La Mission dans le sillage de Mgr Melchior de Marion Brésillac

Consécration de l’église Ste Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Ste Face (Adamavo – Togo) le 22 juin 2014

« Que resplendisse dans l’Église la lumière du Christ, et que parvienne à tous les peuples la plénitude de la vérité. »

Église sainte, elle est la vigne que tu as choisie, dont les sarments s’étendent sur le monde… Heureuse Église, elle est la demeure de Dieu parmi les hommes, le temple saint fait de pierres vivantes, fondé sur les Apôtres qui a pour pierre angulaire le Christ Jésus. Église de gloire, elle est la cité bâtie sur la montagne, clarté attirant tous les regards ; en elle brille à jamais la lumière de l’Agneau, en elle résonne le chant de fête des bienheureux…
Ici que tes fidèles, alentour de la table de l’autel, célèbrent le mémorial de Pâques et se nourrissent au banquet de la parole du Christ et de son corps. Ici, que résonne en joyeuse offrande de louange la voix des hommes unie aux chœurs des anges, et que monte vers toi pour le salut du monde une incessante prière. Ici que les pauvres rencontrent la miséricorde, que les opprimés trouvent la vraie liberté, que tous les hommes retrouvent la dignité de tes fils, dans l’espérance de parvenir un jour, pleins de joie, à la Jérusalem d’en haut
… [1] »

Un chemin de mission à la suite de Mgr de Marion Brésillac
Ce texte, extrait de la préface de la liturgie pour la dédicace d’une église, rappelle les démarches et le but de la mission, celle pour laquelle la SMA a été créée : unir le ciel et la terre ; aider Dieu à habiter dans l’humanité, apporter la joie du salut, fonder des églises, c’est-à-dire des communautés qui se nourrissent de la Parole et des sacrements, qui sachent partager l’amour et les grâces reçues, l’église de pierre, « lieu consacré pour la célébration des mystères », n’étant que le signe de la grande communauté des croyants ; faire monter vers Dieu la joyeuse offrande, la louange et la prière d’intercession ; devenir un lieu concret de l’accueil et de guérison pour les pauvres, les opprimés, « les plus abandonnés ».

Le portrait de Mgr de Brésillac, dont nous célébrons cette année le 200ème anniversaire de naissance, était d’ailleurs la seule image accrochée au pied de la croix au grand mur du chœur derrière l’autel, installée sur la fresque murale faite d’énormes pétales de fleurs orange et jaune. Face à ce portrait, à l’autre bout de l’église, sur le mur du fond, le vitrail circulaire représentant Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face, patronne des missions, inscrite aussi au catalogue des saints et modèles missionnaires de la SMA. Ce fut aussi une relique discrète de Sainte Thérèse qui fut enterrée sous l’autel lors de la cérémonie.
L’église de la paroisse Sainte Thérèse est un aspect du projet de mission le plus récent initié en 1998 par les SMA. Elle se situe à l’est de Lomé, sur l’axe routier qui conduit vers le Bénin, dans le quartier populaire d’Adamavo qui se développe de façon gigantesque. Ils étaient trois en ce temps-là, venus du diocèse d’Atakpamé où ils avaient travaillé pendant de longues années, Materne, Georges et Gérard. Ils furent très vite rejoints par de jeunes confrères venus des nouvelles entités sma, de la Fondation Afrique, Tony, et de la fondation Pologne, Marek…

Le nouveau secteur pastoral confié à la SMA était jusque là rattaché à la paroisse Marie Reine de Bè, autrefois fondée par les SMA. De petites chapelles servaient de lieu d’accueil pour de petites communautés locales. Depuis ce temps, six grandes communautés sont nées, dotées déjà de structures pastorales et de dévotions efficaces : la paroisse mère, Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus d’Adamavo, Saint Joseph d’Avépozo, érigée aussi en paroisse, dont l’église est presque achevée, Agodéké et Afanoukopé dont les églises encore en construction accueillent déjà une communauté de mille personnes, et plus récemment Kpogan et Avépozo-Kpota.
Si les dons venus de l’extérieur ont permis la réalisation des travaux, abondantes aussi ont été la contribution et la persévérance locales, alors que la solidarité diocésaine, pourtant possible, tarde encore. Fidèles à l’idée de la mission, la promotion de la personne humaine, les œuvres sociales et d’éducation ont été développées en parallèle à la construction des églises : écoles, centre social et de santé, jardins, petits ateliers, et un service régulier est assuré au camp de réfugiés ivoiriens.

