La Toussaint d’après ce que nous dit l’Evangile

La sainteté se vit au quotidien et la Toussaint célèbre celle de ces serviteurs anonymes de Dieu et des hommes sans oublier pour autant que la sainteté est d’abord un don de Dieu.

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Tympan de la basilique de Vézelay.
Photo Jean-Pierre Frey

Nous n’entrons pas dans le Royaume par nos performances personnelles – mérites et indulgences – comme certains se l’imaginent. Dieu n’est pas un banquier qui « encaisse » pour débourser autrement et plus tard. Il y a une assurance-vieillesse que nous pouvons souscrire mais pas une assurance-ciel, sauf si nous faisons ce que nous disent plus bas Matthieu et Luc… Dieu est un Père qui donne la vie et aime voir ses enfants autour de lui dans et par le grand-frère Jésus le Christ. C’est pour cela qu’il aime les fleurs que nous allons déposer sur les tombes de ceux que nous avons aimés.

Mais le Royaume de Dieu, où se trouve-t-il ? En Dieu, pardi ! Et Dieu est partout. Les saints qui sont entrés dans le Royaume ne vont pas disparaître pour autant dans une immensité éternelle pour voguer dans les nuages. Ils continuent à vivre et à fréquenter ceux qu’ils ont aimés, à l’endroit où ils ont vécu… Une présence vivante mais invisible qui les lient aux vivants de cette terre qu’ils ont connus.

Pour entrer dans le Royaume, c’est très simple. Les évangélistes Matthieu et Luc donnent le programme qui y conduit. Ainsi Matthieu écrit [1] :

Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, (…) Il placera les brebis à sa droite et les chèvres à sa gauche. Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite : « Venez, les bénis de mon Père, recevez en partage le Royaume qui a été préparé pour vous depuis la fondation du monde. Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger et vous m’avez recueilli ; nu, et vous m’avez vêtu ; malade, et vous m’avez visité ; en prison, et vous êtes venus à moi. »
Alors les justes lui répondront : « Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé et de te nourrir, assoiffé et de te donner à boire ? Quand nous est-il arrivé de te voir étranger et de te recueillir, nu et de te vêtir ? Quand nous est-il arrivé de te voir malade ou en prison, et de venir à toi ? »
Et le roi leur répondra : « En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits, qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ! »

Luc s’exprime ainsi en citant le prophète Isaïe [2] :

Il vint à Nazareth où il avait été élevé. Il entra suivant sa coutume le jour du sabbat dans la synagogue, et il se leva pour faire la lecture. On lui donna le livre du prophète Esaïe [3], et en le déroulant il trouva le passage où il était écrit :
L’Esprit du Seigneur est sur moi parce qu’il m’a conféré l’onction pour annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres. Il m’a envoyé proclamer aux captifs la libération et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer les opprimés en liberté, proclamer une année de bienfaits par le Seigneur.

Nourrir, vêtir, libérer, guérir, visiter… Voici les bienfaits de Dieu que chaque baptisé ou tout homme de bonne volonté peut accomplir s’il ouvre les yeux et possède un peu de courage. C’est là que se trouvent les critères de la vraie sainteté.

Cela n’a rien de sacré en soi ! C’est un simple service, aussi « laïc » et aussi « citoyen » que possible, auprès de tous les déshérités de la terre. Jésus, dans l’évangile, ne fait pas de différence entre le religieux et le profane. Il s’adresse à l’homme quel qu’il soit et où qu’il soit pour lui faire du bien, même sur la croix [4]. C’est pour cela que le Père l’a envoyé comme Messie.

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Monument funéraire. Cimetière de l’Est, Metz.
Photo Marc Heilig

Cela nous mène loin, me direz-vous ! Non ! Pas plus loin que ce prochain qui est à coté de moi, qui est en détresse parce que nu, ou pauvre, ou sans domicile, ou simplement en mal d’amour… A ce propos je voudrais rappeler que le pape François se propose de rétablir la théologie de la libération [5] : elle est avant tout fondée sur une justice humaniste et une juste répartition des biens de la Terre, et c’est cela qui risque de nous mener loin !

Un certain messager du ciel est venu rencontrer les disciples lorsque Jésus venait de les quitter pour monter vers le Père ; il leur dit : « Ne regardez pas le ciel, mais allez annoncer la bonne nouvelle aux hommes [6] ».

[1] Mt 25, 30-40.

[2] Lc 4, 16-19.

[3] Is. 61, 1-2.

[4] Lc 23, 34.

[5] Dernières Nouvelles d’Alsace du mardi 2 septembre 2014, p. 5.

[6] Actes 1, 9-11.

Publié le 24 novembre 2014 par Jean-Pierre Frey