La rencontre d’Eysson : hommage à André Bouhelier et action de grâces

La rencontre annuelle de missionnaires et amis laïques de la Société des Missions Africaines organisée par le Groupe Amitié SMA Franche-Comté a pris cette année une dimension et un caractère tout particuliers à travers l’hommage rendu au Père André Bouhelier pour le 10e anniversaire de sa mort. Elle s’est déroulée pour cette raison, lundi 20 août 2012, dans le village d’Eysson dans le Doubs, berceau de la grande famille des Bouhelier.

La petite église paroissiale, à l’ombre de deux tilleuls bien plus que centenaires [1], a fait le plein à cette occasion pour une très belle célébration eucharistique préparée dans le menu détail et de jolie manière par Paulette Bouhelier, et rehaussée par la remarquable contribution de la chorale paroissiale de Vercel. Avant le renvoi, deux membres de cet ensemble ont, l’un déclamé une touchante ode et l’autre, une guitariste à la voix captivante, interprété un magnifique chant à la gloire de la Vierge Marie, Mère de Dieu et Reine de la Terre et des Cieux.

C’est le Supérieur Général de la SMA en personne, le Père Jean-Marie Guillaume, alors en congé dans son pays natal de Bonnétage, qui a présidé l’eucharistie en concélébration avec une bonne quinzaine de confrères francs-comtois et alsaciens. « Aujourd’hui, nous rendons grâce pour nos frères et nos sœurs qui ont vécu avec nous », a-t-il introduit son homélie de circonstance, véritable panégyrique d’André Bouhelier, de sa vie et de son œuvre missionnaire. « Nous rendons grâce pour le cheminement et le témoignage qu’André nous a laissés, ses 61 ans de vie, ses 39 ans de sacerdoce dont 33 au service de la mission au Togo, pour son courage, sa discrétion, son engagement dans l’édification de l’Eglise togolaise. »

La méthode des pieds
Le Père Guillaume a tenu à relever « quelques points de l’apostolat » de son confrère André, ainsi que des lectures du jour, qui peuvent aider à « réfléchir quelque peu sur la mission ».
« Un missionnaire est une personne qui appartient à l’Eglise universelle, qui est envoyée par une Eglise, une communauté, un cercle de personnes qui le soutiennent, prient pour lui, s’intéressent à son apostolat. André faisait d’abord partie d’une famille humaine, nombreuse, vivant d’une foi chrétienne profonde, où régnaient la solidarité et l’amour fraternel. Il venait de ce petit village d’Eysson qu’il aimait retrouver lors de ses congés. Dès l’annonce de son décès, le 29 janvier 2002, ses dix frères et sœurs se sont tous retrouvés dans l’émotion pour partager la nouvelle et pour prier. Ils ont toujours su entourer, aimer, aider, accueillir, soutenir leur frère missionnaire dans ses épreuves et ses accrocs de santé. Ils ont toujours su participer à sa mission, et plusieurs sont venus au Togo… La Société des Missions Africaines vient de commencer une période de réflexion plus approfondie sur la mission, en préparation à l’Assemblée générale en avril 2013 (…). Nous parlons beaucoup des méthodes missionnaires et nous aimons y associer l’utilisation des médias modernes comme internet, le visuel, le virtuel, etc. »

Citant le Père Alphonse Kuntz, auteur d’un article intitulé Qu’ils sont beaux, les pieds du missionnaire ! - les pieds humains que Jésus a vénérés et lavés et qui permettent d’aller annoncer la Bonne Nouvelle dans le monde entier - le prédicateur a invité l’assemblée à méditer sur « la méthode des pieds, une attitude de base qui a toujours fonctionné, qui était celle de Jésus, et qui doit toujours être celle des membres de la Société des Missions Africaines (…) pour aller vers les plus abandonnés », comme le prônait le Père fondateur Melchior de Marion Brésillac. Cette méthode était celle des premiers missionnaires, celle aussi d’André Bouhelier, « celle du contact simple et direct, de la proximité avec les gens ».

« Participer à la mission du Christ »
Retenant l’image de son confrère « Dédé-la-pipe » reproduite sur l’invitation à la rencontre d’Eysson, le Père Guillaume a rappelé que la pipe a longtemps fait partie de la personnalité d’André Bouhelier, et que le fait de l’allumer signifiait en quelque sorte qu’il pouvait savourer un moment de détente, de conversation et de sagesse en compagnie des gens. La pipe entre les dents, « il appréciait le temps passé avec les autres, ce qui était pour lui la plus grande part de sa méthode d’évangélisation ».

« La mission pour André était celle de Jésus-Christ, telle devrait d’ailleurs être la mission de tout ouvrier apostolique », a encore insisté le célébrant en citant un passage de son testament rédigé dès 1992, dix ans avant sa mort : « Lorsque je mourrai…, ne parlez pas de ma personne, parlez plutôt de la mission du Christ, à laquelle j’ai essayé de participer ».
« Sa participation à la mission du Christ, il l’a apportée au Togo où il a occupé plusieurs postes, non pas par instabilité mais parce qu’il était libre, capable d’aller plus loin si l’urgence de la mission le demandait, disponible à l’Esprit Saint, travaillant pour la paix et l’unité, dons indispensables pour qu’une église soit crédible et efficace. C’est certainement là une des priorités de toute Eglise. »

Se fondant sur l’évangile du jour [2], le Père Guillaume a tenté un parallèle avec l’appel missionnaire :
« Dans la mouvance de Jésus, le missionnaire parti ailleurs, détaché de ce qui a fait son avoir et son savoir, devient un étranger. Les missionnaires autour de cet autel ont probablement souvent ressenti le fait d’être un étranger. Parti ailleurs, même s’il est bien accueilli, il reste un étranger. Revenant dans son pays qui l’a vu naître, souvent il ne le reconnaît plus et se retrouve encore comme étranger tant son pays a évolué, changé, tant l’aspect de son église d’origine est devenu autre. »

A l’issue de l’eucharistie, la centaine de participants s’est retrouvée dans la salle des sports du bourg voisin de Vercel autour de membres de la famille Bouhelier, dont Jean et son épouse Bernadette, grande ordonnatrice du capiteux apéritif et du succulent repas festif servis avec diligence et prévenance par des membres du Groupe Amitié SMA Franche-Comté.

[1] Ils ont probablement été plantés là comme « arbres de la Liberté » sous la Révolution française.

[2] Celui du jeune homme riche qui veut faire quelque chose de bon pour avoir la vie éternelle et à qui Jésus propose de céder tout ce qu’il possède, de le donner aux pauvres et de le suivre sur le chemin de la perfection pour gagner un trésor dans les cieux.

Publié le 11 février 2013 par Etienne Weibel