Le diocèse de Bossangoa en marche

Après l’enthousiasme des ordinations, le 22 juillet 2012 sur le parvis de la Cathédrale Notre Dame de Bangui, et de l’installation sur le siège épiscopal le 15 août 2012 à la Cathédrale Saint Antoine de Padoue de Bossangoa, j’ai pris suffisamment de recul pour mieux appréhender la complexité de la charge pastorale qui m’incombe désormais.

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Mgr Nestor Nongo Aziagbia, Evêque de Bossangoa.
Photo sma strasbourg

Des conditions difficiles

La vaste étendue du territoire (62000 km²) est un élément important dont il faut tenir compte pour la planification des activités et de la pastorale. La communication entre les 14 paroisses du diocèse est difficile. Les routes se sont beaucoup détériorées avec le pillage et le saccage des infrastructures d’entretien. Elles sont quasiment impraticables. Des tracés existent pourtant. Malheureusement, ces routes sont délaissées, abandonnées, parce que mal entretenues. Néanmoins, grâce à la magie de la technologie moderne, la plupart des paroisses sont joignables par téléphone, sauf Nana Bakassa et Kouki. Dans ces conditions de déplacement, il ne faut jamais être pressé. L’essentiel est d’arriver à destination. La nature nous apprend la patience.

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Route de Gamboula.
Photo Nestor Nongo Aziagbia

Il va de soi que ces conditions influent négativement sur la qualité du travail qui se fait sur le terrain, d’autant plus que le diocèse a été complètement dépouillé de tous ses moyens roulants lors des tristes événements politico-militaires et des rébellions dont les effets continuent à se faire sentir. Beaucoup de paroisses n’ont même pas de bicyclette. Comment concevoir des visites pastorales à des villages situés parfois à plus d’une centaine de kilomètres du centre ? Telle est la préoccupation pastorale qui m’habite tous les soirs lorsque je vais au lit. Comment être exigeant envers des agents pastoraux qui ne disposent même pas du strict minimum et manquent de tout moyen adéquat pour un travail de qualité ? A mon humble avis, on ne devrait pas pousser l’indécence jusqu’à ce niveau.

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La région est un jardin.
Photo Nestor Nongo Aziagbia

Définir nos besoins

Le diocèse est en chantier. Par où faut-il commencer ? La question semble ne pas avoir de réponse tant les besoins sont énormes. La pression est forte. Aussi cherche-t-on à pallier au plus urgent de manière désordonnée, sans plan, sans rigueur et sans orientation. Le risque d’un pilotage à vue est réel. Il importe donc de mettre en place les structures de gouvernement, d’accompagnement et de gestion transparente de nos ressources. C’est ce que je viens de faire par la constitution des différents organes : Conseil épiscopal, Conseil presbytéral, Conseil pastoral, Conseil des affaires économiques, Comité de rédaction du guide administratif, Comité de rédaction de projets, Comité technique pour la réalisation des travaux et des projets. Concomitamment à ces structures, nous intensifierons nos efforts pour inventorier tous les biens du diocèse et de chaque paroisse. Cette démarche permettra par ailleurs de faire l’état des lieux en ce qui concerne l’occupation indue des propriétés du diocèse. Au regard des titres fonciers dont nous disposons, nous ferons procéder à l’expulsion de toutes les personnes qui se sont incrustées sur les terrains de la mission.

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Maison d’habitation des soeurs.
Photo J. KpikoloTomba

Pour relancer économiquement le diocèse, il convient d’identifier les besoins afin de mobiliser toutes les ressources nécessaires. Dans l’état actuel, il s’agit de relancer les activités ou de redynamiser ce qui se fait déjà dans les domaines ci-après :
- Restauration et équipement du garage, de la menuiserie, du dépôt pharmaceutique et du cabinet dentaire ;
- Relance des activités du dépôt de bois à Batangafo, Bossangoa, Kabo et Markounda ;
- Ouverture d’une quincaillerie à Bossangoa ;
- Redynamisation du Centre d’Accueil, qui doit devenir plus fonctionnel et accueillant, et du Centre Culturel, qu’il faut rendre opérationnel en l’équipant de matériel didactique et ludique ;
- Installation d’infrastructures au centre aéré qui, avec ses facilités de jeux, servira aussi de jardin public pour Bossangoa ;
- Construction et équipement d’une librairie chrétienne ;
- Restauration et équipement du Centre de Formation Professionnelle ;
- Construction et équipement du Centre de formation pour les handicapés : autonomisation des aveugles, scolarisation et prise en charge de leurs enfants ;
-Alphabétisation des parents, pour qu’ils deviennent les premiers acteurs de l’éducation de leurs enfants et participent à la résolution de certains maux qui affectent leur société ;
- Restauration et équipement de l’aumônerie Charles Lwanga, à Bossangoa, et de celle du lycée de Paoua, qui servent de bibliothèque et de centre de documentation pour les lycéens et les professeurs.

