La reconnaissance de notre frère

Première lecture
Lecture du livre d’Ezékiel

L’esprit vint en moi, il me fit mettre debout, et j’entendis le Seigneur qui me parlait ainsi :
« Fils d’homme, je t’envoie vers les fils d’Israël, vers ce peuple de rebelles qui s’est révolté contre moi. Jusqu’à ce jour, eux et leurs pères se sont soulevés contre moi, et les fils ont le visage dur, et le cœur obstiné. C’est à eux que je t’envoie, et tu leur diras : Ainsi parle le Seigneur Dieu... Alors, qu’ils écoutent ou qu’ils s’y refusent, car c’est une engeance de rebelles, ils sauront qu’il y a un prophète au milieu d’eux. »

Psaume : 122, 1-2ab, 2cdef, 3-4

R/ Nos yeux levés vers toi, Seigneur, espèrent ta pitié.

Vers toi j’ai les yeux levés,
vers toi qui es au ciel,
comme les yeux de l’esclave
vers la main de son maître.

Comme les yeux de la servante
vers la main de sa maîtresse,
nos yeux, levés vers le Seigneur notre Dieu,
attendent sa pitié.

Pitié pour nous, Seigneur, pitié pour nous :
notre âme est rassasiée de mépris.
C’en est trop, nous sommes rassasiés
du mépris des orgueilleux !

Deuxième lecture
La force de l’Apôtre réside dans sa faiblesse
Lecture de la seconde lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens (2Co 12, 7-10)

Frères, les révélations que j’ai reçues sont tellement exceptionnelles que, pour m’empêcher de me surestimer, j’ai dans ma chair une écharde, un envoyé de Satan qui est là pour me gifler, pour m’empêcher de me surestimer. Par trois fois, j’ai prié le Seigneur de l’écarter de moi. Mais il m’a déclaré : « Ma grâce te suffit : ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse. » Je n’hésiterai donc pas à mettre mon orgueil dans mes faiblesses, afin que la puissance du Christ habite en moi. C’est pourquoi j’accepte de grand cœur pour le Christ les faiblesses, les insultes, les contraintes, les persécutions et les situations angoissantes. Car, lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort.

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc
Jésus est parti pour son pays, et ses disciples le suivent.
Le jour du sabbat, il se mit à enseigner dans la synagogue. Les nombreux auditeurs, frappés d’étonnement, disaient : « D’où cela lui vient-il ? Quelle est cette sagesse qui lui a été donnée, et ces grands miracles qui se réalisent par ses mains ? N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie, et le frère de Jacques, de José, de Jude et de Simon ? Ses sœurs ne sont-elles pas ici chez nous ? » Et ils étaient profondément choqués à cause de lui.
Jésus leur disait : « Un prophète n’est méprisé que dans son pays, sa famille et sa propre maison. »
Et là il ne pouvait accomplir aucun miracle ; il guérit seulement quelques malades en leur imposant les mains. Il s’étonna de leur manque de foi. Alors il parcourait les villages d’alentour en enseignant.

Homélie

Pour bien montrer qu’il habitait parmi les Juifs dans le désert, Dieu avait sa tente dans les campements de l’exode. Et plus tard, à Jérusalem, il avait sa « maison », le Temple de Jérusalem… On peut se demander où se trouve son Temple aujourd’hui ? A Rome ?
Dieu était ainsi au milieu du peuple pour le protéger. Mais le Temple n’a pas empêché les Babyloniens de prendre Jérusalem, de piller la ville et d’emmener le peuple en exil dans une terre païenne. Vivre en terre impure était un choc terrible pour le peuple juif. A partir des textes d’aujourd’hui, on peut tirer tout un enseignement.

1ère leçon
Ezékiel, à la fois témoin et victime de cette déportation, reçoit la mission d’être le représentant de Dieu au sein de son peuple en exil. Puisque Dieu n’avait plus de Temple, donc plus de maison, pour habiter au milieu de son peuple en détresse, il avait au moins un prophète pour garder sa Parole.

2e leçon
Peu à peu, on s’est rendu compte que Dieu n’avait pas besoin d’une maison, mais qu’une communauté de foi suffisait pour l’accueillir et le faire demeurer parmi le peuple.

3e leçon
Paul continue le raisonnement et nous enseigne que chaque baptisé est le Temple de l’Esprit et doit donc témoigner de cette présence de Dieu, en lui-même mais aussi chaque fois que deux ou trois sont réunis au nom du Seigneur Jésus.

4e leçon
Nous sommes donc les temples de l’Esprit. Paul nous dit néanmoins : je suis faible, exposé aux insultes, aux contraintes, aux persécutions aux situations d’angoisse (appelées stress aujourd’hui)… Je n’aime pas être faible et être vu comme tel, aussi je fanfaronne et je fais le « fort ». Mais ma force n’est qu’un paraître, et mon assurance n’est qu’une statue aux pieds d’argile que le premier vent balaie. Alors, si je veux être fort, je ne le puis qu’en m’appuyant sur la force du Christ en moi. Ma force, c’est le Christ.

5e leçon
L’évangile de ce jour nous apprend que les contemporains de Jésus n’ont pas reconnu en lui le Messie, l’envoyé du Père, malgré tous les signes de son autorité divine. Pourquoi n’ont-ils pas cru ? Parce qu’ils n’ont pas su l’accueillir dans la simplicité fraternelle. Ils ont crié : Mais que nous veut-il ? Nous le connaissons, nous connaissons sa famille… Il est nul ! Voici autant d’obstacles accumulés qui ont empêché la reconnaissance. On l’a jugé d’avance, et on l’a rejeté. Non pas qu’il fût « inconnu », mais parce qu’il était trop connu… Tu ne jugeras pas ton frère, nous dit l’évangile.

C’est dans l’accueil, sans hypocrisie ni peur, sans préjugés ni méfiance - et on peut poursuivre l’énumération de ces obstacles - que se fait la reconnaissance de celui qui est mon frère … ou que s’opère son rejet.

Publié le 12 juillet 2012 par Jean-Pierre Frey