La promotion de l’école au Togo : une grande œuvre missionnaire

Une dimension qui n’a pas été mise en exergue, c’est la pastorale de l’école pour pénétrer le milieu togolais et y implanter l’Eglise. A la base de tout progrès réel d’un pays, il faut d’abord placer l’éducation et viser à former avant tout le caractère des enfants. C’est la clef de voûte.

Les Pères du Verbe Divin
Lorsqu’en 1892 les missionnaires de la Société du Verbe Divin fondèrent l’Eglise au Togo, l’école, qui n’existait pas encore, fut leur plus grande préoccupation. Ils en firent leur grand œuvre. Ils n’hésitaient pas à considérer l’école comme un lieu d’annonce de l’Evangile et d’éducation chrétienne. Ils fondèrent de nombreuses écoles primaires, et même un cours complémentaire de comptabilité et de secrétariat dont les entreprises et l’administration avaient grand besoin.

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L’Ecole professionnelle à Lomé.
Photo sma strasbourg

Ils ouvrirent la première école primaire de jeunes filles avec leurs sœurs religieuses. Arrivées en 1897, elles créèrent des clos d’enfants, qui devinrent ensuite des jardins d’enfants, car les filles les plus grandes amenaient avec elles à l’école leurs petits frères et sœurs dont elles avaient la garde.
En 1899, ces missionnaires créaient l’école professionnelle St-Joseph de Lomé, qui forma un grand nombre d’ouvriers qualifiés jusqu’à une date assez récente et où nos confrères SMA apportèrent une contribution inoubliable. Pour avoir des enseignants autochtones, les Pères SVD lancèrent une Ecole Normale [1], dont le cycle de formation durait 2 ans. En 1912, on recensait 347 écoles au Togo.

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Mgr Cessou.
Photo sma strasbourg

L’épiscopat de Mgr Cessou (1920-1945)
La Première Guerre Mondiale eut de graves conséquences. Le Togo est occupé par les Anglais et les Français. En zone française, les écoles de langue allemande sont fermées dès 1914. Les Missions Africaines prennent la relève des Pères allemands, emmenés comme prisonniers en Angleterre. Mgr Cessou devait rouvrir et relancer les nombreuses écoles à l’abandon [2]. Il s’efforça de les équiper et de leur trouver un financement dans ce pays pauvre et sans ressources, mais aussi de leur donner des enseignants de langue française. C’était obligatoire et, au début, ce fut un vrai casse-tête. On lui doit l’Ecole des Catéchistes et l’Ecole Normale d’Instituteurs Africains en 1927. Elles formèrent durant 25 ans toute une pléiade de maîtres d’école, chefs de chorale et catéchistes dévoués. Leur formation durait 3 ans. Les premiers directeurs furent le P. Frank, puis les PP. Peter et Sprunck.

Mgr Strebler (1945-1962) et Mgr Lingenheim (1945-1964)
Mgr Cessou meurt en mars 1945, et Mgr Strebler lui succède [3]. Ami de la jeunesse, Monseigneur sait combien l’avenir d’un peuple, en particulier sur les plans humain, spirituel et religieux, dépend de sa force vivante et montante. « Durant la première rencontre avec mes conseillers, écrit-il, nous avons fait une première ébauche de mon programme. Nous prévoyons la construction d’un collège secondaire comme notre première urgence. » Il fit appel et confiance à ses missionnaires SMA, principalement au P. Joseph Furst, qu’il détacha dès janvier 1947 du ministère paroissial et chargea de toutes nos constructions, à commencer par celle du Collège St-Joseph à Lomé.
Mgr Strebler réussit à rassembler la somme nécessaire pour la première tranche. Restait l’épineux problème des professeurs. Il trouva l’appui des Provinciaux de Lyon et de Strasbourg ; ces derniers envoyèrent environ 32 prêtres [4]. Il recruta aussi des professeurs civils, tant français que togolais. Il bénit la première pierre en septembre 1948, alors que les fondations étaient déjà posées. Les cours commencèrent le 4 novembre dans des locaux provisoires en face de l’évêché, avec un effectif de 60 garçons pour deux classes de 6e
C’est après l’inauguration officielle du collège sur la colline de Tonkoin, en octobre 1950, que le P. Furst entreprit les fondations du collège de filles N.-D. des Apôtres à Lomé-Amoutivé. L’inauguration officielle eut lieu en mars 1955. « Dans toute l’Afrique, écrit Mgr Strebler, l’évolution de l’homme appelle impérieusement celle de sa future compagne, car l’harmonie familiale de son jeune foyer ne saurait se maintenir sans elle. Un mari évolué cherchera désormais de plus en plus une épouse de son rang. »

