La SMA et la pastorale des migrants

Fidèle à son charisme « Allez vers les plus abandonnés », la Société des Missions Africaines (SMA) a, depuis le commencement de son activité missionnaire en Afrique de l’Ouest en 1861, toujours porté une attention particulière aux enfants de la rue, aux prostituées, aux lépreux, aux personnes en situation difficile, aux immigrés. Et cela aussi bien dans les pays de mission qu’envers les Africains en difficulté dans les pays d’origine des missionnaires.

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Village de la Caritas au sud du Niger
Photo Jean-Marie Guillaume

Pour ce qui concerne les migrants et les personnes en déplacement, les réfugiés, certains missionnaires SMA apportent des contributions louables, non seulement pour trouver des solutions ponctuelles mais encore pour étudier les causes de cette situation déshumanisante qui est devenue un des plus grands défis de notre temps. Les Pères Frans Thoolen et Mauro Armanino sont de bons exemples de ces missionnaires SMA qui œuvrent dans ce domaine.

Frans Thoolen

Originaire du District des Pays-Bas, le Père Frans Thoolen a intégré en 2001 le Conseil Pontifical pour la Pastorale des Migrants et des Personnes en déplacement. Il avait pour responsabilité le secteur Réfugiés. Entre 2001 et 2014, il a effectué une quinzaine de voyages dans des pays ensanglantés par des guerres civiles en Afrique, notamment en Sierra Leone, au Congo, en Angola, comme en Europe, par exemple au Kosovo ou en Macédoine. Il était convaincu de l’importance d’être en contact direct avec les réfugiés et leur misère humaine afin de leur apporter des solutions efficaces. Il s’est rendu à une cinquantaine de reprises à Genève pour y participer à des assemblées de la Haute Commission de l’ONU pour les Réfugiés, y faire entendre la voix du Saint-Siège et partager la vision pastorale de l’Église qui est centrée sur la libération totale de l’être humain pour lui rendre sa dignité d’enfant de Dieu, quelles que soient sa religion et sa culture. En signe de reconnaissance pour son service, la croix Pro Ecclesia et Pontifice [1] lui a été remise par le cardinal Antonio Veglio, président du Conseil Pontifical pour la Pastorale des Migrants et des Personnes en déplacement. Depuis sa retraite en 2014, Frans continue la pastorale des migrants comme consultant auprès d’organismes qui ne cessent de solliciter son expérience et sa passion.

Mauro Armanino

Le Père Mauro Armanino appartient à la Province d’Italie. Il est missionnaire dans le diocèse catholique de Niamey, où il travaille depuis 2011 sur deux fronts, l’accueil et l’assistance aux migrants d’une part, et la formation des communautés chrétiennes d’autre part. Avant le Niger, il était au Liberia pendant la guerre et en Argentine, où il a accompagné de près des personnes en déplacement. Ce petit article voudrait vous faire partager sa vision de la pastorale des migrants et des refugiés à partir de son expérience en Afrique, en Europe et en Amérique Latine.

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Migrants secourus dans le désert nigérien
Photo Jean-Marie Guillaume

La conception du Père Armanino se fait sur deux volets complémentaires, à savoir aider ceux qui rentrent de l’immigration et participer aux réflexions sur la compréhension du phénomène de migration afin de trouver de véritables solutions pour les refugiés.

Pour les retournés, c’est-à-dire ceux qui ont été soit expulsés, soit contraints d’interrompre leur voyage et leur projet migratoire, il gère un centre d’accueil pour l’écoute et l’orientation, en collaboration avec d’autres partenaires locaux comme l’association Claire Amitié, située dans un quartier populaire de Niamey, qui s’engage à la formation pratique des jeunes femmes en situation difficile [2]. Sur le plan mondial, le Père Mauro collabore avec l’Organisation Internationale des Migrations (OIM) pour des cas qui ont besoin d’une attention plus large. Les activités du Père comprennent aussi une offre d’assistance médicale à ceux qui reviennent avec des blessures, surtout des femmes enceintes et des personnes qui souffrent d’importants traumatismes intérieurs. Immortaliser les histoires des migrants à travers des publications est un autre volet très intéressant de ses activités. Il est important que les violences qu’ils ont endurées soient connues pour rechercher des solutions crédibles à ce phénomène douloureux et l’on permet ainsi que leurs expériences ne soient noyées dans la poussière et dans le sable.

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Migrants tentant la traversée du désert à Agadez, au Niger, en 2014
Photo Comité International de la Croix-Rouge

Dans ses réflexions sur la problématique des réfugiés, le Père Armanino soutient que, contrairement à l’impression que certains politiques et media occidentaux nous donnent, l’immigration n’est pas un mal absolu en soit. C’est un phénomène normal dans l’histoire de toutes les populations. Plusieurs peuples en Occident ont connu l’expérience d’être réfugiés en Europe, en Amérique, en Australie... Les positions de certains pays européens sont donc soit une forme d’amnésie, une volonté d’oublier les cauchemars du passé ou, pire encore, une façon d’exploiter de pauvres migrants en les maintenant dans une situation de vulnérabilité, de sans-papiers forcés aux travaux clandestins pour un salaire dérisoire. Pour comprendre l’immigration, on doit encore tenir compte de la pauvreté dans les pays de départ. Entre autre, il faut reconnaître que le pillage des ressources, l’exploitation sauvage des terres, des eaux et des sous-sols appauvrissent les pays du Sud et sont la cause première de la misère qui conduit les désespérés à fuir leur patrie. Il est indispensable de faciliter la circulation des migrants car ils contribuent à l’économie des pays occidentaux : ceux-ci, en effet, ont une faible démographie et manquent de main-d’œuvre. Les migrants ne deviennent des réfugiés que lorsqu’ils se retrouvent prisonniers dans les pays d’accueil et privés de la liberté de faire des allers-retours dans leurs pays d’origine.

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Retour de migrants au Niger
Photo diocesedemaradi.blogspot.com

Pour nos deux missionnaires, la question des réfugiés est étroitement liée au respect de l’être humain et à notre attitude envers les personnes vulnérables de notre société. Traiter les réfugiés comme « des pions sur l’échiquier de l’humanité », ainsi que les appelle le Pape François, revient à manquer de respect à l’humanité tout entière. Dans leur engagement indéfectible auprès de ces populations, les Pères Frans et Mauro, ainsi que les missionnaires SMA qui continuent, en Afrique, en Europe et aux USA, à se dévouer aux réfugiés, croient avec le Pape François en « une humanité pour laquelle toute terre étrangère est une patrie et toute patrie est une terre étrangère » [3].

[1] Il s’agit de la plus haute distinction qu’on décerne à un religieux pour reconnaître ses services dans l’Église.

[2] Cette association de laïques, fondée en 1947 en France par Thérèse Cornille, est présente en France, dans 5 pays d’Afrique, au Brésil et au Cambodge.

[3] Message du Pape François pour la 100e Journée Mondiale des Réfugiés, 2014.

Publié le 18 octobre 2016 par Basil Soyoye