Le Centre de Santé de Kolowaré

Quelques mots sur Kolowaré, au Togo : son Centre de Santé, ses habitants, ses malades qui sont arrivés dans les années 1940-50 et ont chacun une longue histoire de souffrance.

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A Kolowaré
Photo Silvano Galli

Notre monde est composé d’environ 6300 personnes : le village, les fermes et campements proches, et même quelques hameaux très éloignés. Des gens simples qui cultivent un petit arpent de terre pour subsister : mil, sorgho, maïs, manioc, igname, haricots, piment. Parmi eux, il existe encore une cinquantaine d’anciens lépreux, tous avec des mutilations graves, presque totalement à la charge des Sœurs. Depuis quelques années, avec le SIDA, est arrivée une multitude de nouveaux malades, femmes, hommes et enfants.

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Malade et infirmiers à Kolowaré
Photo Silvano Galli

Pour s’occuper du Centre et prendre soin de ce monde, voici les Sœurs de Notre Dame des Apôtres (NDA) : Sr Béatrice est togolaise, Sr Antonietta italienne et Sr Catherine nigériane. Avec elles une quinzaine d’autres personnes : infirmiers, accoucheuses, laborantins, agents d’entretien, une gestionnaire de pharmacie. Depuis 2012, deux assistants médicaux opèrent au Centre, l’un à plein temps, l’autre deux fois par semaine. Un médecin, le Docteur Niman, vient deux ou trois fois par semaine. Il est très compétent, accueillant, patient et, les jours de visites, il est débordé. Il a obtenu l’autorisation d’avoir à Kolowaré une banque de sang. Tous les malades, surtout les enfants et les malades du SIDA très anémiés, devaient auparavant être évacués à Sokodé, à 18 km. Cela occasionnait des dépenses importantes, et souvent les malades n’en avaient pas les moyens ; ils peuvent maintenant être transfusés à temps et sauvés. Depuis 2013, le Centre s’est doté d’un électrocardiographe et d’un échographe.

Depuis juin 2009, le PNLS [1] reconnaît le Dispensaire comme centre de soins pour les malades du SIDA et fournit gratuitement les antirétroviraux. Actuellement, il y a 468 malades sous traitement ARV pour 916 PVVIH suivis. Sans compter les séropositifs qui attendent que le comité thérapeutique accepte leur dossier. Tout cela inclut l’accompagnement des malades et le soutien des personnes et de leurs familles. Le Centre prend aussi en charge les enfants dénutris et les enfants sidéens, dont la situation est encore plus douloureuse que celle des adultes.

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Une dame atteinte de la lèpre à Kolowaré
Photo Silvano Galli

Quand on parlait de Kolowaré, dit le chef du village, on ne faisait que souligner le côté négatif, on avait presque peur d’en parler : un village de lépreux, de malades aux marges de la société, de gens qui ne comptent pas, qui ne font rien, des parasites. Venez voir comme ces malades ont transformé le village et comment les gens vivent aujourd’hui à Kolowaré. Il y a encore d’anciens lépreux, mais le village est surtout un « produit » de nos malades. Ils ont « mis au monde » ce village où nous vivons ensemble, enfants, parents, familles.

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Malades de la lèpre à Kolowaré
Photo Silvano Galli

Je suis chez Affo Bukari Adam avec sa femme Aminatu et son fils Affo Goma. Adam est arrivé de Tchamba aux débuts des années 1940. Il travaillait aux champs et dans la coopérative. Il se rappelle qu’ils fabriquaient des chapeaux, des nattes, des cordes, des éventails... De sa première femme, il a eu 5 enfants. A la mort de celle-ci, il s’est remarié avec Alafani Aminatu et a eu encore 7 enfants, tous vivants, trois garçons et 4 filles. C’étaient les Sœurs, me dit-il, qui payaient les frais de scolarisation et le nécessaire pour l’école. Et il ajoute : Tu vois ces enfants, c’est à toi que je les dois. Son fils Affo m’explique : Père veut dire que quand il est arrivé ici, les Sœurs lui ont fait comprendre qu’il pouvait se marier, avoir une vie comme les autres tout en étant malade, avoir des enfants. Et nous voici, nous sommes encore 12 vivants, tous mariés avec des enfants, grâce à toi, c’est-à-dire à vous tous qui vous êtes occupé de nous.

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Fabrication d’une prothèse à Kolowaré
Photo Silvano Galli

Jusqu’à un passé récent, dans l’imaginaire occidental, les lépreux véhiculaient deux images. La première liée au film « Ben Hur », où l’on voit les lépreux vivre dans des cavernes et des gens qui leur font descendre des vivres sans s’approcher des ces exclus. L’autre est l’image du lépreux qui marche avec un bâton et une clochette pour signaler qu’il s’approche.
Aujourd’hui, à Kolowaré, nous avons fondu ensemble ces deux images. Tous les ans, le dernier dimanche de janvier, on célèbre la Journée mondiale des malades de la lèpre. C’est leur fête. On voit alors les lépreux jouer de la musique. Pas la musique d’une clochette qui donne des frissons, mais la musique de la danse, de la fête, du bonheur. De la joie de vivre ensemble au cœur de la communauté, et non plus comme des exclus au fond des forêts [2].

[1] Programme National de Lutte contre le Sida.

[2] Nos malades aiment conter des récits et le font avec talent. Vous pouvez en lire sur Internet : Kolowaré

Publié le 18 octobre 2016 par Silvano Galli