La « laïcité »... au secours de l’Évangile

On pourrait se plaindre de voir la laïcité agir telle un rasoir ou un bulldozer : tout le monde au même titre, c’est-à-dire, sans titre... Tout le monde est monsieur ou madame, ni plus ni moins. Encore que le madame soit sur la sellette, théorie du « genre » oblige. Pas de distinction, tous égaux, en droit du moins, même si dans les faits c’est autre chose. Pourquoi se plaindrait-on ?

N’est-il pas écrit dans l’Évangile, le Saint Évangile : « Pour vous, ne vous faites pas donner le titre de Rabbi, car vous n’avez qu’un seul enseignant et vous êtes tous frères. Ne donnez à personne sur terre le nom de Père, car vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux cieux. Ne vous faites pas non plus appeler Maîtres, car vous n’avez qu’un seul maître, le Christ. Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. Qui s’élève sera abaissé, qui s’abaisse sera élevé [1]. »

N’avait-on pas bien lu pour continuer pendant des lustres à distribuer les titres à tour de bras dans la sainte Église ? Très Révérend Père, Éminentissime, Docteur, Grand Maître, Éminence, Excellence... La liste serait trop longue. Tous frères. Frère" ne suffisait-il pas ?

Pourquoi a-t-on craint la radicalité de l’Évangile ? N’était-il pas praticable en ce bas monde ? Fallait-il s’adapter au minimum, s’inculturer, dit-on aujourd’hui ? On savait bien, mais on feignait d’ignorer, la suite du discours : « Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites ». Un subterfuge que savent manier à merveille les hypocrites. Dire par exemple maître en entendant maître en Christ. La tendance était récurrente. D’époque en époque, des illuminés par le Saint Évangile en faisaient la cuisante expérience.

A Assise, François s’est entendu dire que sa règle primitive, qui prétendait revenir au pur Évangile, était trop radicale. Et il dut jeter l’éponge, pour un temps du moins, « un temps deux temps et un demi temps » [2] pour faire bonne mesure. Et voilà que, miracle !, la mise en pratique de l’Évangile vient d’où on ne pouvait l’attendre, de l’extérieur, alors qu’à l’intérieur on résistait à la Parole, faisant durer les pratiques contraires.

Dans ce cas, on aurait sans doute tort de se plaindre de ce qui arrive. Ne faudrait-il pas plutôt dire : à quelque chose la laïcité est bonne ?

[1] Mat 23, 8-12.

[2] Cf. Dan. 7, 25.

Publié le 23 août 2016 par Alphonse Kuntz