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Le Collège St-Joseph à Lomé.
Photo Roby Bucher

Le Foyer Pie XII ouvrit ses portes en janvier 1955, grâce aux subventions de la Propagation de la Foi. Centre culturel du Togo, il se voulait un organisme central, avec un directeur des œuvres de l’Action Catholique, un centre de conférences et un lieu de réunion pour les mouvements de jeunes. Il devint aussi le centre d’action et de rencontre du secrétariat social, où M. Milcent animait des journées consacrées à des problèmes fondamentaux comme le mariage et l’éducation de la jeunesse.
Monseigneur se mit à la recherche de congrégations religieuses. Quant à l’enseignement, les Frères des Ecoles Chrétiennes arrivèrent en 1953 pour prendre en mains l’Ecole Normale, puis le Collège St-Augustin de Togoville. En 54, les Sœurs de Peltre rejoignirent Nyekonakpoé, où elles se chargèrent de l’école primaire des filles, avant d’ouvrir une école ménagère à Tonkoin. Elles commencèrent la classe de 6e à Atakpamé dès 1960, avec 24 jeunes filles du futur Collège de N.-D. d’Afrique dont Mgr Strebler posa la première pierre en février 1962.

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Mgr Lingenheim (à g.) et Mgr Strebler.
Photo sma strasbourg

En 1956, Mgr Lingenheim fonda avec le P. Jean Perrin le Collège Catholique de Lama-Kara pour les garçons ; le P. Riedlin en fut le premier directeur. En 1958, les Franciscains arrivèrent au Togo. Le P. Alexis Oliger fut chargé des œuvres d’action catholique [5]. La même année, les Marianistes suisses prenaient la relève du Collège Chaminade. Le P. Masson sma leur sera donné durant deux ans pour assurer l’enseignement du français et des mathématiques en 4e et 3e.

Pour Mgr Strebler était arrivé le temps de passer la houlette pastorale à un fils du pays. Le 4 avril 1962, Mgr Anyron Robert Dosseh lui succéda. Avec l’aide des Missions Africaines, il devait continuer à développer, défendre et élargir cette magnifique œuvre scolaire que ses prédécesseurs avaient lancée.

[1] A Gbin-Bla, aujourd’hui au Ghana.

[2] Le P. Jean-Marie Cessou fut nommé Administrateur, puis Vicaire Apostolique du Togo en 1921. Lors de l’établissement de deux juridictions, l’une à Lomé et l’autre à Sokodé, en 1937, il prit le titre de Vicaire Apostolique de Lomé.

[3] De 1938 à 1945, Mgr Joseph Strebler avait été le premier Préfet Apostolique de Sokodé. Lorsqu’il succéda à Mgr Cessou, ce poste revint à Mgr Jérôme Lingenheim.

[4] Parmi eux, les PP. Noël, Folmer, Sprunck, Goetz, Lutz Félix, Peter, Roesch, et bien d’autres par la suite.

[5] Il fonda en 1960 un périodique de langue française, Présence chrétienne.

Publié le 12 novembre 2012 par Charles Roesch