La mission aujourd’hui est autre…

La mission aujourd’hui est autre… parce que le monde est devenu autre. Mais connaissons-nous vraiment le monde ?

Nous sentons bien (sentite, dit l’Ecriture ) que nous sommes trop « curés » stabilisés, plus assez mobiles ni disponibles pour un véritable envoi en mission. Nous faisons un admirable travail de gestionnaires en pastorale... mais est-ce là notre mission en priorité ?

Nous ne cessons de parler de « spécificité », de charismes et d’envoi vers les plus démunis en tous sens mais, pratiquement, nous n’avons plus le temps ni peut-être les forces d’aller où notre fameux charisme nous pousse en réalité, dans des situations marginales.

Alors un shifting, une mutation profonde s’imposerait. Un changement de direction et de vie est senti au plus profond de nous-mêmes comme indispensable... Sentite, dit l’Ecriture.

Mais, dans la plupart des cas, nous sommes « curés » et la pastorale ordinaire nous prend tout notre temps... Alors nous essayons de former des laïcs pour être ces missionnaires que nous devrions être. N’est ce pas encore un shifting, un décalage, un infléchissement ?

Car ce que nous faisons et ce que nous vivons aujourd’hui, est-ce encore adapté à notre vocation initiale ? Nous n’osons pas le dire ni le reconnaître.

Mais nous le sentons... Il suffit d’aller une matinée dans une des commissions pour constater qu’il y a là un groupe en recherche de sens, de direction et de vie, comme un égarement ou un réel mal de vivre sa vocation aujourd’hui.

Cela va plus loin encore. Il faut un autre christianisme pour notre aujourd’hui... Car le christianisme établi a perdu son âme. Ce n’est pas pour rien que les papes ont « inventé » une nouvelle évangélisation pour un monde autre. Et François, plus qu’aucun autre, par sa façon de faire et dans ses discours ne cesse d’envoyer des messages ponctuels pour former une nouvelle conscience, élargir la conscience chrétienne et humaine vers le voisin proche ou lointain : miséricorde, réconciliation, justice, nous connaissons tout cela, tous ces mots, mais il nous propose de les vivre autrement et en communion avec notre voisin.

Il a rencontré les prêtres il y a quelques semaines et il leur a dit : « soyez moins gestionnaires et plus pasteurs proches des gens, essayez de sentir l’odeur de vos brebis ! » Il a le sens de l’humour... En vain ai-je essayé de humer le relent typique de l’odeur sma, fût-il de sainteté. Nada pour le moment.

L’impression que j’ai ici encore, mais que j’avais déjà ressentie ailleurs, c’est que nous agissons et pensons en propriétaires et en gérants, en chefs de chantiers de la mission.

C’est le souffle évangélique, et donc l’Esprit, qui semble nous manquer... Nos textes sont froids et ne transpirent pas une dynamique qui motive réellement.

Ce que je proposerais aujourd’hui, c’est de faire appel à une de ces sociétés qui font des audits. Ils nous révéleront ces choses que nous ne pouvons ou nous ne voulons pas voir. Ensuite nous reviendrons pour discuter de leur découverte sur un vécu plus complet et qui aujourd’hui nous échappe encore.

Je voudrais simplement ajouter une précision concernant les citations bibliques. Si notre charisme est d’aller vers les plus démunis, alors il faut prendre Luc 4, 16-22 comme référence et non Marc 16,15, qui ne parle que d’un envoi. Luc, par contre, citant Isaïe, nous parle de saisie par l’Esprit, de consécration et de libération, d’une vraie bonne nouvelle en un mot. Cela a failli coûter la vie à Jésus, à Nazareth même, son village, et peut-être me trouverai-je aussi dans un risque similaire un de ces jours. Le danger est partout... Mais c’est dans l’Esprit qu’il faut répondre, comme l’a fait Etienne, à toute injonction venant du monde.

Publié le 21 août 2013 par Jean-Pierre Frey