La guérison du monde, de Frédéric Lenoir

Titre par trop ambitieux [1] ? – Non : qui connaît l’auteur écarte aussitôt l’idée d’un rêveur farfelu. Historien des religions et philosophe, Frédéric Lenoir a publié une trentaine de livres, fictions, essais et entretiens. Vous avez pu le lire dans les Entretiens avec l’abbé Pierre. Il exerce actuellement la fonction de directeur du Monde des religions. La fin d’un monde et L’aube d’une renaissance constituent les deux parties d’un travail d’immense documentation et de profonde réflexion.

Constat
« Nous faisons tous le constat que le monde va de plus en plus mal... » Cette affirmation étant bien expliquée et justifiée, nous admettrons que « la solution qui nous est proposée est (...) parfaitement illusoire sur le long terme », car la croyance en une croissance indéfinie est largement battue en brèche.

Crise ?
Vous avez dit crise ? - Oui, et il importe d’abord de saisir et de cerner « tous les symptômes de cette crise pas seulement économique et financière, mais aussi crise environnementale, agricole, sanitaire ; mais aussi crise psychologique et identitaire ; crise du sens et des valeurs, crise du politique (...), et cela à l’échelle planétaire ».

Processus
« Le processus de guérison du monde passe par une critique lucide et argumentée. Il passe aussi par une reformulation des valeurs éthiques, universelles, à travers un authentique dialogue des cultures, et une refondation du lien entre l’homme et la nature, entre l’homme et la femme, entre l’individu et la transcendance. » Ce que Gandhi disait déjà : « Soyez le changement que vous voulez dans le monde ». A partir de ces hautes idées, nous, de la base, nous nous voyons interpellés directement : « Sans une transformation de soi, sans une révolution de la conscience de chacun, aucun changement global n’est à espérer. »

Du concret
Est-ce si simple... ou si compliqué ? En réponse, l’auteur présente une longue série d’initiatives fonctionnant d’ores et déjà. Et là, nous touchons un point indiscutablement positif, basé sur des réalisations concrètes fondées par des créatifs un peu partout à travers le monde, initiatives inspirées soit par l’idée de Création des monothéismes, ou de la Pacha Mama, la Terre Mère des peuples latino-américains, ou encore de « l’hypothèse Gaïa des scientifiques ». Depuis le Cours aux agriculteurs de Rudolf Steiner, en 1924 [2], la conscience environnementale n’a cessé de progresser dans la société civile. Voici donc quelques exemples présentés, avec leurs fondateurs.

Navdanya
La démocratie de la Terre, de Vananda Shiva, en Inde. Physicienne de formation, puis démissionnaire, elle s’inspire de l’esprit pacifiste de Gandhi. Face à l’offensive des multinationales « avec leurs semences transgéniques, elle entend réhabiliter les semences paysannes et coordonne un réseau de plus de cinquante banques de semences, touchant plus de 500 000 agriculteurs ». Etc. Etc.

Sekem
Vitalité du Soleil, la ferme d’Ibrahim Abouleish [3] démontre depuis 1977 qu’une alternative agricole existe, sans utilisation d’aucun pesticide : il pratique la culture bio-dynamique. Car, lors de ses études à Graz, en Autriche [4], il découvre la pensée anthroposophique qui doit ses lettres de noblesse au philosophe autrichien Rudolf Steiner (1861-1925). Celle-ci entend promouvoir une méthodologie organique, avec ses applications concrètes en de nombreux domaines : de l’agriculture à la médecine, de l’économie et de l’éducation à l’architecture... On assiste là à la naissance d’un nouveau paradigme agricole, la biodynamie. Celle-ci connaît un relatif succès de l’Australie à l’Inde, de l’Allemagne au Chili, du Canada à l’Afrique du Sud. « Dans le monde arabo-musulman, la ferme de Sekem (plus de 2000 salariés) constitue la principale expérience conduite selon cette philosophie organique. Mais l’anthroposophie d’Ibrahim Abouleish ne s’oppose nullement à son islamité. »

Pierre Rabhi
Son agro-écologie s’inspire largement de Rudolf Steiner. Pierre Rabhi a préfacé le livre sur Sekem. Ibrahim Abouleish et Vananda Shiva ont obtenu le Prix Nobel Alternatif en 2003. Si Frédéric Lenoir insiste tant sur la pensée steinérienne, c’est que Nicalor Parlas la met en œuvre, rigoureusement, aux Philippines. Ce qu’il expose dans son livre La société civile : le troisième pouvoir [5].

Nelson Mandela
…Et Desmond Tutu : la voie non-violente [6]. Ils ont fondé les Commissions Vérité et Réconciliation (CVR) qui à présent ont essaimé au Pérou, au Chili, en Argentine, au Maroc, en Sierra Leone, au Timor Oriental etc.

San Egidio
La diplomatie de la paix. Communauté « qui est l’une des plus intéressantes qui soit dans le champ de relations internationales et la résolution des conflits ».

Suit alors l’exposé d’avancées moins visibles mais non moins importantes concernant le développement personnel [7], les thérapies holistiques [8] et de nombreux promoteurs qui élargissent l’horizon de notre conscience. Car il nous faudra bien « changer de logique (...) par une contre-culture ».

Conclusion
« Les logiques mortifères qui dominent encore ne sont pas inéluctables, un chemin de guérison est possible. »

[1] La guérison du monde, de Frédéric Lenoir, est édité aux éditions Fayard.

[2] Éd. Novalis ou Éd. EAR, Genève, 2002, 6ème édit.

[3] Voir Une communauté durable dans le désert égyptien, Aethera, 2007.

[4] Il est Docteur en pharmacologie.

[5] Éd. Yves Michel, 2003.

[6] Voir Il n’y a pas d’avenir sans pardon, de Mgr Tutu.

[7] Cari Rogers, Michel Cazenave avec Science et Conscience, Edgar Morin etc.

[8] David Servan-Schreiber, R. Steiner.

Publié le 11 juin 2013 par Fernand Kochert