L’histoire de Marthe et Marie

Encore des paradoxes. Les casseroles de Marthe auraient étouffé la Parole de Jésus. C’est l’histoire de Marthe et Marie. Ça sent la cuisine en ce 16e dimanche du temps ordinaire C.

Il y a deux repas en route. Le premier est copieux et commandité par le patron de la tente, très aux petits soins de ses trois hôtes venus à l’improviste, qu’il n’attendait pas. Et c’est Sara, la maîtresse du logis, qui le prépare, ce repas à la hâte car il faut impressionner ces étrangers venus « d’on ne sait-z-où » avec un message bien énigmatique qui fait rire la maîtresse : D’ici un an on reviendra et tu seras enceinte. Ils ne connaissent rien, ni à l’homme ni à la nature, ces trois-là. Mais quand Dieu s’en mêle…

Le deuxième repas concerne Jésus, qui descend à Jéru [1] et qui fait halte avec ses compagnons chez ces deux amies, Marthe et Marie. Une aubaine pour la plus petite des sœurs, qui aime écouter le rabbouni plutôt que d’égrener les fèves. A chacune sa place, me direz-vous. Mais c’est que Jésus est accompagné de ses douze gaillards à l’appétit solide. Alors, cela s’est-il passé un peu autrement ? Est-ce un récit ou une parabole ? Ou seulement un prélude pour le repas que Luc ne mentionne pas ? Ne sanctifions pas trop vite les choses en disant que Marie est la contemplative et l’autre, Marthe, l’active. Elles vont activer quoi et contempler qui ? La petite choupette, comme toutes les petites choupettes, aime bavarder avec l’homme alors que d’autres sont au boulot, un peu comme la Samaritaine près de la margelle du puits. C’est une histoire sans fin, contraire aux règles de la bienséance d’antan : une femme seule ne bavarde pas avec un homme, dit le haggadah, la sacro-sainte tradition. Et en ce temps-là, quand le rabbin parlait, la femme devait s’esquiver. Mais alors la grande sœur n’avait fait qu’à rappeler à la petite son comportement de femme.

Mais Jésus le Nazaréen aime jouer avec les paradigmes établis et aller au-delà de la loi du sabbat et des autres, pour enfin éclairer les esprits, réduire les inutiles barrières et faire de nous des êtres à la normale, crées à l’image de Dieu. Et c’est tout, il ne faut pas voir d’un œil soupçonneux le mal partout. Les casseroles de Marthe n’ont pas étouffé la parole de Jésus et parmi toutes ces Maries de l’évangile, la petite était peut-être allée en hâte au tombeau vide en ce matin-là, va savoir…

Face à l’écrit, chacun a sa lecture. Et spiritus sufflat ubi vult, de toute façon.

[1] Aujourd’hui, on dit : « Je vais à Nieder… » Mais quel Nieder ? Celui de – schaeffolsheim, – hausbergen, ou – bronn ? Va savoir… A cette époque, on disait : « Je vais à Jéru – salem ». Tout cela sur des tablettes !

Publié le 1er février 2017 par Jean-Pierre Frey