Le combat de la société civile de Centrafrique

La Centrafrique a accédé à l’indépendance en 1960 après la mort tragique de celui qui est considéré comme le « père de l’indépendance », l’abbé Barthélémy Boganda, premier prêtre autochtone, décès survenu le 29 mars 1959, dans un accident d’avion. Les circonstances de sa mort n’ont jamais été élucidées.

JPEG - 85.9 ko
En Centrafrique.
Photo Grzegorz Kucharski

Curieusement, l’histoire du pays est jalonnée de drames et de soubresauts à répétition. En effet, la Centrafrique connaît régulièrement des cycles d’instabilité politique marqués par des coups d’État, des crises militaro-politiques, des mutineries, des rébellions... L’histoire de la Centrafrique est particulièrement tumultueuse. On dénombre à ce jour cinq coups d’État, souvent entrecoupés d’un semblant de démocratie, et plusieurs tentatives de putschs avortées qui sont très souvent suivies de représailles, de pillages et d’exécutions sommaires. La crise actuelle est la plus dévastatrice et la plus sanglante. Certains ne voient que le côté apparemment interconfessionnel du conflit, passant sous silence les vraies causes de cette folie meurtrière : l’irresponsabilité de la classe politique centrafricaine, le clientélisme, le népotisme, la corruption, le détournement des deniers publics de l’État, la course effrénée à l’enrichissement personnel des dirigeants…

JPEG - 132.7 ko
Aide alimentaire en Centrafrique.
Photo Grzegorz Kucharski

Une des motivations des différents régimes qui ont mis le pays aujourd’hui sous perfusion de la communauté internationale paraît être la propension à faire main-basse sur l’important potentiel minier du pays au profit d’un clan ou d’une ethnie. Eu égard à l’instabilité chronique que connaît la Centrafrique, on projette souvent l’image d’un pays exsangue, considéré comme l’un des plus pauvres de la planète. Pourtant, les ressources naturelles de la Centrafrique sont sans commune mesure avec celles de beaucoup d’États africains. Le sous-sol regorge d’or, de diamant, de pétrole, d’uranium, de fer, et une grande partie du pays est couverte d’une dense forêt équatoriale. Il suffit de passer une journée dans les quartiers sud-ouest de Bangui pour assister à d’incessants trafics de grumiers qui partent vers le Cameroun voisin. À vrai dire, toutes ces richesses ne profitent pas au peuple centrafricain. Elles contribuent plutôt à alimenter les conflits armés récurrents, aggravant ainsi le malheur d’une population désabusée.

JPEG - 197.3 ko
Scène de marché en Centrafrique.
Photo Justin Kette

À l’heure où la communauté internationale s’active au chevet de la Centrafrique malade, c’est peut-être le moment de jeter les bases d’un nouveau départ. Cela passe par le combat contre l’impunité, l’inéligibilité de tous les seigneurs de guerre, la lutte sans merci contre la corruption, la traque des biens mal acquis et la redynamisation de la société civile centrafricaine. Dans un pays où la population semble avoir perdu tout repère, il faut reconnaître que la société civile a joué un rôle primordial. Les organisations de la société et la plate-forme interconfessionnelle ont été en avant-garde pour lancer l’alerte sur la descente aux enfers de la Centrafrique. Et si, aujourd’hui, le pire semble derrière nous, c’est en partie grâce à ces organisations. La plus emblématique est le Réseau des ONG nationales pour la promotion et la défense des droits de l’Homme qui comprend : Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture et la Peine de Mort en Centrafrique, Association des Femmes Juristes de Centrafrique, Avocats Sans Frontières Centrafrique, Civisme et Démocratie, Commission Épiscopale Justice et Paix, Ligue Centrafricaine des Droits de l’Homme, Lead Centrafrique pour le Développement Durable, Mouvement des Droits de l’Homme et Action Humanitaire, Observatoire Centrafricain des Droits de l’Homme, Observatoire pour la Promotion de l’État de Droit. On retrouve à la tête de ces ONG des avocats, des chercheurs, des hommes d’Églises, mais aussi de simples citoyens engagés pour la bonne cause... Je crois que le salut de la Centrafrique est à rechercher du côté de cette société civile appelée à impulser un changement profond de mentalités dans le pays.

Publié le 21 août 2015 par Justin-Sylvestre Kette