L’unité tamoule et la diversité

L’Inde, qui est connue pour sa spiritualité et sa culture très ancienne, a donné naissance à quatre religions majeures : l’hindouisme, le bouddhisme, le jaïnisme et le sikhisme. Elle a en outre reçu le judaïsme, le christianisme, l’islam et le zoroastrisme. Quoiqu’il y ait eu des violences au nom de la religion, il n’est pas rare de trouver des hindous et des chrétiens dans la même famille. Dans les villes et les villages, les gens de religions différentes vivent ensemble. On meure parfois à cause de la religion, lorsqu’on en oublie le message réel, mais la charité et l’esprit de l’évangile surmontent toutes les barrières et unissent les gens.

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Première communion de Corinne et Divya, avec les membres de la famille.
Photo Fleurentin Pakladhasse

L’Inde comprend 28 États, auxquels s’ajoutent 7 territoires d’union. Chacun a sa propre langue, sa culture, ses fêtes et son mode de vie, et même la nourriture varie selon les régions. Les Indiens n’hésitent pas cependant à partir de chez eux : l’Inde a certes reçu des missionnaires de différents pays, mais elle en a aussi envoyés de par le monde bien que les chrétiens y soient minoritaires.
Les missionnaires qui sont venus nous apporter la Bonne Nouvelle de Jésus nous ont enseigné que nous devons aller au-delà de la discrimination des castes et nous défaire d’un système qui rejette comme intouchable une partie de la population. Ils ont ouvert les premières écoles, convaincus que l’éducation n’est pas réservée à une caste particulière mais qu’elle s’adresse à tous. L’ignorance est en effet à la base de bien des maux.

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Danse Bharata Natyam.
Photo Fleurentin Pakladhasse

Les Tamouls qui résident en Alsace viennent d’Inde, en particulier de Pondichéry, Karaikal et Mahé, mais aussi du Sri Lanka et d’ailleurs. Au même titre que les différentes communautés de l’Archidiocèse de Strasbourg, ils ont le privilège de pouvoir prier dans leur langue. Cela aide les aînés à mieux s’adapter, à partager leurs expériences et à célébrer la vie et la foi avec les autres.
Quoique ces gens aient émigré vers un pays étranger, ils entretiennent leur langue, leur culture et leur foi. Ils vouent notamment une ardente dévotion à la Vierge Marie. Les Tamouls d’Alsace fêtent ainsi Notre-Dame de Veilankanni à Strasbourg et Colmar [1] et Madou Madha à Heimsbrunn, près de Mulhouse [2]. Lors de cette dernière fête, des gens viennent de toute l’Alsace, et même de Paris et de Suisse. Les communautés tamoules célèbrent encore Oli Vizha, la Fête des Lumières [3], et organisent à cette occasion des réunions pour la jeunesse. Les parents, les mères surtout, s’investissent beaucoup auprès des enfants pour les aider à apprendre la langue tamoule, les prières et les danses indiennes.
Tout comme les réunions familiales accueillent des personnes de confessions différentes, nos célébrations chrétiennes voient nos frères hindous nous rejoindre. Ils assistent à la messe, suivent les processions et partagent le repas avec nous. Leur rôle est essentiel car ils fournissent une partie de la nourriture que l’on offre aux pèlerins et aux participants. Et nous, les catholiques, nous nous faisons une joie de les retrouver lors de leurs réjouissances et de leurs cérémonies spécifiques.

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Les dames de la communauté tamoule sont très impliquées dans les diverses manifestations.
Photo Fleurentin Pakladhasse

Quitter leur pays d’origine et se retrouver plongés dans une culture si différente de la leur représente un grand challenge pour les Tamouls. Il faut trouver du travail et un logement, et surtout apprendre une langue nouvelle. Ils sont toutefois prêts à de gros efforts pour s’insérer dans la vie française. La plupart des anciens comprennent un peu de français mais les jeunes n’ont plus aucune difficulté à le parler comme si c’était leur langue maternelle.
Les Tamouls sont très impliqués dans la vie paroissiale. Certains adultes y tiennent des responsabilités, comme membres du conseil de fabrique ou de la chorale. D’autres font partie de l’animation liturgique. Les femmes enseignent avec succès le catéchisme aux enfants. Quant aux jeunes, ils intègrent souvent les rangs de la JOC et, de plus en plus, se marient avec des Français.

Accompagner les Tamouls, dont les traditions sont fort anciennes, c’est aussi faire œuvre de missionnaire. Ce grand défi procure toutefois des joies inestimables. Nous travaillons pour l’avenir, qui appartient à Dieu bien plus qu’à nous.

[1] En commémoration de l’apparition de la Vierge Marie à Veilankanni, dans le sud de l’Inde.

[2] Madou Madha est un lieu de pèlerinage à la Vierge sur l’île de Ceylan.

[3] Oli Vizha se fête en décembre, après Noël.

Publié le 7 avril 2014 par Francis Kalan Madhan