Des projets en bonne voie

Certains de ces projets sont déjà en cours. Nous sommes confiants de pouvoir les exécuter avec succès grâce à une rigueur dans la gestion. Nous venons d’acquérir chez les Capucins de Gofo un camion Fiat Turbo dont nous faisons changer les papiers au nom du diocèse. Au terme de cette démarche administrative, le chauffeur nous remontera une première livraison de bois. Nous pensons, dans la même perspective, ouvrir une quincaillerie dans deux ou trois mois. Le projet n’a pas besoin d’être grandiose. Il faut surtout être consistant et rigoureux dans la gestion du peu que nous avons. J’y veillerai.

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Aire de jeux pour les enfants.
Photo J. KpikoloTomba

Le cabinet dentaire semble être en très bonne voie. En effet, le Père Béthéramite, responsable du Centre Saint Michel à Bouar, a promis de nous faire don de leur ancien fauteuil dès la réception du nouveau matériel qu’ils attendent d’Italie. Avec un coup de pouce que nous espérons de tout cœur pour l’achat d’un groupe électrogène de 10 à 15kw en vue de l’alimentation en électricité, un fonds pour la mise en norme du local et un fonds de roulement pour la prise en charge du personnel pendant la première année, nous espérons matérialiser ce projet.

J’ai reçu récemment d’un ami la somme de 1.000.000 Fcfa. En attendant de trouver un gros financement, nous nous en servirons pour améliorer nos prestations au Centre d’Accueil. Nous ne pourrons pas résoudre tous les problèmes, mais nous promettons au moins de changer l’aspect du Centre et de le rendre plus accueillant.

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Centre d’Accueil Missionnaire.
Photo J. KpikoloTomba

Les OPM nous ont accordé un financement de 8.000 € pour la restauration et l’équipement du Centre Culturel. Avec cette subvention, nous améliorerons nos prestations et rendrons un service de qualité à la population, qui manque d’infrastructures dans ce domaine. Nous pourrons alors acquérir des jeux de société, quelques instruments musicaux, un ordinateur portable et un retro projecteur. Le système électrique du centre sera rétabli, la véranda sera restaurée et des toilettes seront construites pour l’accueil de ceux qui fréquentent le Centre Culturel. Toutefois, il nous faudrait une aide pour alimenter la bibliothèque en livres et ouvrir un espace informatique.

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Centre culturel Mgr Chambon.
Photo J. KpikoloTomba

Ces différents projets sont conçus comme participation du diocèse à son auto-prise en charge. L’objectif à terme est de réduire notre dépendance d’au moins 40% d’ici 5 ans. Ces projets ne prennent pas en compte l’érection d’un bâtiment administratif à l’évêché, ni celle de deux blocs résidentiels pour l’évêque et le personnel administratif. Le Petit Séminaire Saint Jean nécessite, quant à lui, de gros travaux de réfection et de mise en norme. Il a par ailleurs besoin d’être équipé, aussi bien en livres qu’en matériel de menuiserie et d’électricité pour les cours pratiques qui sont dispensés aux jeunes. Je n’ose même pas chiffrer le coût de chacun de ces projets. Mais nous manifesterons notre gratitude pour tout don reçu.

Certes les défis sont énormes. Mais la perspective n’est pas pour autant désespérée. En ce sens, faisons nôtre la devise de l’Action Catholique pour l’Enfance : « A cœur vaillant, rien d’impossible ». Oui, par la grâce de Dieu, avec l’aide de nos amis et notre bonne volonté, nous réussirons en dépit des divers obstacles.

Dans les méandres du recommencement, avec le découragement qui s’installe et le sentiment de déception qui peut animer à juste titre certains de nos bienfaiteurs, je n’oublie pas que la vie est une alternance de saisons.

A ceux et celles qui croient en nous et veulent nous aider à relever ensemble ce défi du renouveau, je lance aujourd’hui cet appel solennel et vous remercie d’avance pour votre générosité.

Nestor Désiré NONGO AZIAGBIA SMA Evêque de Bossangoa

Publié le 5 février 2013 par Nestor Nongo Aziagbia