants, souvent très complexe et chaotique.

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L’änesse de Balaam de Rembrandt.
Musée de Cognaq-Jay
Photo wikipedia

Balaam était un devin et Balak le roi des Moabites. Or, le roi des Moabites était agacé et fatigué par ces caravanes d’Israélites sorties du désert qui traversaient ses terres, en les pillant, naturellement.

En ces temps-là, il y avait partout beaucoup de « devins », et chacun d’eux avait choisi son ou ses dieux selon leurs qualités et leurs capacités. Ainsi était Balaam, tantôt avec et tantôt contre le Seigneur, le Dieu des Israélites. Comme tous les devins, même les plus modernes, Balaam se vendait aux plus offrants, lui et ses bénédictions. C’est ainsi qu’il avait quitté le Dieu d’Israël pour les dieux du roi Balak qui payait mieux. Et celui-ci lui avait demandé de jeter toutes les malédictions qu’il avait dans sa sacoche sur ces bandits d’Israélites.

Balaam était donc parti « maudire » ces protégés du Seigneur-Dieu qui les avait fait sortir du pays des pharaons pour les conduire finalement tout près du pays qu’il avait promis à Abraham. Imperméable à l’esprit du Seigneur-Dieu d’Israël, Balaam chevauchait vers Balak le Moabite sur son ânesse. C’est alors qu’un ange se dressa dans toute sa splendeur devant eux, mais seule l’ânesse en eut la vision ; son maître ne vit rien. Comme l’ange du Seigneur lui indiquait une autre route, à l’opposé de celle des Moabites, l’ânesse sans nom prit résolument le chemin qui les menait vers les Israélites. Effarouché par ce volte-face, Balaam le devin se mit à battre son ânesse obstinée qui refusait d’aller dans la bonne direction, vers le roi des Moabites et sa récompense en argent comptant ! Mais rien n’y fit… Malin, l’animal s’approcha même des rochers pour frotter les cuisses de Balaam contre le roc ! En vain… Aussi s’affaissa-t-elle complètement pour faire tomber le devin. Fou furieux, celui-ci la battit encore.

Alors l’esprit du Seigneur entra dans l’ânesse ; elle se mit à parler d’une voix profonde et basse pour dire les paroles que le Seigneur lui inspirait : « Balaam, mon maître, ne fus-je pas toujours une monture docile ? Alors pourquoi me bats-tu ? C’est toi qui n’es plus docile au Seigneur ton Dieu et qui a pris une mauvaise route… » Les yeux de Balaam s’ouvrirent enfin, il vit son erreur et devint le prophète et défenseur du peuple du Seigneur-Dieu qu’il bénissait abondamment. Il délaissa Balak, le roi des Moabites, son or et ses malédictions, et prit la route pour retourner auprès des Israélites et être la voix du Seigneur-Dieu parmi eux.

Il faut encore citer un fait important. Balaam le converti prédira l’arrivée bien lointaine [2] de l’étoile annonciatrice du Messie qui s’appellera Jésus, et dont l’étoile brillera plus que toutes les autres. Au point que des mages, bien plus tard, la suivront et arriveront jusqu’à Bethléem.

C’est ainsi que la tradition a vu en Balaam, qui a trouvé son chemin, un « ancêtre », une figure du Messie-libérateur. Son ânesse est l’aïeule de l’âne fidèle de Joseph, le témoin des évangiles de l’enfance de Jésus : il a transporté la mère enceinte à Bethléem, il a réchauffé l’enfant nouveau-né dans la crèche et, plus tard, l’a emporté à la hâte en Égypte pour le protéger du cruel Hérode… Mais cela, c’est encore une autre histoire.

[1] Lire dans le Livre des Nombres de notre Bible les ch. 22-24.

[2] Nb. 24.16 : oracle de Balaam, celui qui entend les paroles de Dieu, qui possède la science du Très-Haut, qui voit ce que lui montre le Puissant quand il tombe en extase et que ses yeux s’ouvrent.
24. 17 : Je le vois, mais ce n’est pas pour maintenant ; je l’observe, mais non de près : De Jacob montera une étoile, d’Israël surgira un sceptre qui fera éclater les frontières de Moab et les confins des fils de Seth.

Publié le 24 janvier 2017 par Jean-Pierre Frey