Le District de Strasbourg à la croisée des chemins

A l’invitation du Père Jean-Pierre Frey, qui a succédé à la tête du District sma de Strasbourg à son confrère Nestor Nongo Aziagbia nommé évêque de Bossangoa en Centrafrique, une bonne trentaine de Pères des Missions Africaines et une dizaine de membres laïques du District se sont retrouvés, mercredi 19 septembre 2012, à la Maison du Zinswald pour une réunion de réflexion et d’échange de vues sur la situation actuelle de la Société des Missions Africaines en général et du District de Strasbourg en particulier.

Le Père Supérieur Frey ayant dû être hospitalisé entretemps, c’est le Père conseiller du District Jean-Paul Eschlimann qui l’a remplacé au pied levé pour diriger les débats. Il a ouvert la séance en reprenant la mise en garde du Père Frey dans son invitation à la réunion : « Nous devons être solidaires de toutes les entités sma et nous pensons qu’on ne peut pas dire : cela ne me concerne pas ou plus ». Avant de poser une série de questions cruciales qui méritent réflexion et réponse :
1) A partir du questionnaire adressé par Rome à toutes les entités en vue de la préparation de l’assemblée générale de 2013, quelles sont les questions importantes que nous souhaitons voir débattues à Rome, concernant l’avenir de la mission sma, la spiritualité et le style de vie, la formation des missionnaires, la réforme de l’administration et des structures, la garantie et la répartition des ressources financières ?
2) Comment concevons-nous la mission sma en Afrique, en particulier pour remédier aux conflits d’autorité qui peuvent survenir entre les différentes structures (Districts, Régions, Généralat) ?
3) Préciser dès maintenant le fonctionnement futur du District de Strasbourg.

Redéfinir une mission devenue trop floue
Après avoir pris connaissance des réflexions faites et des réponses données par les différentes communautés du District de Strasbourg (Zinswald, Haguenau, Saint-Pierre) au questionnaire de Rome, l’assemblée a pu s’exprimer sur ce même document pour le compléter et l’enrichir. Le souci fondamental de la SMA devant rester « le service des plus abandonnés » selon la volonté du Père fondateur Melchior de Marion Brésillac, a rappelé le Père Eschlimann.

Les jeunes prêtres africains et indien ont été invités à s’exprimer d’abord : qui pour préconiser « l’ouverture de la mission sma à d’autres zones que l’Afrique uniquement, car nombreux sont les migrants à s’installer en Europe et ailleurs, et la présence de prêtres africains ou indiens pourrait faciliter leur accueil et leur intégration » ; qui pour demander que la SMA fixe « des priorités, une direction claire pour sa mission, car nous avons trop souvent servi de simples bouche-trou » ; qui pour renchérir que « la mission est devenue une notion de plus en plus floue et une réalité de plus en plus incertaine, au point qu’on ne sait plus où l’on va » ; qui, enfin, pour regretter que « la dimension identitaire et charismatique de la SMA se noie de plus en plus dans les diocèses, qui ont investi les territoires de mission, avant tout en milieu urbain où notre rôle premier est pourtant d’aller à la rencontre de ceux qui n’ont pas reçu la Bonne Nouvelle ».

Le Père Arthur Becker, curé de Lutzelbourg, en Moselle, a abondé dans le même sens : « Dans nos paroisses vivent des immigrés qui rencontrent de sérieux problèmes d’intégration et de reconnaissance ; là aussi existe une vraie possibilité de service missionnaire. »

Tirant la quintessence de ces premières interventions, le Père Eschlimann a reconnu que c’en est « fini avec le système territorial de la mission, que les zones de première évangélisation sont déjà occupées par des diocèses et qu’il est par conséquent devenu indispensable de redéfinir la mission dans une dimension sociologique en s’investissant dans des zones, des poches de première évangélisation également chez nous, en Europe. »

Changer l’image du prêtre
Passant rapidement sur les volets « spiritualité » et « style de vie » du questionnaire de Rome, l’assemblée a abordé un autre domaine prioritaire, celui de la formation. « Il faut changer de modèle de prêtre, de missionnaire, et appliquer de nouvelles méthodes d’évangélisation adaptées à notre temps et reposant notamment sur une meilleure utilisation des moyens de communication modernes, a insisté l’animateur de la réunion. Notre formation est en effet très (trop) classique ». Il est devenu nécessaire de l’adapter en tenant compte des rapides évolutions et des nouveaux défis de notre temps, dans un souci d’ouverture à un monde de plus en plus matérialiste et déchristianisé. « Nos futurs confrères, suggère le Père Eschlimann, ne pourraient-ils pas acquérir parallèlement à leur formation théologique un métier qui leur permettrait à la fois de vivre et de mieux s’intégrer dans la société ? De nombreux jeunes prêtres aujourd’hui viennent du monde du travail ; le diocèse du Père Nestor compte, par exemple, un séminariste qui fait des études d’avocat… »

Les avantages d’une double formation théologique et professionnelle sont évidents : la reconnaissance sociale ; le soutien matériel d’une communauté de confrères ; l’annonce de l’Evangile dans des milieux socioprofessionnels intouchables autrement… L’idée est bonne, encore faut-il réussir à ‘convertir’ le gouvernement de la Société à Rome. Se pose ensuite le problème de la formation et de son coût. Un effort important dans ce domaine est-il compatible avec les capacités financières actuelles de la SMA ?

