L’homélie-témoignage du Père Kunegel

En Mission, il y a toujours du nouveau. C’est pourquoi je vais vous parler de la nouvelle Mission que je suis en train de mettre en place depuis 2012. La Mission de Kombolokoura, où je réside, a été fondée par le Père Jean Founchot. Elle a fait un enfant : la Mission de Dassoungboh. Comme notre archevêque Mgr Dadiet tenait à ce que je garde ce secteur, j’ai proposé aux deux Missions de ne pas couper le cordon ombilical entre elles. Cela d’autant plus que l’ancienne a du mal à prendre des initiatives et à se prendre en charge.

C’est pourquoi, le premier dimanche de mai, les responsables de la nouvelle paroisse ont tenu à organiser un conseil élargi à tous les villages pour une mise en commun des actions réalisées et à entreprendre. Et voyant les difficultés de la paroisse-mère, ils sont venus leur proposer que ce conseil englobe aussi les villages de la paroisse de Kombolokoura, pour leur partager un peu de leur dynamisme.

Dassoungboh, la nouvelle Mission, a eu la chance d’avoir un enseignant de l’école publique, Gabriel Dokatiéné, qui avait été catéchiste. Dès son arrivée, alors que j’étais en congé de maladie en France, il a pris en main les catéchistes des différents villages pour les motiver. Il est aidé en cela par un président du conseil paroissial dynamique, Nicodème Abou, qui n’a pas peur de s’exprimer avec force et conviction devant la foule. Ce dernier fait partie de la chefferie traditionnelle, mais a refusé le poste de chef de village qu’on voulait lui confier. Il a préféré servir dans la communauté.

Cette nouvelle paroisse s’organise bien et je me suis rendu compte qu’elle marche d’autant mieux lorsque je reste en dehors de leurs débats, puisque je réside à 15 km de là. Je leur transmets les consignes et les directives et ce sont les responsables qui prennent cela à leur compte pour le proposer aux différentes communautés villageoises. Souvent, ils prennent même des initiatives qui me surprennent.

Ils ont ainsi suscité des CEB [1]. Il s’agit de chrétiens qui se réunissent une fois par semaine pour prier, chanter et réviser les textes des Écritures du dimanche précédent pour voir comment les mettre en pratique dans leur vie de tous les jours. Ils se transmettent les nouvelles du quartier ou du village. S’il y a des malades, des nécessiteux, des deuils ou tout autre problème, ils se les signalent. Ils se mettent d’accord pour voir comment ils peuvent agir en tant que chrétiens et mettre en pratique le commandement de Jésus : « Voici que je vous envoie comme témoins au milieu des hommes ». Ils vont ainsi à la rencontre des malades pour prier avec eux. Si quelqu’un est malade et dans le besoin, ils puisent dans leurs cotisations hebdomadaires pour le soutenir. Dans la détresse, le païen, le musulman, ou toute autre personne, est très sensible à cette démarche.

Cette façon d’agir a un réel impact sur les personnes touchées. C’est ainsi que, régulièrement après la messe dans la paroisse ou dans un village, on me présente des personnes qui demandent à être accueillies officiellement dans la communauté. Dernièrement, dans le village de Pygnon, on m’a présenté sept personnes qui désirent devenir chrétiennes. Certes, toutes les équipes ne marchent pas à la même cadence ; certains groupes ont plus de peine que d’autres.

Sur l’ensemble des villages de cette paroisse, fonctionnent 28 CEB. Certains grands villages en ont plusieurs. Cela représente plus de 300 chrétiens qui s’engagent à mettre en pratique la parole et les actions de Jésus dans leur vie de tous les jours. Et lors des comptes-rendus à la paroisse, cela crée de l’émulation entre eux.

Nous sommes les yeux et les oreilles de Jésus pour voir et entendre la détresse des hommes. Nous sommes les pieds de Jésus pour aller à la rencontre des hommes, nos frères. Nous sommes les mains de Jésus pour agir en son nom. Et nous sommes le cœur de Jésus pour aimer et servir nos frères.

Je vais vous rapporter une réflexion du vieil Étienne qui vient d’un village à 3 km de cette paroisse. A la fin de l’homélie, il m’a interpellé : « Mon Père, les belles paroles que tu viens de dire, ça nous réchauffe le cœur. Mais une fois sortis de l’église, on va bavarder et on va oublier. Dis-nous maintenant ce que nous devons faire et on va le faire ! »

A bien des égards, j’ai l’impression d’être témoin des faits et gestes des premières communautés chrétiennes citées dans les Actes des apôtres. Je remercie le Seigneur pour son action au milieu des hommes et je souhaite que ce témoignage puisse aussi porter du fruit ici, en Alsace, dans nos communautés qui souffrent de plus en plus du manque de pasteurs et qui ont besoin, elles aussi, de témoins qui agissent au nom de Jésus.

[1] Ccommunautés ecclésiales de base.

Publié le 5 février 2016 par Pierre Kunegel