La mission : une aventure avec Dieu !

La vie est comme une aventure qui mène des femmes et des hommes de découvertes en découvertes. L’idée même d’aventure suppose l’acceptation de partir de chez soi, de se mettre en route, de quitter ce qui constitue sa sécurité pour un hypothétique avenir. En ce sens, l’aventure renvoie plutôt à une prise de risques inconsidérés.

Pour les Pères des Missions Africaines, elle avait à ses débuts l’allure d’une hécatombe, d’autant plus que le nombre des victimes étaient impressionnant. Rappelons à cet effet l’issue fatale des premiers missionnaires en Sierra Leone. Alors que Mgr Melchior de Marion Brésillac, le P. Riocreux et le Fr. Gratien Monnoyeur venaient rejoindre la première équipe, une virulente épidémie de fièvre jaune eut assez rapidement raison de leur zèle apostolique. Personne ne fut épargné. Seul le Frère Eugène, que Mgr de Marion Brésillac a renvoyé à temps, aura la vie sauve [1]. L’histoire de la Société fut ainsi écrite dans la mort prématurée de ses membres.
Nombreux étaient ceux qui mouraient dans leur prime jeunesse. Cette perspective ne semblait guère affecter les missionnaires dans leurs dispositions intérieures ni dans leurs convictions. Ils continuaient à répondre avec enthousiasme à cet appel, même si chaque départ ressemblait davantage à un voyage sans retour. Les cérémonies de départ en mission passaient pour des adieux émouvants. Les nombreuses tombes disséminées le long du golfe de Guinée et de la baie du Bénin attestent encore aujourd’hui de cette abnégation. Toutefois, on peut se demander : leurs choix étaient-ils éclairés ? Mesuraient-ils les conséquences de leurs engagements ? En étaient-ils vraiment conscients ?

Au-delà des précautions qui relèvent du bon sens, le caractère explorateur de l’aventure est incontestable, ainsi que les avancées qu’elle apporte à l’humanité. Ses domaines sont divers et variés. L’aventure contribue de manière non négligeable à la connaissance humaine. Elle se présente d’ailleurs comme une grande passion qui pousse l’homme à aller au terme de ses projets en dépit des obstacles et des difficultés qui en empêchent parfois la pleine réalisation. Les grandes explorations des siècles passés et toutes les découvertes qui s’en suivirent en sont un exemple patent. On peut aujourd’hui regretter certaines idéologies qui ont malheureusement abouti à l’exploitation des Noirs et des Indiens et qui ont terni par ailleurs ce grand élan d’humanisme. Pourtant, en dépit de ces options qui constituent autant d’échecs et d’erreurs, la roue de l’histoire continue à aller de l’avant. L’homme se projette de plus en plus loin dans le temps, dans l’espace et même dans les profondeurs des mers. Dans cette perspective, l’aventure suscite une immense excitation.

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La marche des Rois Mages. Art chrétien senoufo.
Dessin Jacques Varoqui

Telle est l’épopée à laquelle nous introduisent les mages venus d’Orient. Ces sages ont vu, en effet, se lever l’astre du roi des Juifs qui vient de naître et ils sont venus lui rendre hommage. L’aventure les a ainsi conduits aux pieds de l’Enfant de la crèche et à la rencontre de Dieu qui a pris chair de notre chair. Ce qui est donc caractéristique de cette aventure, c’est l’établissement de l’alliance nouvelle étendue à toute l’humanité dans laquelle Dieu se manifeste en son amour. Dans la fragilité d’un enfant, il se laisse voir et se donne aux hommes.

L’essentiel, dans cette aventure qui met l’homme en route, est l’invitation à établir des relations, à s’ouvrir à l’accueil de l’autre, en un mot à constituer une vraie fraternité. Au-delà des spécificités de chacun et de ses différences constitutives, la fraternité rapproche les hommes et elle renforce les liens qui les unissent. C’est en cela qu’on peut dire qu’elle établit des ponts dans les relations humaines : Bâtir des ponts est une expression qui traduit parfaitement le désir d’entrer en relation, la volonté d’aller sur le territoire de quelqu’un d’autre, le bonheur d’établir la jonction entre deux rives. Le pont symbolise, avec un brin d’idéalisme, la relation, la communication facilitée, les événements qui rapprochent et unissent les hommes [2].

Tel fut l’esprit qui animait Mgr Melchior de Marion Brésillac. Il vibrait de tout son être pour la promotion humaine. Son engagement missionnaire le rendait particulièrement attentif au respect de l’autre dans sa dignité d’homme et d’enfant de Dieu. Néanmoins ses convictions étaient loin d’être partagées par tout le monde. Sa démarche missionnaire faisait l’objet d’une vive opposition de la part de beaucoup de ses confrères. Ces difficultés ne firent que renforcer sa détermination à aller jusqu’au bout de son projet. Ne pouvant plus tolérer en conscience cet état de fait, il prit ses responsabilités et démissionna de son poste en Inde.
Sachons bien que nous ne voulons pas dominer sur les peuples, mais leur apprendre l’unique moyen d’être heureux et leur indiquer la voie par où ils doivent marcher. Aussitôt que nous l’avons tracée, cette voie, laissons-les marcher seuls. Nous ne voulons pas régner spirituellement sur eux, nous ne voulons que les donner à Jésus-Christ. Et s’il faut que dans une société quelconque il y ait des chefs et des administrateurs, c’est au milieu d’eux qu’ils doivent être pris et la religion sera des leurs dans ce pays [3].

Dans ce contexte missionnaire, l’aventure implique l’effacement de soi devant Jésus-Christ. L’aventurier se met sous le parapluie de celui qui le fait avancer. Il devient en quelque sorte un acteur qui incarne par ses faits et gestes la Bonne Nouvelle. L’aventure à laquelle nous sommes aujourd’hui associés est non seulement celle de bâtir des ponts, mais aussi celle de manifester le visage de Dieu aux hommes. Etre le reflet de l’amour et de la bonté de Dieu, voilà notre vocation. Cette mission est exigeante. Entretenons-nous des doutes quant à notre capacité de réussite ? Point n’est besoin de paniquer ni de désespérer. Jésus nous précède sur les chemins de la vie et il nous rassure. En toute confiance et dans la joie en ce Dieu qui se révèle au monde, marchons dans sa lumière.

[1] Société des Missions Africaines Province de Strasbourg, Saga missionnaire, édition préparée par Valérie Bisson et Jean-Marie Guillaume, Strasbourg, Editions du Signe, 2004, p. 13.

[2] Hubert Herbreteau, La fraternité : entre utopie et réalité, Paris, Les Editions de l’Atelier, 2009, p. 47.

[3] Melchior de Marion Brésillac, Documents de mission et de fondation, document 3 : Exposition abrégées de l’état de la religion dans l’Inde, Paris, Médiaspaul, 1985, pp. 113-114.

Publié le 22 mars 2012 par Nestor Nongo Aziagbia