La Vierge secourable d’Avioth

Au début du XIIe s. on y découvrit une statue de la Vierge dans les branches d’un arbre. On la porta dans l’église voisine mais, le lendemain, elle avait regagné l’endroit où elle était apparue. Devant ce signe divin, on construisit un oratoire pour l’abriter, peut-être sous l’impulsion de l’abbaye d’Orval [1]. Des miracles ne tardèrent pas à se produire et les pèlerins vinrent en si grand nombre qu’il fallut envisager un édifice plus grand.

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N.-D. d’Avioth. La façade.
Photo Marc Heilig

Les travaux commencent à partir de la 2e moitié du XIIIe s. et se poursuivront jusqu’au début du XVe. Edifice majeur de l’architecture gothique, l’église tient son élégance de l’école champenoise, de la cathédrale de Reims en particulier. Elle propose en outre un ensemble de sculptures qui composent un enseignement à la fois symbolique et initiatique, ce que le Moyen Age prisait fort [2]. La statue miraculeuse fut installée dans l’église au XVe s. Sur le lieu-même de l’apparition, on construisit un petit édifice, chef d’œuvre du style flamboyant, dans lequel on plaça une autre statue de la Vierge pour recevoir les offrandes. Cette statue, appelée Vierge de la Recevresse, donna son nom au monument.

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Avioth. La Vierge Recevresse.
Photo Marc Heilig
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Avioth. La Recevresse.
Photo Marc Heilig
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Avioth. La Recevresse.
Photo Marc Heilig

La statue miraculeuse est une Vierge noire en bois [3]. Elle prit dès le début le nom de Patronne des causes désespérées. Les exemples de miraculés sont très nombreux : accidents évités, guérison de maladies graves (choléra, lèpre), de troubles mentaux, délivrance de prisonniers [4].

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Avioth. La Vierge noire.
Photo Marc Heilig

Toutefois, la Vierge d’Avioth était surtout renommée pour accorder un « répit » aux enfants morts-nés, c’est-à-dire un retour temporaire à la vie qui permettait de les baptiser avant la mort définitive. Ils étaient exposés nus devant la Vierge, à même la pierre. Les fidèles se mettaient en prière, chantaient des hymnes en l’honneur de Marie. Certains, afin d’obtenir plus sûrement sa grâce, faisaient dire une messe, qu’ils complétaient par la confession et la communion. Lorsque des signes de vie apparaissaient [5], le prêtre donnait le baptême. L’enfant était ensuite inhumé au cimetière. Il pouvait désormais entrer au Paradis, au lieu d’errer dans les limbes. L’archevêque de Trèves, dont dépend le lieu, condamna cette pratique en 1786 et l’interdit.

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N.-D. d’Avioth et le monument de la Recevresse.
Photo Marc Heilig

Le village d’Avioth doit tout à son pèlerinage. La dévotion atteignit son apogée au XVe siècle. Les pèlerins déposaient devant la Recevresse des offrandes en nature, surtout le jour de la décollation de St Jean Baptiste. Les prisonniers libérés avaient coutume d’offrir des menottes [6] ; celles qu’on voit près de la statue rappellent cette grâce particulière de Notre-Dame. Le XVIIIe s. marque un déclin certain de la fréquentation du sanctuaire. Après les outrages de la Révolution, l’église fut peu à peu restaurée durant le XIXe s. et le pèlerinage reprit.

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N.-D. d’Avioth. Le portail sud.
Photo Marc Heilig
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N.-D. d’Avioth. La nef et le choeur.
Photo Marc Heilig

L’église avait été construite et entretenue grâce aux dons, aux messes et aux aumônes. Il en va encore ainsi aujourd’hui. Le pèlerinage a lieu chaque année le 16 juillet, fête de N.-D. du Mont Carmel, sous l’égide de l’évêque de Verdun et de l’abbé d’Orval. En 1993, le pape Jean-Paul II accorda le titre de basilique à N.-D. d’Avioth. De nombreux Lorrains, Belges et Luxembourgeois [7] s’y rendent pour prier et participer à la procession de la statue miraculeuse. Les pèlerins espèrent retrouver la paix de l’âme. Leurs prières portent le plus souvent sur des guérisons ou des réussites d’examens.

[1] Le lieu appartenait aux comtes de Breux, vassaux des comtes de Chiny. Il fut donné à l’abbaye d’Orval en 1188. On dit que st Bernard, lorsqu’il vint reprendre en main l’abbaye, s’arrêta pour vénérer la statue.

[2] C’était vraisemblablement le cas à L’Epine aussi. Ces programmes iconographiques, où la mystique de l’époque tient une part essentielle, sont toujours délicats à décrypter.

[3] Le culte des Vierges noires n’est peut-être pas une survivance païenne, comme on l’a longtemps pensé. Il semble avoir été mis en place par les ordres monastiques, notamment l’ordre bénédictin. On ne voit plus aujourd’hui la couleur noire de la statue car elle a été peinte au XIXe s.

[4] Une légende raconte que des chevaliers chrétiens, prisonniers du sultan en Egypte, auraient imploré la Vierge et se seraient réveillés chez eux, encore chargés de leurs chaînes.

[5] Mouvement des veines ou des membres, coloration de la peau, effusion de sang ou sueur chaude… Cela n’était pas rare : entre 1625 et 1673, l’abbé Delhotel baptisa 135 enfants mort-nés, soit 12 par an en moyenne.

[6] Elles furent dérobées par les Croates en 1636.

[7] Avioth devint possession du duché du Luxembourg en 1356 et passa ainsi sous domination espagnole. La région ne devint française qu’à la fin de la Guerre de Trente Ans avec le Traité des Pyrénées en 1659, mais conserva des liens étroits avec Orval et le Luxembourg : N.-D. d’Avioth resta la patronne du duché jusqu’au XVIIe s.

Publié le 28 juin 2011 par Marc Heilig