L’origine de la Toussaint

… ou le cheminement vers le Panthéon des ossements des martyrs chrétiens de Rome pour en faire une église chrétienne et une fête.

Un peu d’histoire
Marcus Agrippa, gendre d’Auguste, 25 ans environ avant la naissance du Christ, fit élever à Rome un temple superbe pour le dédier à son beau-père. Auguste n’ayant point accepté cet honneur, Agrippa dédia cet édifice à Mars et à Jupiter Vengeur, en mémoire de la victoire remportée par Auguste contre Marc-Antoine et Cléopâtre.
Plus tard, Cybèle, déesse de la fécondité, et tous les dieux et déesses dont elle est la mère y eurent leurs statues en bronze, en argent, en or et même en pierres précieuses, selon l’importance de chacun. Alors ce temple reçut, à juste titre, le nom de Panthéon, ou réunion de tous les dieux.

En 610, le 13 mai, Boniface IV dédia le Panthéon au vrai Dieu, et y fit transporter vingt-huit chariots d’ossements des généreux confesseurs de la foi pris dans les divers cimetières de Rome. Le Panthéon prit alors le nom de Sanctæ-Mariæ ad Martyres sous l’invocation de « sainte Marie et des martyrs ».
En 731, Grégoire III fit terminer dans l’église Saint-Pierre, au Vatican, une chapelle en l’honneur du Christ Sauveur, de sa sainte Mère, des saints apôtres, martyrs, confesseurs et de tous les justes qui reposaient, pausantium [1], par toute la terre. Le Panthéon, en effet, était devenu trop petit.
Et c’est en 835 que le pape Grégoire IV fit construire à Saint-Pierre une chapelle complémentaire et instaura cette fête du 1er novembre de façon à célébrer tous les saints et martyrs de l’Église, en fin des moissons. Ce pontife, se trouvant en France vers 835, engagea Louis le Débonnaire à établir dans ses vastes états la fête qui jusqu’à ce moment était restée circonscrite à Rome et ses environs. Elle s’étendit rapidement dans les autres royaumes et, à dater du IXe siècle, l’Eglise latine solennisa, le même jour, la fête de laToussaint [2].

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Au cimetière de l’Est de Metz.
Photo Marc Heilig

La Toussaint et nous
Il s’agissait également de combattre les rites celtiques qui avaient lieu à cette date et perduraient en Europe. En effet, pour les Celtes, l’année se terminait le 6e jour de la lune montante, qui tombe entre le 25 octobre et le 20 novembre. L’entrée dans la saison froide et sombre donnait lieu à une fête des morts appelée Samain qui eut une très grande influence sur la piété populaire chrétienne, et dont Halloween est un descendant par le Québec interposé : all hallows’eve, littéralement la veille de tous les saints ! Dans le passé, cela se pratiquait à la veille de la Toussaint avec masques, lumignons et potirons évidés en tête de mort pour chasser les mauvais esprits. Une pratique oubliée depuis fort longtemps mais que j’ai encore connue dans mon enfance. Le commerce l’a remise en route et revitalisée… mais elle boite, comme une pratique trop artificielle dans un monde désenchanté qui ne croit plus depuis longtemps aux esprits en vadrouille dans le brouillard d’automne !

Mais pour nous, les baptisés qui croyons au Christ ressuscité, cette fête automnale est la grande rencontre avec nos défunts, partis et présents à la fois. En effet, ils sont partis dans la mort avec Jésus et sont revenus vivre parmi nous dans l’Esprit pour partager nos joies et nos peines. Allons donc fleurir nos tombes, les tombes de nos ancêtres, SMA y compris…

[1] Du latin pausare, être couché. Ce terme apparaît à la fin du IVe s. dans la Vulgate, traduction de la Bible en latin.

[2] Néanmoins, il y avait déjà une fête de tous les apôtres avant de temps-là, qui était célébrée le premier mai.

Publié le 2 décembre 2013 par Marc Heilig