La Pentecôte

La longue marche vers le sommet de l’histoire de la nouvelle alliance

Depuis toujours, c’est le souffle actif et toujours activé de l’Esprit qui plane et domine sur le chaos et le magma de la première terre… et de toutes les terres de l’histoire. C’est lui, ce souffle actif et toujours activé, que le Créateur envoie dans le corps de glèbe et d’argile qu’il a façonné pour Adam. Et Adam se redresse, s’ébat et va vivre dans son jardin d’Eden, grâce au souffle de l’Esprit.

Quelque temps après, c’est la chute. Mais l’Esprit plane au-dessus du jardin d’Eden pour rappeler à l’ordre Adam et Ève. Pour leur dire que la terre qu’ils ont désormais à cultiver pour survivre leur coûtera beaucoup de peine et de sueur. Mais aussi que cela sera possible avec son aide à lui, l’Esprit de Dieu.

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Jacques de Voragine. La Légende Dorée. La Pentecôte. Enluminure. Maître du Policratique. Fin XIVe s.
Photo Bibliothèque des Champs Libres

Oui ! Il faut le dire : depuis toujours, c’est cet Esprit qui dirige, qui oriente, qui éclaire et même console le Créateur et la créature sortie des mains de Dieu à son image. Avec beaucoup de brouhaha, dans la foudre et le tonnerre, ce souffle actif de Dieu a occupé le mont du Sinaï pour transmettre au peuple en recherche de chemin les deux tables avec les dix paroles. Elles vont orienter et tracer la route, pour eux et avec eux, vers cette Terre Promise tant désirée à cause de la paix qui y règnera… sans doute un jour.

Car, à force d’ignorer ou de négliger le message et l’orientation donnés par ces simples paroles, ils allaient d’égarement en égarement. Depuis quarante ans, ils étaient devenus un peuple en errance dans le désert, tantôt bousculé à droite, tantôt envahi à gauche… déjà perdu dans l’histoire de l’humanité sans trouver son identité.

Et puis, longtemps après, le même souffle actif a visité discrètement une jeune fille de Nazareth, en Galilée, pour en faire la mère du Dieu incarné dans le mystère le plus absolu ; et il fera dire à Joseph : « Tu lui donneras le nom de Jésus, car il sera le sauveur. Il sortira l’humanité de ce désert sans horizon qui est son univers. »

Ce souffle toujours actif descendra comme une colombe sur Jésus pour le consacrer comme Messie, Christ et Sauveur. Tout au long de la vie de Jésus, ce souffle sera présent, avec une si grande discrétion qu’il semblera absent jusqu’au matin de Pâques. Et mieux encore, au matin de la Pentecôte il secoue le cénacle qui est devenu comme la tombe des Apôtres pour les en faire sortir et dire la Bonne Nouvelle dans le feu de toutes les langues. Pour annoncer enfin qu’il faut devenir actifs à notre tour, sortir de nous-mêmes et assumer dans la vie que Dieu nous donne la construction d’un monde nouveau.

Voilà pourquoi, le jour de la Pentecôte de notre propre baptême, ce souffle toujours actif est descendu sur chacun d’entre nous telle une colombe, de même qu’il était descendu sur Jésus [1] le Messie. Ainsi nous sommes devenus à la fois les témoins et les messagers, en un mot les « Messies » de notre monde.

[1] Mt 3, 13-17.

Publié le 3 juillet 2017 par Jean-Pierre Frey