Le District-en-Formation Centrafrique (DFC)

La République Centrafricaine

La République Centrafricaine (RCA) est un pays enclavé en plein cœur du continent africain. Pour une superficie de 623.000 km², la population est estimée à 4,5 millions d’habitants en 2012 [1]. Il est limité au Nord par le Tchad, à l’Est par le Soudan et le Soudan du Sud, au Sud par le fleuve Oubangui, frontière naturelle de plus de 1000 km avec le Congo RDC, au Sud-Ouest par le Congo Brazzaville et à l’Ouest par le Cameroun. Ex-colonie française appelée Oubangui-Chari, le pays est devenu République Centrafricaine le 1er Décembre 1958, puis l’Indépendance a été proclamée le 13 Août 1960. La langue nationale, le sango, est parlée sur toute l’étendue du territoire, mais chaque région possède une ou plusieurs langues vernaculaires. Depuis une décennie, le français et le sango sont les deux langues officielles du pays. Le sous-sol centrafricain regorge d’importantes ressources naturelles sous-exploitées, inexploitées, ou bien gérées de manière anarchique.

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Le District en Formation Centrafrique.
Photo DFC

Depuis son accession à l’indépendance, et jusqu’à nos jours, le pays connaît une instabilité politique quasi chronique à chaque fin de mandat présidentiel. La récente crise militaro-politique de Décembre 2012 a abouti au renversement de François Bozizé ; associée à la manipulation ethnique et religieuse, elle a fait basculer le pays dans le chaos. La venue des Casques Bleus, la succession des résolutions de l’ONU, l’organisation des élections présidentielles et législatives n’ont toujours pas pu ramener une paix véritable sur toute l’étendue du territoire national. Sans le désarmement, en effet, la paix et la sécurité restent du domaine de l’utopie.

Ce conflit armé paralyse la vie sociale et le bien-être de la nation dans son ensemble. La population civile en fait les frais mais les femmes et les filles, comme dans tous les pays africains en guerre, constituent la couche sociale la plus vulnérable. Les quelques révélations passagères de cas de violence et abus sexuels commis par ceux qui sont supposés les protéger lors des conflits armés sont le reflet d’une très grande blessure psychologique dont les conséquences demeurent encore largement sous-évaluées.

Différents groupes rebelles et des mercenaires occupent une grande partie du pays. Ils infligent aux civils toutes sortes de souffrance : assassinat, pillage, incendie, viol etc. Ils exploitent comme bon leur semble les ressources minérales du pays - diamant, or alluvionnaire, or en roche, mica, uranium, kaolin… - et entretiennent l’instabilité.

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Le District en Formation Centrafrique.
Photo DFC

Le pays a souffert pendant très longtemps de la mauvaise gouvernance, de la corruption et de l’exploitation aberrante de ses matières premières. Avec pour constat récurrent, à chaque fin de régime, la débâcle économique, la répartition disproportionnelle des infrastructures publiques et la marginalisation de la masse populaire. Tout cela accentue les tensions et les frustrations. L’enclavement du pays constitue en outre un obstacle majeur à sa croissance économique. Le milieu rural rassemble 80% de la population, dont 70% vit en dessous du seuil de pauvreté, selon les sources onusiennes [2].

Le District en formation Centrafrique

Depuis le 1er octobre 2016, la Région SMA de Centrafrique est devenue le District en Formation Centrafrique (DFC). Il comprend 13 prêtres originaires de Centrafrique, dont 5 en mission/administration au pays ; 2 diacres, 17 grands séminaristes et 4 candidats en année préparatoire. Des confrères d’autres entités travaillent en Centrafrique : 3 de Pologne, 3 du Bénin-Niger (dont un stagiaire), 2 du Golfe de Guinée. Notre particularité est d’être dans un pays enclavé un District en Formation avec 2 évêques SMA africains : Mgr Denis Kofi Agbenyadzi, de Berbérati, et Mgr Nestor Nongo Aziagbia, de Bossangoa.

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Le District en Formation Centrafrique.
Photo DFC

Avec la visite apostolique du pape François, l’espérance a rejailli dans les cœurs malgré les pleurs quotidiens à Bangui et dans les provinces. Nous sommes bénis par la création du tout premier cardinal centrafricain, son Éminence Dieudonné Nzapalainga. Archevêque métropolitain de Bangui, il est le plus jeune des cardinaux.

La conférence des supérieurs majeurs de Centrafrique, lors de sa récente assemblée à Bangui, a fait un constat amer : puisque « même le prophète est traumatisé, qui peut alors accompagner nos missions et nos communautés religieuses dans ce contexte ? » On note en effet :
- la perdition de la jeunesse, première victime de la crise ;
- la recrudescence de la violence, physique et verbale ;
- l’augmentation des accusations de sorcellerie ;
- la destruction de la famille ;
- la perte de biens (maisons, champs, commerces) ;
-la dégradation de l’économie et du tissu social.

Cela oblige tous les agents pastoraux à une forte mobilisation d’action dans les domaines de la famille, de l’école et de l’écoute qualitative des traumatisés de guerre.

Lors de la toute première rencontre des SMA de Centrafrique, nous avons réfléchi sur la redéfinition de notre approche pastorale en période post-conflit (même si le conflit n’est pas encore terminé dans le pays). Des confrères ont partagé le drame du passage des rebelles dans leurs presbytères et leurs églises ; ils ont fait l’expérience de l’effroi et du traumatisme psychique sans aucune prise en charge psychologique après ces événements bouleversants. La crainte est toujours présente dans les cœurs car le pays n’est pas encore sécurisé. Notre réconfort, c’est notre présence au milieu de la population. Aucun confrère n’a quitté sa paroisse après le grand pillage de nos établissements durant et après les troubles. Solidaires de l’Église souffrante de Centrafrique, nous faisons face aux nouveaux défis de la reconstruction des cœurs, des familles, de nos églises. L’accroissement du taux de mortalité est inquiétant. Il est dû à la pauvreté, au manque d’infrastructures de santé élémentaires, à la rupture du ravitaillement en médicaments. La situation est particulièrement grave à Bangui.

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Le District en Formation Centrafrique.
Photo DFC

Nous lançons un cri du cœur aux amis des Missions Africaines de par le monde, aux autres entités SMA, Districts et Provinces, ainsi qu’à toutes les âmes généreuses pour nous aider à matérialiser nos projets urgents de :
- construire un petit espace pour l’écoute qualitative de personnes vulnérables traumatisées à St Charles Lwanga de Bégoua ;
- restaurer le centre nutritionnel de la prise en charge des orphelins de l’Association Mama Thérèsa et des veuves sinistrées ;
- redémarrer le centre de la promotion féminine pour l’auto-emploi des jeunes filles victimes des atrocités ;
- constituer une équipe pastorale pour appuyer Mgr Nestor dans le diocèse de Bossangoa ;
- assurer la formation technique durant une période de 6 mois de deux confrères du DFC en agro-pastorale au Centre Songhai (Bénin) pour l’auto-prise en charge ;
- maintenir nos petites structures d’éducation parascolaire dans les milieux défavorisés, où nos confrères travaillent avec des maîtres-parents bénévoles qui ne reçoivent qu’une faible indemnité pour leur subsistance.

[1] ONU 2012.

[2] Afrique diagnostic 2014.

Publié le 3 juillet 2017 par Francis Barka-Nado