« Le bateau ivre »

Peut-être avez-vous en tête cette expression, en fait le titre d’un long poème ardu d’Arthur Rimbaud. Est-il illégitime de le rapprocher du titre du livre La Nef des fous de Sébastien Brant, cet humaniste strasbourgeois qui l’a publié en 1494 ? C’est la peinture d’une époque où un vent de folie s’est mis à souffler sur le monde. Ne souffle-t-il pas encore ?

Imaginons un bateau aux prises avec la tempête. Sur le pont, le spectacle est hallucinant : l’équipage est ivre-mort. Ce n’est pas impossible. L’alcool n’a jamais manqué sur les bateaux. C’était le rhum des boucaniers ; aujourd’hui, cela pourrait être la drogue. Au milieu de ce désordre, seul le capitaine n’a pas bu. Pas étonnant qu’il tempête contre son équipage au moment même où la tempête fait rage et secoue le bateau. Lui en voudrait-on s’il prenait un seau d’eau et l’envoyait à la figure de ses matelots ivres pour essayer de les réveiller et de les dessaouler ? Qui n’a pas critiqué les rappels à l’ordre des autorités, au nom du respect dû à la sacro-sainte liberté individuelle, celle de se saouler aussi ? Là où la difficulté surgit, c’est quand tout l’équipage est ivre.

La vision n’est pas si irréaliste qu’il n’y parait. Ce capitaine pourrait être vous ou moi, le pape ou un responsable de tout ordre, ou encore un apôtre, n’importe quel prophète ivre de l’Esprit de Dieu sans avoir bu d’alcool ni pris de drogue. Ces drogues que vous sert n’importe quel media pour presque rien.

Dieu merci, il reste encore des gens qui n’ont pas perdu la tête dans un monde en folie où beaucoup sont pris de délire.

Publié le 21 août 2013 par A. K. sma