Le chemin continue

L’été, avec ses grosses chaleurs et ses averses parfois violentes, a fait croître les cultures. La liturgie dominicale, avec les paraboles de la semence jetée en terre, a souvent été en unisson avec la saison, promettant d’abondantes récoltes allant jusqu’à cent pour un du grain enfoui. Pour beaucoup ce fut un temps de calme et de repos.

« La première en chemin »
Au cœur de l’été, comme un point culminant, vient la fête du 15 août que certains journalistes ont défini comme l’élévation de Marie. Elle est la fête de la foi en sa plénitude. Marie, dans le Nouveau Testament, est présentée comme la grande croyante : Dans la mère de Jésus, la foi a porté son fruit [1]. Cette fête est celle du salut définitif réalisé en Marie. Avec Marie nous rendons grâce à Dieu pour les merveilles qu’il a accomplies, non seulement en elle mais pour nous, grâce à son Fils, le Fils de Dieu fait homme. L’élévation de Marie est aussi un signe d’espérance pour tous les croyants et nous permet d’envisager le but final de notre pèlerinage terrestre.

Marie, qui a accueilli en elle la semence divine, s’est mise en marche dans les collines de Judée pour porter la bonne nouvelle à sa cousine Elisabeth et l’entourer de sa présence chaleureuse et de son aide. Pour le 15 août, des milliers de chrétiens, membres de l’immense peuple de Dieu en marche, se sont mis en pèlerinage vers un sanctuaire local pour une action de grâce et une supplication communautaire, autour de l’évêque du lieu, comme à Marienthal ou Notre Dame de Consolation, ou pour le cent quarantième pèlerinage national à Lourdes, la procession fluviale sur la Seine à Paris, ou d’autres manifestations encore.

Lumière sur la route
La première lecture [2] proposée pour la célébration eucharistique de la fête de l’Assomption, à travers un langage codé apporte une note réaliste et ombragée à l’allégresse de la fête. Elle pointe un signe grandiose dans le ciel, celui d’une femme ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds et sur sa tête une couronne de douze étoiles. La femme est enceinte, torturée par les douleurs de l’enfantement. Cette femme représente Marie, et aussi la communauté des chrétiens ou l’Église. Paul VI l’avait en effet proclamée « mère de l’Église » à la clôture du Concile Vatican II. L’enfant mâle, le berger de toutes les nations qu’elle a mis au monde est dévoré par la mort, mais il est enlevé auprès de Dieu et de son trône par la résurrection. L’énorme dragon, rouge de feu, avec sept têtes et dix cornes, symbole du mal dont la mort est l’une des principales conséquences, continue à poursuivre la femme qui s’est enfuie au désert.

Ainsi, le pèlerinage de l’Église et des croyants continue à travers les méandres du désert, en lutte contre les forces du mal qui parfois aujourd’hui semblent se diluer violemment ou sournoisement dans notre monde. Dans les circonstances diverses dans lesquelles la vie nous inscrit, nous participons à cette lutte contre le mal, confiants dans la moisson prometteuse, sûrs de la foi qui nous fait avancer, suivant les traces de Marie qui a accompli son voyage terrestre jusque dans la lumière du Ressuscité, le regard fixé sur elle comme une balise sur le chemin. La mère de Jésus, en effet, brille déjà devant le peuple de Dieu en pèlerinage comme un signe d’espérance assurée et de consolation [3].

La vie est comme un voyage sur la mer de l’histoire, souvent obscur et dans l’orage, un voyage dans lequel nous scrutons les astres qui nous indiquent la route. Les vraies étoiles de notre vie sont les personnes qui ont su vivre dans la droiture. Elles sont des lumières d’espérance. Certainement Jésus est la lumière par antonomase, le soleil qui se lève sur toutes les ténèbres de l’histoire. Mais pour arriver jusqu’à lui nous avons besoin de lumières proches – de personnes qui donnent une lumière en la tirant de Sa lumière et qui offrent ainsi une orientation pour notre traversée. Et quelle personne pourrait plus que Marie être pour nous l’étoile de l’espérance ? [4]

La fête de l’Assomption, au cœur de l’été, est un relais de lumière qui éclaire la route que nous reprenons à la rentrée avec les activités pastorales, scolaires ou autres qui sont les nôtres.

[1] Le Pape François, Lumen Fidei, n° 56.

[2] Ap 11, 19a ; 12,1-6a, 10ab.

[3] Lumen Gentium, n°68.

[4] Benoît XVI, Spes Salvi, n°49.

Publié le 25 novembre 2013 par Jean-Marie Guillaume