La Toussaint, quelle étrange fête !

Une chose est certaine : la Toussaint, c’est la Fête du souvenir vivant de tous ceux que nous avons connus et aimés et dont nous visitons les tombes parce qu’ils sont vivants. Indéfiniment vivants, à la fois présents et absents… Au-delà de tout tombeau, aussi fleuri soit-il.

Il faut bien comprendre que Jésus est venu « accomplir » le passé et non le répéter comme un rituel creux, une gestuelle vide. Moïse a conduit le peuple hors de l’esclavage et de la servitude pour l’amener vers une terre où coulent le lait et le miel. Mais il ne l’a fait qu’une fois, et renouveler cet acte ne libérera plus personne aujourd’hui.
Comme nous l’avons dit, Jésus est venu pour accomplir le passé et non pas le refaire ; il nous conduit ainsi aujourd’hui vers le Père pour nous rassembler autour de lui – nous tous et sans exception – dans son Royaume.

Nous avons pourtant raison de nous poser la question : ces gens que nous visitons dans leur tombe, où se trouvent-ils réellement ? « Je les ai vus », nous dit Jean dans l’Apocalypse, « foule innombrable de toutes les races et toutes les nations, groupés et réunis autour du trône de l’Agneau. » Et là, il n’y aura plus de reconduites aux frontières… Plus de délit de faciès, plus de regard de travers pour le voisin trop foncé, trop bruyant ou athée, comme nous disons.

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Photo Jean-Pierre Frey

C’est la fête de l’espérance incarnée devenue une réalité car nous savons qu’une place nous attend quelque part en Dieu, parmi les nôtres que nous avons aimés et dont le départ nous a fait crier de douleur. Aimer, c’est refuser la séparation. C’est attendre un au-revoir… C’est la certitude de nous revoir !
C’est un appel des deux côtés, si je puis m’exprimer ainsi, d’en haut vers en bas et d’en bas vers en haut. C’est-à-dire de partout où les gens se sont aimés et s’aiment toujours… Et même d’où les gens ont eu du mal à s’aimer… car, puisque Dieu les aime, il les assimile en un même et unique peuple.

C’est un acte unique et définitif : Jésus, l’Agneau, donne sa vie une fois pour toutes et pour toujours. Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il ne peut pas porter de fruit… Jésus est mort afin que nous ayons la vie. Mais pas n’importe comment.
La Toussaint est la fête de la grande union et communion, autour de l’Agneau, de tous ceux qui s’aiment. Parce lui-même a tellement aimé le monde qu’il a donné sa vie pour rassembler les hommes et les femmes autour de son Père pour une vie sans fin, dans une fête sans fin, que nous appelons la communion de tous les saints.

Il faut nous souvenir de cela lorsque nous fleurissons et visitons nos tombes… La Toussaint n’est pas un jour de brume et de brouillard, de larmes et de détresse… C’est au contraire le triomphe de tous ceux qui ont su aimer sous toutes les formes et de toutes les manières… Car personne ne peut effacer les traces de l’amour : elles sont inscrites en Dieu même, notre Père.

Publié le 12 novembre 2012 par Jean-Pierre Frey