Le devoir d’évangéliser

5ème dimanche ordinaire

1 – Lectures [1]

Première lecture
Lecture du livre de Job (Jb 7, 1-4.6-7)
Détresse de l’homme qui souffre

Job prit la parole et dit :
« Vraiment, la vie de l’homme sur la terre est une corvée, il fait des journées de manœuvre. Comme l’esclave qui désire un peu d’ombre, comme le manœuvre qui attend sa paye, depuis des mois je n’y ai gagné que du néant, je ne compte que des nuits de souffrance. À peine couché, je me dis : Quand pourrai-je me lever ? Le soir n’en finit pas : je suis envahi de cauchemars jusqu’à l’aube. Mes jours sont plus rapides que la navette du tisserand, ils s’achèvent quand il n’y a plus de fil. Souviens-toi, Seigneur : ma vie n’est qu’un souffle, mes yeux ne verront plus le bonheur. »

Psaume : Ps 146, 1.3, 4-5, 6-7

R/ Bénissons le Seigneur qui guérit nos blessures !

Il est bon de fêter notre Dieu,
il est beau de chanter sa louange :
il guérit les cœurs brisés
et soigne leurs blessures.

Il compte le nombre des étoiles,
il donne à chacune un nom ;
il est grand, il est fort, notre Maître :
nul n’a mesuré son intelligence.

Le Seigneur élève les humbles
et rabaisse jusqu’à terre les impies.
Entonnez pour le Seigneur l’action de grâce,
jouez pour notre Dieu sur la cithare !

Deuxième lecture
Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens (1Co 9, 16-19.22-23)
L’Apôtre se fait tout à tous

Frères,
si j’annonce l’Évangile, je n’ai pas à en tirer orgueil, c’est une nécessité qui s’impose à moi ; malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile !
Certes, si je le faisais de moi-même, je recevrais une récompense du Seigneur. Mais je ne le fais pas de moi-même, je m’acquitte de la charge que Dieu m’a confiée. Alors, pourquoi recevrai-je une récompense ?
Parce que j’annonce l’Évangile sans rechercher aucun avantage matériel, ni faire valoir mes droits de prédicateur de l’Évangile. Oui, libre à l’égard de tous, je me suis fait le serviteur de tous afin d’en gagner le plus grand nombre possible. J’ai partagé la faiblesse des plus faibles, pour gagner les faibles. Je me suis fait tout à tous pour en sauver à tout prix quelques-uns.
Et tout cela, je le fais à cause de l’Évangile, pour bénéficier, moi aussi, du salut.

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 1, 29-39)
Une journée de Jésus au milieu des malades

En quittant la synagogue, Jésus, accompagné de Jacques et de Jean, alla chez Simon et André. Or, la belle-mère de Simon était au lit avec de la fièvre. Sans plus attendre, on parle à Jésus de la malade. Jésus s’approcha d’elle, la prit par la main, et il la fit lever. La fièvre la quitta, et elle les servait.
Le soir venu, après le coucher du soleil, on lui amenait tous les malades, et ceux qui étaient possédés par des esprits mauvais. La ville entière se pressait à la porte. Il guérit toutes sortes de malades, il chassa beaucoup d’esprits mauvais et il les empêchait de parler, parce qu’ils savaient, eux, qui il était.
Le lendemain, bien avant l’aube, Jésus se leva. Il sortit et alla dans un endroit désert, et là il priait. Simon et ses compagnons se mirent à sa recherche. Quand ils l’ont trouvé, ils lui disent : « Tout le monde te cherche. » Mais Jésus leur répond : « Partons ailleurs, dans les villages voisins, afin que là aussi je proclame la Bonne Nouvelle ; car c’est pour cela que je suis sorti. »
Il parcourut donc toute la Galilée, proclamant la Bonne Nouvelle dans leurs synagogues, et chassant les esprits mauvais.

