La déchirure

La déchirure est le titre qu’ont donné les Français au film de Roland Joffé, The Killing Fields, qui se déroule au Cambodge en guerre dans les années 1975. Une déchirure qui, à première vue, est un malheur, mais devient, par la mort et la résurrection du premier-né d’entre les morts, source de vie. Du début jusqu’à la fin, la vie passe par une déchirure.

Le voile du temple se déchire au moment où Jésus pousse son dernier cri, un cri à proprement parler déchirant. On a pu voir qu’il n’y avait rien à voir derrière le voile qui fermait le Saint des Saints. Dieu, par définition, n’est-il pas invisible aux yeux ? Son visage était de façon précise celui de l’homme qu’on venait de crucifier. Pour faire bonne mesure, le soldat, d’un coup de lance, a percé le côté du crucifié qui avait déjà rendu son dernier soupir.

Du « rocher » frappé à mort jaillit l’eau de la vie pour tous les peuples de tous les temps qui, à l’appel du prophète, ont déchiré leur cœur endurci.

Le grand prêtre n’a pas retenu la leçon du prophète : « Déchirez vos cœurs, non pas vos vêtements ». Ce sont au contraire ses vêtements qu’il a déchirés, laissant apparaître son cœur enténébré par le refus de croire Celui qui de sa bouche révélait son identité : « Je suis le (Messie), et vous verrez le Fils de l’homme siéger à la droite du Tout-Puissant... [1] »

Il fallut attendre ce moment-là pour que le Dieu caché depuis toujours soit révélé, voile déchiré pour qu’on sache enfin « ce qu’il a dans le ventre », son cœur à jamais ouvert pour que s’en échappe la vie et que le monde y trouve refuge. Ainsi, il répond à l’appel lancé par le prophète de longue date : « Ah, si tu déchirais les Cieux, si tu descendais, les montagnes fondraient devant toi. Tu es descendu et les montagnes ont fondu devant toi [2] ». L’astre d’en-haut a visité sa terre [3]. L’évangéliste a vu la terre trembler deux fois, au coucher et au lever de Dieu. En Jésus, Dieu est sorti pour sauver son peuple.

Vous direz peut-être que cela fait beaucoup de déchirures. Oui, mais la Révélation est à ce prix, ce qui voilait Dieu étant ôté.

[1] Mc 14, 62.

[2] Is 63, 19, 64, 2.

[3] Lc 1, 78.

Publié le 3 avril 2017 par Alphonse Kuntz