Le Dieu assigné à résidence

C’est un long processus qui a commencé au pied du Sinaï. A peine prononcées, les dix Paroles de Dieu sont devenues les dix commandements. Dieu avait dit : « un seul Dieu tu adoreras et tu aimeras ton prochain comme toi-même… » parce que tu es libre (sorti d’Egypte) et que tu as compris. Les spécialistes vous diraient que c’est un futur qui s’adresse à un homme libre. Non pas un injonctif qui s’adresse à un esclave : « tu dois aimer » sans aucun choix possible.

Les Paroles gravées sur la pierre ont été très vite enfermées dans une boite appelée l’Arche d’Alliance… Intouchable ! Puis la boîte a été enfermée dans le Saint des Saint, le centre du Temple entouré de sept murs… tellement on avait peur de la contamination (ou pollution) de Yahvé, l’Elohim Eternel.
En plus, Jésus, le Fils envoyé par le Père, a essayé de libérer la « LOI » en aménageant le sabbat pour lui donner son vrai sens pour l’homme. A quoi cela sert-il en effet de multiplier les interdits alors que l’on veut libérer l’homme de toute contrainte inutile ? Car le sabbat a été fait pour l’homme afin que, par lui, celui-ci découvre la bonté de Dieu.
Pour cela, et pour des assertions similaires, on l’a cloué sur la croix jusqu’à ce que mort s’ensuive. Et Jésus mort, on l’a enfermé derrière la grosse pierre d’un tombeau taillé dans la pierre ! … On était tranquille…

Mais au matin du 3e jour, l’Esprit du commencement a fracassé la pierre du tombeau et a rendu le Fils à la vie. En retour, ce Fils a envoyé l’Esprit du commencement pour qu’il fonde les premières communautés chrétiennes autour du partage des biens, mis en commun, et du pain de l’Eucharistie – faisant ainsi mémoire de ce Jésus ressuscité qui « aima les siens jusqu’au bout [1] ».
Comme dira Paul, pour trouver Dieu il faut désormais aller le chercher dans notre frère, qui lui seul est devenu le véritable temple de l’Esprit… par le baptême. « Ne savez–vous pas que vous êtes le temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? [2] »

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Le monastère St Paul (Egypte)
Photo Louis Kuntz

Cela fonctionna un certain temps, avant qu’on ne se chamaille encore et qu’on recommence à enfermer la Parole dans des élucubrations dogmatiques et le pain dans la boîte du tabernacle, réplique exacte du Saint des Saints du Temple de Jérusalem avec la barrière du banc de communion. Keep off limits !… Stop ! disait-on au baptisé qui voulait y pénétrer et qui était pourtant membre d’un peuple saint, comme l’affirme Paul, d’un peuple de prophètes, de prêtres et de rois. On s’est alors mis à construire des édifices sacrés, et on les a oints avec le Saint-Chrême du baptême… C’est la maison de Dieu, disait-on, pas la maison du peuple de Dieu !

Vingt siècles après est venu le grand évènement, unique jusque là, du concile Vatican II… Portes et fenêtres ouvertes sur le monde et mise au rebut du sacré de pacotille [3]. Et, pour la première fois, ce concile n’a prononcé aucune condamnation et n’a déclaré aucun homme anathème, hérétique ou bon à brûler. On a pleinement réalisé que l’homme seul est sacré puisqu’il est habité par l’Esprit…
Malheureusement, il n’y a avait pas assez de mystère, de clinquant rituel ni d’ornementation baroque dans ce concile. Trop séculier et déjà atteint par le modernisme… A balayer !

Faut-il alors s’étonner de l’absence de Dieu dans le monde d’aujourd’hui ? On l’a tenu si loin des préoccupations et du péché de l’homme… On l’a assimilé à tant de guerres que l’on disait saintes… On l’a tellement pris en otage comme garant d’une éthique douteuse – la chasse à toutes sortes de sorcières par exemple…

Ai-je trahi l’histoire de la Parole ou la Parole elle-même en écrivant tout cela ? En tous cas, ce Dieu de l’Ecriture, le Yahvé de l’Ancien Testament, ou le Père du Nouveau, il est urgent de le libérer de tous les interdits qui l’enferment. C’est notre mission aujourd’hui. On peut aussi appeler cela la nouvelle évangélisation ! Ne faut-il pas pour cela tenir les religions au loin ? Il faut vivre et croire autrement, au plus près de l’Evangile et de la Parole de Dieu…

« Allons ailleurs » disait le Jésus de Marc [4]… En d’autres termes, « si tu ne bouges pas, si tu ne te libères pas, il n’y aura pas d’Eglise ! »

[1] Jn. 13, 1.

[2] 1 Co. 3, 16.

[3] Paul VI a vendu la sacro-sainte tiare du triple pouvoir papal et a donné l’argent aux pauvres !

[4] Mc 1,38.

Publié le 29 mars 2011 par Jean-Pierre Frey