2 – Homélie

La situation de l’Eglise a beaucoup évolué en Europe. La déchristianisation est galopante. Beaucoup de chrétiens se sont éloignés de l’Eglise. La fréquentation des offices religieux laisse à désirer. Les assemblées sont constituées essentiellement des cheveux gris. Le constat est non seulement amer mais aussi déprimant. Face à un événement aussi préoccupant, le Pape Benoît XVI veut impulser une nouvelle dynamique. C’est l’objet du synode des Evêques qui se tiendra en automne 2012 et qui portera sur « la nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi chrétienne ». Le Pape rappelle ainsi aux chrétiens leur devoir d’annoncer la Bonne Nouvelle :

« L’Église qui annonce et transmet la foi imite Dieu-même dans son action de se communiquer à l’humanité en donnant son Fils, de vivre dans la communion trinitaire, d’effuser l’Esprit Saint, pour communiquer avec l’humanité. Et pour que l’évangélisation reflète cette communication divine, l’Église doit se laisser modeler par l’action de l’Esprit, et se conformer au Christ crucifié, qui révèle au monde entier le visage de l’amour et de la communion de Dieu. Elle retrouve ainsi sa vocation d’Ecclesia mater qui engendre au Seigneur des enfants, en transmettant la foi et en enseignant l’amour qui donne vie à des enfants et les nourrit [2]. »

Cette détermination s’inscrit dans la conscience que Jésus avait de sa mission. Il portait le souci de faire connaître le Père aux hommes. Les intentions de Jésus à ce sujet ne souffraient d’aucune ambiguïté. D’ailleurs, il l’a clairement manifesté aux disciples qui le pressaient de rester à Capharnaüm où il avait opéré beaucoup de prodiges : « Partons ailleurs, dans les villages voisins, afin que là aussi je proclame la Bonne Nouvelle ; car c’est pour cela que je suis sorti [3]. »

Proclamer la Bonne Nouvelle ! Chacun des baptisés peut s’approprier ces paroles de Jésus, à l’exemple de saint Paul qui faisait de l’annonce de l’Evangile une nécessité et une obligation qui lui incombait : « Si j’annonce l’Évangile, je n’ai pas à en tirer orgueil, c’est une nécessité qui s’impose à moi ; malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile [4] ! » Cette mission relève d’ailleurs de notre engagement baptismale. Elle ressemble pourtant de plus en plus à un défi qu’il convient de relever.

Les blocages à l’annonce de l’Evangile paraissent nombreux : indifférence grandissante, manque d’intérêt à la vie et aux activités de l’Eglise, souffrances et blessures qui affectent les hommes dans leur chair, déception et sentiment de trahison et d’injustice... Dans un tel contexte, comment être porteur de la Bonne Nouvelle ? L’invitation de Jésus pousse toutefois les baptisés à se dépasser, à aller plus loin, à franchir le pas, à traverser des frontières et à tendre une main fraternelle à ceux qui sont différents. Cette relation n’est possible que si l’homme s’ouvre à Dieu et développe son intimité avec lui. N’est-ce pas l’exemple que donne Jésus lorsqu’il se lève bien avant l’aube et se met en présence de Dieu pour prier ? Pour mener à bien la mission reçue du Seigneur, il convient de se percevoir dans l’alliance avec Dieu et de confier le monde à la tendresse du Christ.

Cette intimité avec le Christ nourrit par les œuvres le témoignage que les baptisés donnent de leur foi. Aussi se rendent-ils attentifs aux besoins de leurs frères. A l’exemple de Jésus, ils s’engagent à remettre debout ceux qui se laissent aller, désespèrent et perdent cœur. L’évangélisation permet alors aux gens de se lever. Elle leur donne confiance et les aide à retrouver courage dans la lutte de chaque jour.

[1] (c) AELF 2011 www.aelf.org, le site officiel de la traduction française de la liturgie catholique.

[2] Conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation, La nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi chrétienne, n° 2, Cité du Vatican, 2011.

[3] Mc 1, 38.

[4] 1 Co 9, 16.

Publié le 9 février 2012 par Nestor Nongo Aziagbia