La crèche en peinture à travers les âges et suivant les goûts ou la foi

Avant tout, une remarque : St François n’a pas « inventé » les crèches. Car on en trouve dès le IIIe s. dans les catacombes et sur des sarcophages… Il a par contre fortement contribué à la dévotion des crèches dans les églises. Le message de base était très simple : l’accueil de l’enfant-Dieu par l’humanité qui veillait à travers les pauvres bergers pour le recevoir. A la crèche, il y a trois catégories d’animaux. En premier lieu, l’âne de Joseph, qui a transporté la jeune femme enceinte du fils de Dieu. Ensuite, des moutons, en abondance… Mais le bœuf ? C’étaient des bergers, et non des éleveurs. Pourtant, il est là… Les experts nous expliquent que chaque artisan qui avait un certain revenu devait payer une taxe ; pour les artisans de village, c’était un bœuf ! Voilà pourquoi il est là, bien utile pour réchauffer l’enfant. La réflexion théologique sur le rédempteur annoncé par le prophète Isaïe et qui fut « acclamé » la nuit de Noël est venue plus tard, mais l’étoile était là depuis le commencement.

JPEG - 59.5 ko
Marie et l’Enfant Jésus
Catacombe de Priscille à Rome
Photo wikipedia

A à la fin du IIe siècle, dans la catacombe de Priscille, l’une des premières et des plus vastes de Rome, on voit la plus ancienne représentation de Marie avec l’Enfant Jésus. A côté d’elle, le prophète Isaïe montre l’étoile de la promesse ; c’est lui, en effet, qui a annoncé que la Vierge concevra et mettra au monde le Messie libérateur.

PNG - 507.6 ko
Enluminure du IXe siècle
Photo wikipedia

Une enluminure du IXe s. dépeint la nativité avec le strict nécessaire : papa, maman, l’âne et le bœuf.

JPEG - 99.7 ko
Nativité. Icône copte du VIIe siècle
Sinaï, Monastère Ste Catherine
Photo wikipedia

L’art des Églises d’Orient nous présente la Nativité en une scène très riche qui est largement reprise : sur des icônes du Monastère Ste-Catherine, au Sinaï (VIIe s.) et de Russie (XIVe s.), mais aussi sur les fresques de Cappadoce (XIe s.). Le haut est lumineux et le bas obscur : Dieu a envoyé son fils dans les ténèbres… On constate qu’il y a deux enfants. L’un est un bébé et l’autre déjà un petit adulte. Celui-ci est plongé par la sage-femme dans un bassin qui ressemble à un baptistère. Tout est là : le Fils a déjà reçu le baptême, qu’il ne recevra selon les évangiles qu’au commencement de son ministère. La sage-femme est témoin de la naissance virginale, mais Marie se tourne vers l’avenir. C’est en effet vers son Fils qui vient de recevoir le baptême qu’elle regarde. A gauche, Joseph médite à sa manière. En haut, trois anges viennent adorer l’enfant et un quatrième appelle les bergers.

JPEG - 273.9 ko
L’Adoration des Mages. Triptyque Jérôme Bosch
Musée du Prado
Photo wikipedia
JPEG - 142.8 ko
L’Adoration des Mages. Triptyque Jérôme Bosch (panneau central)
Musée du Prado
Photo wikipedia

Jérôme Bosch, au XVIe s., peint une Nativité empreinte d’une certaine ironie. Il représente l’opulente aristocratie au premier plan… mais à l’arrière, dissimulée par les murs branlants de la bâtisse, la racaille est à l’affut, prête à faire main basse sur les trésors déposés devant la crèche.

JPEG - 129.8 ko
La Nuit Sainte. Triptyque de Fritz von Uhde
Photo wikipedia
JPEG - 152.7 ko
La Nuit Sainte. Triptyque de Fritz von Uhde (panneau central)
Photo wikipedia

Le réalisme du XIXe s. s’empare lui aussi du thème de la Nativité. En cette dure période de l’industrialisation, Fritz von Uhde en décrit la misère, ses restrictions et son dénuement. Sur le panneau central de son triptyque conservé à la Pinacothèque de Dresde, il fait naître l’Enfant Jésus dans les courants d’air, à l’entrée d’une maison où il n’y a plus de place, comme dans l’évangile. Les bergers, sur le volet de gauche, et les anges sur celui de droite, représentent l’espérance et la lumière dont cette modeste naissance est porteuse.

JPEG - 78.4 ko
La Nuit Sainte. Triptyque de Fritz von Uhde (panneau de gauche)
Photo wikipedia
JPEG - 75.3 ko
La Nuit Sainte. Triptyque de Fritz von Uhde (panneau de droite)
Photo wikipedia
Publié le 24 janvier 2017 par Jean-Pierre Frey