En Afrique, trop d’instances = trop de dépenses
Quel regard et jugement portons-nous sur la SMA en Afrique ? Cette question a, elle aussi, été évoquée et vivement débattue. Trop de structures existent en Afrique (Maison régionale, Districts en formation de la baie du Bénin, du golfe de Guinée et des Grands Lacs), et donc… trop de chefs ! Ce qui entraîne des conflits d’autorité, des déplacements nombreux et coûteux, une forte mobilisation de personnel et de matériel. Ce que le Père Eschlimann a résumé par l’équation : « Trop d’instances = trop de dépenses ». De l’avis de nombreux participants à la réunion, il serait bon de revenir à une seule entité, ce qui permettrait aussi d’éviter les « régionalisations ».

L’assemblée a, par ailleurs, regretté que le partenariat proposé par le District de Strasbourg avec les DFA (Districts en formation d’Afrique) ne soit pas plus suivi d’effet. Le Père Antoine Lutz a donc appelé de ses vœux une relance de ces partenariats pour que les DFA envoient des confrères en Alsace.

Concernant les moyens d’améliorer les capacités financières de la Société, il existe la classique solution de la quête dans le cercle familial, amical et paroissial des missionnaires. Les donateurs restent en général très généreux, mais comme ils sont de moins en moins nombreux et que d’autres se sentent de moins en moins concernés, le produit des quêtes diminue régulièrement, du moins sous nos latitudes. Au point que de plus en plus de jeunes prêtres s’en vont quêter… en Amérique, au pays des possibilités illimitées, dit-on. Il est souhaitable que les entités SMA en Afrique réalisent des investissements variés pour générer des sources de revenus pour le futur.

Vers une Province d’Europe ou une association avec une entité jeune ?
Quant au District de Strasbourg, il se trouve à la croisée des chemins… avec l’Europe et l’Afrique. En effet, son avenir pourrait se situer, selon plusieurs propositions, soit au sein d’une « Province européenne » regroupant les deux entités françaises ainsi que celles de Hollande, d’Angleterre, d’Irlande, d’Espagne et d’Italie – mais « l’addition de sept pauvretés donne-t-elle plus de richesse ? », s’est interrogé un confrère avec son humour familier -, soit dans une « association avec un DFA [1] », comme l’a envisagé un autre. Cela contribuerait à redynamiser notre partenariat et à développer nos échanges avec les DFA. Une piste supplémentaire à explorer serait celle « d’une intégration plus poussée des laïcs », qui ont signé un engagement et auxquels est offert en retour… un accompagnement spirituel !

Mais des laïcs, il faudra d’abord en recruter, et des plus jeunes et motivés si possible. Une décision devra en tout cas être prise l’année prochaine, en 2013 donc, ou « le District de Strasbourg risque de se retrouver sans Supérieur », craint le Père Eschlimann en jouant les Cassandre, peut-être sans trop exagérer.

Informations pratiques
Au chapitre des nominations et échanges de personnel, le P. Justin Ketté succède au P. Nestor Nongo comme curé de la communauté de paroisses « Terre de missions » à Weitbruch ; il est conseiller dans l’équipe du District. Le P. Albert Kouamé remplace son confrère Justin au Zinswald. Le P. Georges Klein, de retour d’Afrique après 43 années de mission, est en résidence à Saint-Pierre et nommé prêtre coopérateur dans les communautés de paroisses de Châtenois et Scherwiller ; il seconde, en outre, le Supérieur de la Communauté sma de Saint-Pierre, le P. Jean Founchot. Le P. Gilbert Piranda est résident à la maison de retraite de Sancey (Doubs), tout près de son village natal. Le District de Strasbourg paie la formation d’un jeune togolais, Laurent Gniou, qui souhaite devenir prêtre sma. Le District l’accueillera comme futur membre, le moment venu, après discernement, stage et formation en Afrique, selon les règles de la SMA.

La comptable du District de Strasbourg, Lily Bucher, a demandé que les comptes soient supervisés par un cabinet d’expertise comptable. Pour se mettre en règle avec la loi, elle prie instamment les donateurs d’identifier clairement la ou les œuvres auxquelles leurs dons sont destinés, condition sine qua non pour bénéficier d’un reçu fiscal, car il faut pouvoir justifier précisément de l’utilisation de l’argent.

Les terrains du collège de Haguenau
La finition des travaux d’extension et d’aménagement de la Résidence St-Pierre Claver, à Saint-Pierre, a été décidée. Ces travaux comprennent une salle à manger pouvant également servir de salle de réunion, d’une capacité de 50 places. Il y aura en outre une kitchenette, une lingerie et trois, voire quatre chambres à l’étage.

La mise en œuvre du PLU [2]) de la ville de Haguenau nous oblige à nous préoccuper de nos terrains ceinturant le collège. D’après le plan d’urbanisme de la ville, une partie sera affectée à la création « d’une coulée verte ». Une autre est destinée à la réalisation de lotissements. Le District est en négociation avec la Société Lingenheld et la Mairie de Haguenau pour tirer le meilleur parti de la cession (obligatoire) de ces terrains.

Enfin, rendez-vous a été donné pour une assemblée générale de l’Association du Foyer des Missions Africaines en fin d’année, convoquée par le cabinet d’expertise comptable et les commissaires aux comptes, pour valider le rapport financier de 2010 et de 2011, tel qu’il a été réalisé par les experts.

[1] DFA : District en formation d’Afrique.

[2] PLU : plan local d’urbanisme.

Publié le 11 février 2013 par Etienne Weibel