Le quartier dans lequel se développent ces communautés compte quelques 250 000 habitants, dont un grand pourcentage d’enfants et de jeunes. La paroisse Ste Thérèse, avec ses communautés, confiée à la SMA, est comme un phare spirituel et d’espérance dans cet ensemble, disait le président du comité paroissial.
Le service de la mission dans ce quartier populaire de Lomé fait partie de l’héritage vivant de Melchior de Marion Brésillac. Le Fondateur de la SMA est bien connu dans la paroisse, des pagnes à son effigie circulent et sont portés aux grandes célébrations, les amis de la SMA font la promotion pour la Société et des enveloppes sont distribuées à l’occasion du 8 décembre ou du 25 juin.

À la fin de la cérémonie de la consécration, les quelques 2 000 fidèles ont prié calmement ensemble avec l’Archevêque, demandant que la vie et l’exemple de ce grand serviteur de la mission stimulent l’engagement missionnaire des chrétiens d’aujourd’hui et que l’Église reconnaisse sa sainteté…

Remise de l’église à l’évêque et de l’évêque à la communauté
Pour commencer la cérémonie, la foule était massée à l’extérieur autour de l’église. L’évêque, entouré du vicaire général et de quelques prêtres dont les confrères sma, a commencé par souhaiter la grâce et la paix à tous, demandant aussi que tous accueillent dans la foi la Parole de Dieu. Il a rappelé que « la communauté a pris naissance à la même fontaine baptismale et s’est nourrie à la même table » et a prié pour « qu’elle grandisse dans la charité et devienne un peuple saint ».
La consécration d’une église montre en effet qu’une nouvelle communauté chrétienne est née, assez forte pour être officiellement reconnue, pour être intégrée à la grande Église, à l’Église diocésaine gouvernée par l’évêque… La communauté remet l’église de pierre qu’elle a construite à son pasteur en lui présentant les clés, en même temps qu’elle se remet elle-même à sa sollicitude pastorale.

Les rites de la liturgie de la consécration de l’église et les prières qui les accompagnent assimilent toujours l’église de pierre à la communauté des croyants que le bâtiment accueille. L’évêque, pasteur à la tête de la communauté, se fait portier : il ouvre la porte de l’église, donnant à la communauté d’en prendre possession : « franchissez la porte du Seigneur, entrez dans sa demeure avec des hymnes, rendez-lui grâce, bénissez son nom. » Il se fait aussi lavandier par la bénédiction de l’eau dont il asperge d’abord les fidèles avant d’en asperger les murs, signifiant ainsi que l’église est d’abord la communauté : « Par la grâce de ta bénédiction, sanctifie cette eau que tu as créée : quand elle sera répandue sur nous et sur les murs de cette église, qu’elle soit le signe de ce bain salutaire qui nous a lavés dans le Christ, pour que nous devenions le temple de ton Esprit. » Débarrassé de la chasuble et revêtu du « grémial » qui lui sert de tablier, il devient maçon pour enfouir les reliques sous l’autel, il grimpe à l’échelle une douzaine de fois pour enduire les murs de l’huile sainte et s’affaire à répandre cette même huile sur l’autel : « Dieu de gloire et de sainteté… comme cette huile sainte marque l’autel et les murs de cette église, imprègne de ta grâce et de ta joie les pierres vivantes que sont les fidèles qui viendront ici communier au mystère du Christ et de son Église. » Ainsi par ces rites, par les prières, la remise de la Parole de Dieu (le lectionnaire), le don de la lumière, la célébration eucharistique, l’évêque va parfaire l’église en un lieu consacré, et remettre l’église à la communauté, véritable demeure de Dieu : « Que Dieu, le Père des miséricordes, soit présent dans cette maison de prière ; et par la grâce de l’Esprit Saint qu’il purifie notre cœur, temple vivant dont il fait sa demeure. »

Après les quatre heures qu’a duré la célébration, haute en rites, en lumière, en chants et en joie, juste au moment où nous entrions dans la salle où le repas nous attendait, une petite pluie gentille nous a été servie en signe de bénédiction. « Que le Seigneur du ciel et de la terre qui vous a rassemblés pour la dédicace de cette église multiplie en vous ses bénédictions », venait de dire l’évêque en congédiant les fidèles dans la paix du Christ.

[1] Liturgie de la consécration d’une église.

Publié le 22 avril 2015 par Jean-Marie Guillaume