La fête du départ à Saint-Pierre

Le 27 janvier 2011, nous avons célébré, à Saint-Pierre, l’entrée de notre frère Gilbert Anthony dans la maison du Père. Les confrères étaient nombreux. Le chanoine Joseph Sifferlen, ancien Vicaire épiscopal, représentait le diocèse. A signaler aussi la présence d’un groupe de légionnaires de la Légion de Marie de Strasbourg, ainsi que des Frères de la Charité de Marie Auxiliatrice de la Maison de retraite St-Joseph de Strasbourg. La présidence de l’eucharistie fut assurée par Jean-Pierre Frey, Vice-Supérieur du District, avec sa facilité coutumière, ainsi que l’homélie dont voici de larges extraits [1].

Au commencement, quelque part quelqu’un nous a dit : suis-moi et je ferai de toi un homme qui jettera le filet de ta Parole pour annoncer une bonne nouvelle. Nous sommes des annonceurs de Bonne Nouvelle : les missionnaires, mais pas seulement les missionnaires ordonnés prêtres. Tout baptisé est appelé à être un annonceur de Bonne Nouvelle par le filet de sa parole et la lumière de son comportement, c’est-à-dire un comportement selon les béatitudes : heureux ceux qui savent renoncer aux biens personnels, pour exercer librement la bonté, la miséricorde et le pardon du Père. On appelle cela être des témoins du Royaume pour la mission. Et aujourd’hui, la mission est à nos portes et fenêtres. Il suffit de les ouvrir. C’est pour cela que le pape Jean XXIII a appelé son Concile : « l’aggiornamento de l’Eglise ». Alors, ouvrons portes et fenêtres et regardons le monde qui nous attend. Et, comme aujourd’hui la mission est partout, tout chrétien est missionnaire et tout humanitaire qui est un homme de bonne volonté, donc un juste, est un missionnaire : allons ailleurs, nous dit le Jésus de Marc dès le premier jour de sa vie publique [2], car là-bas aussi ils attendent la Bonne Nouvelle… Oui, ils attendent ! Mais ils attendent « quoi » ? Ils attendent un sens à leur vie, certainement. Ce qui explique le succès d’un film comme Des dieux et des hommes qui est fréquenté par des hommes et des femmes qui n’ont pas une foi spécifique ou spécifiquement chrétienne. Mais faut-il encore mettre une étiquette sur la foi de quelqu’un, du moment qu’il cherche à donner un sens à sa vie, hors de la consommation et du bruit de notre environnement ?

Et toi mon Frère Gilbert tu gis là, devant nous, à la fois présent et déjà ailleurs… En quoi cela te concerne-t-il ? Tu t’es débattu toute ta vie avec toi-même et les autres pour donner un sens à ta vie et à ta mission, à ta manière. Chez les Africains, il n’y a qu’un masque pour une seule chose ou divinité… Je ne suis pas anthropologue, mais chez nous – chez les hommes en général - on voudrait que chacun porte le même masque et on oublie que chacun porte son mystère avec lui dans le plus grand des secrets. C’est ce mystère que chacun aimerait réduire à un dénominateur commun, le sien. C’est pour cela que j’ai dit plus haut : tu t’es débattu toute ta vie avec toi-même et les autres pour donner un sens à ta vie et à ta mission, à ta manière. Et tu n’as peut-être pas toujours été compris selon la vraie manière. En tous cas, c’est ainsi que je t’ai toujours perçu : quelqu’un qui cherche le vrai sens des choses, de sa mission et de son être. Dès ton arrivée en 1961 en Côte d’Ivoire tu t’es inséré, jovial et disponible, dans l’équipe des pionniers déjà en place depuis belle lurette soit à Ferké dans le Nord, soit à Tanda et à Tabagne dans l’Est du pays. Et dès ton arrivée tu as dévoilé ton sens d’une la profonde dévotion à Marie, la mère des prêtres, et tu es resté jusqu’au bout un frère et un animateur fervent de la légion de Marie. C’est de cela que témoigne le faire-part de la légion dans les DNA : Il a été pour les membres de la Légion de Marie un aumônier fidèle, généreux et d’une constante disponibilité et ils voudraient lui témoigner leur reconnaissance. Pendant de longues années tu as également généreusement soutenu un prêtre de la région dans ses activités apostoliques. Tu as porté dans la foi les souffrances des dernières années, une fois encore… à ta manière.

Faire une homélie ne consiste pas à chanter des louanges, mais à ouvrir un chemin, pas une route, un chemin sans panneau indicateur où chacun peut aller pour trouver un sens à sa vie, comme les disciples d’Emmaüs qui, le soir de Pâques, sont revenus de leur déception de Jérusalem. Et c’est dans un auberge de campagne, pas spécialement consacrée à cet usage, qu’ils ont trouvé un sens à leur vie, dans le pain partagé avec le Ressuscité, ce pain que nous allons partager avec Gilbert qui a pris la route pour le Royaume et dont nous faisons mémoire ce soir pour trouver et donner enfin le vrai sens à la vie… dans le Ressuscité .

[1] René Soussia.

[2] Mc 4, 43.

Publié le 9 juin 2011 par Jean-Pierre Frey