L’homme et le chrétien selon st Jean…

Le Christ ressuscité, c’est le nouvel Adam, ou l’homme nouveau. C’est cet homme que les apôtres ont prêché dans les Actes, et c’est toujours le même Christ nouvel Adam qui dirige et régit la mission : « Allez et soyez mes témoins ! »

La Lettre aux Hébreux nous dit que, dans le passé et de mille manières, notre Dieu a souvent parlé par la bouche des prophètes. Mais cela n’a pas réussi. Aussi, alors en ces temps qui sont les derniers, a-t-il a envoyé son Fils.

Jean appelle le Fils « le Verbe ». Toutefois, il n’écrit pas le Verbe s’est fait homme, selon le terme de la Genèse « Créons l’homme à notre image », mais le Verbe s’est fait chair . Dans la tête de Jean, la « chair » concerne la catégorie humaine la plus basse. Celle issue du paradis après la faute, qui était une faute de satisfaction personnelle où, face à Eve, le serpent a fait un remarquable travail de commercial moderne.

Depuis ce moment, c’est l’homme érotique, soumis au désir et aux pulsions, à son ego et à ses intérêts, qui règne, avec des exceptions, naturellement. Jésus est venu pour entraîner cet homme de l’Eros à travers sa mort – et à travers la mort sous toutes les formes – vers le Père, afin qu’il naisse d’en haut et dans l’Esprit. Afin que l’Eros devienne agapè, qui n’est pas le banal amour de trottoir mais l’amour éclairé du Père en son Fils venu pour être le serviteur de ses frères. Car L’éros se replie vers sa satisfaction et l’agapè s’ouvre à son frère.

Jean [1] nous dit : « C’est l’esprit qui vivifie ; la chair ne sert de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie. » La référence de cette vie, selon Jésus, ce sont les béatitudes, qui se situent aux antipodes de l’homme soumis au désir de son ego et qui s’appellent miséricorde, douceur, pauvreté, fermeté dans les épreuves, soif de justice…
Voilà l’homme nouveau que nous devrions être et dont nous devrions témoigner au sortir de cette assemblée en tant que missionnaires. François, notre pape, nous donne l’exemple en parlant aux prêtres de Rome : « Soyez moins gestionnaires et plus pasteurs, allez et mélangez-vous aux brebis, et tant pis pour l’odeur. »

Or il se trouve que la vieille culture judéo-chrétienne se délite par tous les bouts dans la modernité actuelle qui n’est que désir et culte de l’intérêt et de l’injustice. C’est dans ce contexte que nous sommes envoyés, non pas pour sauver un culte, une église, une dogmatique ou un institut, mais pour sauver l’homme par l’agapè.

C’est pour cela que le Verbe s’est fait chair. Pour plonger en l’humanité et la ramener au Père afin que tout homme naisse d’en haut. A parler franchement, nous avons peiné ces jours-ci pour trouver la substantifique moelle de la mission et, ma foi, des pistes ont été découvertes et se sont ouvertes selon la nouvelle planification.

Car à monde nouveau, évangélisation nouvelle. Alors ? Alors, « allons ailleurs ! », comme dit le Jésus de Marc. Et Jean nous dit : « Vivons autrement afin de renaître d’en haut. »

Rappelons-nous la parole de Paul : si je suis tout ce qu’il y a de bien, cela ne sert de rien si je n’ai pas l’agapè ; si je possède tout ce que je désire mais si je n’ai pas l’agapè – même si je fais le plus beaux textes de la SMA en AG - si je n’ai pas l’agapè… En d’autres termes, si je ne suis pas un vrai fils du Père et un vrai serviteur comme le Christ, je ne suis qu’un tamtam qui résonne dans la brousse mais cela ne fera pas pousser l’igname ni germer le riz.

Fils et serviteurs dans l’Esprit, voici le vrai missionnaire.

Jean, depuis plusieurs jours, nous redit « C’est l’esprit qui vivifie ; la chair ne sert de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie. »

La route risque d’être longue… Mais cela vaut le coup !

Homélie donnée lors de l’A.G. 2013 à Rome

[1] Jn 6 : 63.

Publié le 21 août 2013 par Jean-Pierre Frey