La fête des petits qui sont devenus grands

La Toussaint, c’est la fête de tous les sans titres ni diplômes en sainteté. Oui ! C’est le jubilé de tous les anonymes. Car le Seigneur leur permettra, à eux aussi, « d’infiltrer » son Royaume, sans identification spéciale ni titre officiel.

JPEG - 192.1 ko
Inauguration de N.-D. de la Merci à Sotouboua (Togo).
Photo Patrice Apedo

Et pourquoi ces anonymes, sans mérites particuliers – ils ne sont ni élus, ni choisis, ni consacrés, ni modèles de vie - ont-ils accès au Royaume ? Parce que l’Agneau se porte garant de leur « moralité ». Oui, sur la croix, il a tout payé en donnant sa vie pour eux aussi ! Pierre, qui une fois encore ne se sent pas rassuré, demande au Maître :
- Et nous qui t’avons suivi, qu’obtiendrons-nous en récompense ?
- Le royaume pour tous !
lui dit-il.
Comme une tournée générale…

Dans les temps passés, selon la vision finale que donne l’Apocalypse, chacun se levait au son des trompettes et poussait devant lui la brouette de ses mérites et de ses indulgences. En faisant bien attention de n’en rien laisser choir sur la longue montée vers le haut…
Mais ce n’est pas cela, la « Toussaint ». C’est la Jérusalem qui descend et nous emmène… La fête du don gratuit du Royaume des cieux que le Seigneur fait à tous et à chacun, parce qu’il est un Dieu de Bonté et de Miséricorde… La fête de l’humble modestie de tout homme, le jubilé du petit. On ne te demande pas de trimer dans l’ascèse, ni de pinailler dans les rites et les devoirs religieux, mais d’aimer. Et, une fois encore, Augustin a raison : si tu aimes, tu peux faire ce que tu veux. Splendide comme horizon ! Non ? Mais tu ne feras pas ce que tu veux, parce que tu aimes et que tu te limites à l’essentiel de l’évangile ! Méditez, frères et sœurs…

JPEG - 207.1 ko
Inauguration de N.-D. de la Merci à Sotouboua (Togo).
Photo Patrice Apedo

Jésus a donné la charte du Royaume des cieux dès la première heure sur la montagne : si tu vis en pauvre, si tu pardonnes, si tu fais la paix, si tu partages… tu seras heureux. Le « Notre Père » nous remet cela en mémoire tous les jours. Cela peut sembler maigre, face aux grands projets, mais c’est à chacun de trouver le poids et la mesure de la Parole qu’il mettra en pratique en fidélité à Jésus.

Deux paramètres : les béatitudes vécues et le verre d’eau donné avec joie à celui qui a soif. Ou encore la parcelle de ton champ que tu cèdes pour l’été à la caravane des « roms » de passage vers nulle part… Bien sûr, il faudra enlever les « détritus » plus tard et, bien sûr, le pommier aura été rapiné et maraudé de ses fruits... Mais il y a tant de pommiers dont personne ne cueille plus les fruits ! Regardez le long des routes…
On peut penser différemment, cela va de soi, mais il ne faut pas mettre l’évangile en faillite pour une mauvaise « subprime » de nos intérêts. Il y a mille façons d’avoir soif, et mille façons de donner un verre d’eau ! Tout ce que le Seigneur demande au disciple, c’est de ne pas exclure l’autre et de ne pas le rejeter sans discernement.

Enfin, il ne faut pas oublier les paroles du Maître : mon Royaume n’est pas de ce monde… Il se prépare toutefois en ce monde, face à tous les anonymes, infiltrés, sans titre ni diplômes, ou avec eux… Certains maires interdisent la présence des SDF en « haute » saison… Adieu l’évangile ! Et pourtant, l’évangile est tout simple : il faut penser avec la tête et vivre avec le cœur… Mais nos intérêts nous en empêchent toujours !

JPEG - 206.6 ko
Inauguration de N.-D. de la Merci à Sotouboua (Togo).
Photo Patrice Apedo

Nous faisons partie de cette troupe en marche vers le Royaume que personne ne peut dénombrer. Tous anonymes, et cependant le Père connaît chacun de nous par son nom et l’aime comme son enfant. C’est cela, l’acquis de l’évangile.
Autrefois, on n’était pas sûr d’entrer par la porte étroite… Nous marchions en SDF vers le Royaume à venir, incertains d’avoir un toit là-haut. Jésus l’a pourtant bien précisé : si tu as donné le verre d’eau à celui qui avait soif, ta place sera réservée pour le grand spectacle final du triomphe de l’Agneau. C’est le côté personnel – intime, devrais-je dire - de ce Dieu puissant et proche à la fois, qui a pensé également à toi, le petit, parce que tu es son fils ou sa fille.

Alors… entre dans la joie de ton maître !

Publié le 10 octobre 2011 par Jean-Pierre Frey