La nouvelle paroisse du Père Ernest

Le démarrage
Sans faire de bruit, cette paroisse Sainte Rita [1] est née le 27 Décembre 2012, date de la première messe dominicale. L’avant-veille au soir, j’ai visité une malade et prié sur elle. Monsieur Kosonou, son frère, m’a fait rencontrer quelques chrétiens du quartier jusqu’à 22h. Dès le dimanche, 35 personnes s’étaient données rendez vous pour célébrer le jour du Seigneur.
Depuis 8 mois, les différents corps de métier se sont succédés pour rendre notre habitation accueillante, mais sans ameublement sinon deux tables et quelques tabourets de récupération. Pour tout luxe, une cuisinière à gaz, une poêle, une petite casserole, quelques tasses, gobelets en inox, assiettes, fourchettes et couteaux, car j’ai tout laissé à mon successeur au moment de quitter mon ancienne paroisse. Quelques lits de l’armée française nous évitaient de dormir sur les nattes.

L’eau c’est la vie !
Le lendemain de notre arrivée, seule la pompe à eau devait être installée sur le puits de 12 m de profondeur, avec une belle quantité d’eau pompé quotidiennement. Depuis le 26 janvier, nous avons pompé plus de 167 m3, donc une bonne moyenne par jour pour assurer : travaux de maçonnerie, toilette, lessive, nettoyage de la maison, et à présent l’arrosage du jardin et des fleurs. Les planches de coffrage en équilibre sur les bidons de peinture vides en guise de bancs. Dans le futur salon, une table nous servait d’autel et ce fut notre première chapelle (8m sur 4), qui s’avérait bien trop petite dès le mois de février.
Après bien des déboires au départ, l’installation solaire nous a enfin donné régulièrement de la lumière. Si les vendeurs de matériaux solaires foisonnent, on trouve peu de techniciens compétents. La première tornade d’une grande violence a failli nous être fatale. Nous sommes situé sur un plateau dénudé : bilan 3 panneaux arrachés, mais fort heureusement un seul endommagé. Puis ce furent des pannes plus techniques. A présent, nous avons enfin Wilfried, un technicien en électronique qui possède bien son métier et qui se rend disponible dès qu’il le peut. Heureusement ! Mais les surprises inattendues ne se font jamais attendre… Un affichage alerte : « Allo ! Wilfried ! » Les téléphones portables ont un succès sans précédent : communiquer, rester en relation avec sa famille, est primordial en Afrique.

Un chantier permanent « ouvert au public » !
Nous sommes etourés de brousse : seul un campement à 100 mètres où vivent deux familles, quelques palmiers à huile, des termitières… En quelques semaines, il afallu nous libérer de la brousse environnante. C’est un champ d’arachides, de maïs, de gombo, de piments, de manioc et un grand champ d’ignames qui ont surgi avec le travail de tous et l’effort de chacun. Et avec les pluies, le désherbage ne manque pas !
L’initiative venait de la maîtresse de maison, cuisinière, femme à caractère « baoulé », car il faut subvenir aux besoins en nourriture. Ce ne sont pas seulement des brouettes, des pelles, des pioches, mais aussi des houes (dabas), des râteaux… Étonnement, surprise inhabituelle dans un presbytère où généralement le prêtre vit seul ! C’est la nouvelle génération de prêtres et de missionnaires, pour un meilleur témoignage de la nouvelle évangélisation et un équilibre plus humain dans un monde qui subit les turbulences du siècle.

Et voici la nouvelle vie de famille au presbytère
Ce qui frappe en arrivant, c’est de trouver des jouets et des chaussures d’enfants. J’ai accueilli Stéphanie, 12 ans, l’enfant orpheline de père et de mère de notre voisine. Sa grand-mère, veuve avec 4 enfants, n’arrive pas à subvenir à tous ses besoins (elle est couverte de plaies) ; elle est aussi accueillie. Nous ne pouvons pas rester indifférents ! Notre petite Ange Stéphanie 2 ans ½, abandonnée par sa mère à 6 mois, se réjouit de cette compagnie, ainsi que les enfants Rébecca et Grâce, qui sont plus âgées.

