La Semaine Sainte. L’efficacité dans la fragilité

Cela commence un beau matin de printemps à Jérusalem, par un cortège royal et triomphal dont le Nazaréen est le centre, assis sur un âne, ce compagnon de l’homme d’en bas, sous les cris de la foule : Hosanna ! le voilà enfin ce roi que nous cherchions depuis des siècles. Hosanna à celui qui vient au nom du Seigneur, l’envoyé d’en haut pour nous les gens d’en bas [1].

Cortège triomphal, mais cortège de pauvres… Ils n’ont rien et ils mettent leur pagne et leur tunique sous les pieds de frère l’âne pour honorer leur roi, sorti de leur rang en quelque sorte. Hosanna à l’envoyé d’en haut vers les gens d’en bas !

Mais le triomphe est fragile. D’abord la foule, comme toujours, est versatile et dirigée par ses intérêts. Elle va faire volte-face en quelques jours… Crucifie-le ! Il ne vaut rien ! Un jugement de valeur typique et très moderne – on jette ! Le roi est ainsi brusquement rejeté.

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Vitrail de la chapelle des Srs des Fontenelles (Doubs).
Photo Jean-Pierre Frey

Alors, où est l’efficacité du Fils de l’homme ? Il va terminer sa vie conspué par la foule, happé par la terre comme Jonas par le poisson, et enseveli dans la mort. Lui, le juste, sera exécuté comme tant de justes avant lui.

Ce n’est qu’au de matin de Pâques que sa vraie vie va commencer. Il se lèvera et laissera l’inutile derrière lui – linges et suaire bien pliés pour qu’on les vénère à Turin plus tard, alors qu’il a dit à Madeleine : Noli me tangere – Ne me touche pas… et n’y touche pas ! Il ne faut pas effacer les traces. Mais ces linges sont sans importance en ce matin de Pâques.

Une fois encore, il faut que Jésus de Nazareth aille d’abord ailleurs pour calmer la peur de ses disciples. Et là encore, il faudra qu’il s’y prenne à plusieurs fois… et qu’il y revienne ! Thomas en sait quelque chose…

Sa seule efficacité, tout comme la nôtre d’ailleurs, c’est le Père… C’est lui qui achève ce qui a commencé dans la bonne volonté d’une fragile suivance. Une terrible leçon d’humilité pour nous tous, avec nos gadgets d’Église que nous croyions « infaillibles » ! N’est-ce pas un concile, parmi tant d’autres, qui a décrété l’efficacité infaillible de nos dogmes et de notre morale, de nos rites et de nos valeurs chrétiennes avec leur train de dévotions et de pèlerinages ? L’erreur, c’est qu’on croyait domestiquer le Fils de l’homme et l’enfermer dans le système pour le rendre efficace, en oubliant qu’un échafaudage ne renouvelle pas un mur fissuré. Il faudrait des pierres vivantes, comme dit Pierre dans sa première lettre, pour rénover l’édifice. Et la première de ces pierres, ce n’est pas la fragile Madeleine mais l’humble François, le pape, notre pape, dans sa simplicité qui, comme toute humilité, est efficace.

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Vitrail de la chapelle des Srs des Fontenelles (Doubs).
Photo Jean-Pierre Frey

Si l’Église, aux dires de beaucoup, est en train de se fissurer de tous côtés, ce n’est pas à désespérer. Au contraire, c’est pour retrouver l’humilité première et fragile du Vendredi Saint qui va s’épanouir et éclater en un matin de Pâques radieux… Il faut trois jours (symboliques) pour retrouver la vraie foi et la vraie efficacité. Trois jours, c’est long ! Demandez-le aux disciples en route pour Emmaüs. Ce n’était pas la bonne piste, et Jésus leur indiquera le chemin par une simple fraction de pain au milieu de la parole donnée.

Peut-être François était-il l’un deux ? On peut être à plusieurs, le nombre importe peu. Car c’est le même Jésus ressuscité qui cheminera toujours avec nous. Et, finalement, c’est l’huile de l’humilité qui fera s’enflammer la lampe de l’efficacité. Il leur parla beaucoup en paraboles…

[1] Titre d’un livre de Bobin Christian, Le Très Bas.

Publié le 7 avril 2014 par Jean-Pierre Frey