Monsieur Ekra, vétérinaire habitant plus bas, entouré de ses étangs de poissons, nous rend de grands services. Il dépanne notre voiture trop vieille pour ne pas tomber souvent en panne (elle a 17 ans !). Il est surtout connaisseur du milieu de vie, avec un réseau de relations fort appréciable lorsqu’on est nouveau dans la région. Cette Ford attend sa mise à la réforme, mais où trouver les moyens pour une neuve ? Hier encore, c’est la pompe à eau qui a lâché ! Mais en Afrique, il y a toujours quelqu’un qui s’est spécialisé dans les différentes pannes réparables sur place. On attend la prochaine… Elle ne s’est pas fait attendre. On garde l’humour : c’est la dernière, dit-on !
Avec les vacances arrivent les nièces, la petite Nadia et Sabine. La sœur cadette de Monique, notre maîtresse de maison, nous donne un sérieux coup de main à la cuisine. Elle attend de trouver du travail après la réussite de ses examens. Laetitia fait son apprentissage en coiffure, ici en ville ; dans les soirées, elle poursuit son apprentissage auprès des petites sœurs.
Liliane, la fille de Monique, vient d’avoir son Bac. Avec le gardien Pierre, qui est aussi l’homme à tout faire, nous voilà huit personnes. Une petite famille nombreuse sans allocations !... Sauf, pardon, l’union dans le travail bien fait, le partage, l’entente et la joie de se rendre mutuellement service. L’exemple stimule et éveille : la petite Ange Stéphanie veut prendre le balai, aider à pousser ou à charger la brouette, arracher les mauvaises herbes, imiter chaque geste. Elle est toujours prête à boire ou à grignoter quelque chose, et le matin, au réveil, à réclamer son lait chocolaté avec du pain beurré de « Délicia ». Le bonheur et la confiance de cette petite fille nous aident à vivre heureux ensemble. Le tout ponctué de cris de joie et de béatitudes rythmés de ces chants dansés auxquelles excelle l’âme africaine… Et d’interminables questions : Pourquoi papa ? Pourquoi maman ? Comment ? Qu’est-ce que c’est ? Que fais-tu là ? Où vas-tu ?… Ange Stéphanie veut tout savoir. Ainsi bavardant continuellement, elle apprend à parler français, au point de nous surprendre par moment par des expressions et des mots nouveaux. Un jour même, elle dit : « vous ne comprenez pas ?... Mais je parle français ! »

Création et naissance d’une communauté paroissiale.
Comme pour un enfant, il fallut neuf mois de gestation pour parvenir à cette date du 8 septembre 2013, Nativité de la Vierge Marie, Jour du Seigneur. Mgr Konan Kouassi Maurice sanctifia les lieux par une bénédiction solennelle, et surtout notre chapelle « Oratoire du Saint Sacrement » pour célébrer dignement nos messes en semaines. Cette chapelle a une note particulièrement missionnaire. C’est une « Salle de rencontre » dédiée à Mgr Melchior de Marion Brésillac, fondateur des Missions Africaines.
A gauche, un tabernacle en fer forgé reprend le logo de l’année de la Foi : il représente une barque, image de l’Église qui navigue sur les flots ; son mât est une croix sur laquelle on hisse les voiles, signes dynamiques qui forment le trigramme du Christ (IHS) ; sur le fond des voiles est représenté le soleil, lequel, associé au trigramme, renvoie à l’Eucharistie. Le tout en relief.
A côté, les mots de Jésus à Pierre au moment de la pêche miraculeuse : « Avance au large, et jetez vos filets [2]. » Au fond du chœur, des poissons et, au milieu du chœur, on voit une rosace aux couleurs vives figurant les 12 apôtres et le Christ entouré de ces paroles : « Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes [3]. » Au centre, une belle croix stylisée en peinture. Ce sont les symboles d’une paroisse qui se veut « missionnaire », comme notre fondateur l’a si bien exprimé : « être missionnaire du fond du cœur. »
Des chrétiens, conscients de leur mission, se sont vite mis au travail, créant les comités de pastorale, de liturgie, la Caritas et le conseil économique d’organisation, le groupement des femmes, la chorale et le groupe de servants de messes. Ils ont mis en route des communautés de base dans les quartiers pour un suivi et une formation permanente, pour un éveil à la vie chrétienne et la connaissance du milieu de vie.
La Légion de Marie et un groupe de scouts complètent la mise en œuvre de ce qui sera demain une paroisse missionnaire « pilote ». Celle-ci a pris comme patronne Sainte Rita, invoquée comme « avocate des causes désespérées, Sainte de l’Impossible ». Elle nous conduira à la sainteté par l’unité des cœurs et des esprits. Un chemin de Croix, sans doute, mais rayonnant de sa joie à suivre le Christ avec la grâce donnée chaque jour en vivant sa parole.
Dans ce secteur défavorisé, en périphérie de la ville avec trois grands quartiers et un village en construction, nous avons acquis un terrain adjacent au nôtre. Nous projetons pour la prochaine rentrée 2014 l’ouverture d’une maternelle et, plus tard, d’une école primaire. Déjà le terrain est en préparation et le nouveau puits en chantier. Reste à trouver les fonds nécessaires pour aller jusqu’au bout. Les paroissiens ont déjà fait leur part mais ils poursuivront avec la générosité que je leur connais.

(11/9/2013)

[1] Adresse : Père Ernest KLUR
Paroisse Sainte Rita
B.P.454
ZAKOUA II
DALOA
CÔTE D’IVOIRE

[2] Luc 5, 4.

[3] Marc 1, 17.

Publié le 17 mars 2014 par Ernest Klur