Le Ghana, « Black Star » de l’Afrique

Surnommé « l’Enfant d’Or » de l’Afrique de l’ouest par les sites touristiques tels que Lonely Planet, le Ghana est passé de la situation catastrophique des années 70 et 80, due à l’instabilité politique et à la mauvaise gestion d’une part et à une terrible sécheresse d’autre part, à une des « success stories » de l’Afrique d’aujourd’hui.

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Barrage au Ghana.
Photo sma est

Historique
Le Ghana, ancienne colonie de la Grande Bretagne appelée Côte de l’Or avant son indépendance le 6 mars 1957, a été le premier pays au sud du Sahara à se libérer de la colonisation. Sous l’influence de son premier président, Kwame Nkrumah, leader charismatique et champion convaincu du panafricanisme, les Ghanéens se sont approprié le rôle de leader moral du continent africain, avec la tâche d’être un modèle pour les autres, le « pace setter », dont le symbole est la « Black Star », l’Étoile de l’Afrique, de son drapeau national [1]. Cette vocation de leader leur tient à cœur et ils n’ont pas tardé à en afficher le palmarès : par exemple, le premier secrétaire général africain des Nation Unies, Kofi Annan, est ghanéen. Elle sert aussi de motivation psychologique qui pousse les Ghanéens à donner le meilleur d’eux même etc.

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Pont au Ghana.
Photo sma est

L’histoire du Ghana, néanmoins, n’est pas tout à fait rose. Après l’euphorie de l’indépendance et les développements accélérés et gigantesques du premier président qui a succombé à un coup d’État, le pays a rapidement sombré dans l’instabilité politique et le déclin économique des années 70 et 80. Mais, grâce à une conscientisation de tous pour laquelle la conférence épiscopale catholique a joué un rôle important, le pays a retrouvé son âme et a su bien négocier le virage des années 90.

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La cathédrale de Kumassi, au Ghana.
Photo sma est

Le Ghana, modèle de la démocratie
En 1992, le Ghana s’est doté d’une constitution adoptée en référendum par une majorité écrasante. Fondation de la 4ème République, elle est le fruit d’un travail délicat tissé autour d’un projet commun qui intègre des valeurs et institutions culturelles traditionnelles aux structures modernes de gouvernance et aux valeurs sociales et humaines. Ainsi, à coté d’un système présidentiel à l’américaine et d’un parlement à l’anglaise, nous avons les chambres des rois traditionnels qui ont encore aujourd’hui beaucoup d’influence et suscitent le respect de la société, une cour pour la défense des droits des citoyens et des justices administratives, et un conseil de la paix composé des prélats catholiques, protestants, musulmans, d’anciens, de personnalités de la société civile etc.

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Vue d’Elmina, au Ghana.
Photo Patrick Schneckenburger
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Le port d’Elmina, au Ghana.
Photo Patrick Schneckenburger

Depuis 1992, le Ghana a organisé 6 élections présidentielles et législatives qui se sont déroulées paisiblement et ont produit deux alternances politiques ! Les prochaines élections seront en 2016 et les Ghanéens comptent bien entretenir leur réputation de démocratie stable et bénéficier des retombées économiques considérables. En effet, depuis 1992 le pays a connu une croissance économique rapide qui, selon la Banque Mondiale, avoisinait les 13% en 2011, la plus haute croissance dans le monde cette année-là. Chaque année, le pays accueille de nouveaux investisseurs, surtout étrangers, et l’on constate une progression dans le développement général du pays : amélioration des infrastructures routières, du niveau de vie, constructions d’immeubles, de logements, d’hôpitaux et écoles, créations de nouveaux sites touristiques, introduction de l’assurance maladie publique etc. Quand on arrive au Ghana, surtout dans les grandes villes comme la capitale Accra, on s’aperçoit immédiatement que les choses bougent… et rapidement !

Les difficultés demeurent.
Pourtant, le Ghana n’est pas un eldorado ! La démocratie exige la liberté de la presse et d’expression. Le Ghana est aujourd’hui inondé par toute sorte de mass media. Supporters du gouvernement et de l’opposition y parlent beaucoup, au point que certains n’écoutent plus la radio ! Les gens commencent à être fatigués de ces débats politiques interminables ! De plus, les retombées du développement et de la croissance économique ne sont pas équitablement distribuées. L’écart entre la campagne et la ville s’accroît malgré les efforts du gouvernement pour améliorer la vie sociale dans les zones rurales en donnant accès à l’électricité, à l’eau portable, à l’éducation, à la santé et à l’entretien des routes. Les riches s’enrichissent davantage et les pauvres se battent pour survivre. Par ailleurs, le pays traverse une crise énergétique depuis deux ans, un coup dur pour la croissance économique. Le gouvernement n’a pas su projeter à temps les besoins énergétiques nécessaires pour accompagner le développement rapide du pays. Subsiste aussi l’éternel problème de la corruption. Au temps de la révolution (1979-1992), sous le régime militaire du général Rawlings, elle restait modérée ; aujourd’hui, avec la démocratie, aucun gouvernement ne semble avoir la volonté politique de combattre ce fléau ! Même les institutions d’État chargées de lutter contre ce phénomène et de traduire les suspects en justice ne maîtrisent pas la situation. On se demande alors si la corruption ne serait pas un alibi de la démocratie.

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Le mausolée de Kwame Nkrumah.
Photo Patrick Schneckenburger
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Le mausolée de Kwame Nkrumah.
Photo Patrick Schneckenburger

Nous gardons espoir.
Malgré les limites et les défauts de la démocratie à la ghanéenne, la majorité de la population tient à protéger et à user du « kokromoti power », le pouvoir du doigt, c’est-à-dire le droit de vote. Les Ghanéens sont conscients de l’importance de leur suffrage. Aux urnes, ils détiennent le pouvoir de retenir un gouvernement ou de le rejeter. Depuis 1992, c’est le Professeur Affari-Gyan, président de la commission électorale indépendante, qui a organisé avec honneur toutes les élections. Cela lui vaut un statut de légende dans le pays. Il prend sa retraite et il reviendra à son successeur de relever le défi d’organiser les prochaines élections. Depuis l’inauguration de la 4ème République, le Ghana a eu quatre Présidents qui tous les quatre portent le prénom de John : Jerry John Rawlings, John Agyekum Kuffuor, John Evans Attah-Mills, et l’actuel John Dramani Mahama. Pour les Ghanéens, c’est un signe que Dieu aime leur pays car le nom Jean veut dire « Dieu fait grâce » en hébreu, ou encore « la faveur de Dieu ». Au vu de l’abîme dont le pays est sorti, Dieu a vraiment fait grâce au Ghana. Tout le monde espère que les prochaines élections seront une confirmation, non seulement de la stabilité et de la maturité politique, mais aussi de la continuation de la faveur que Dieu accorde au pays et à ses habitants !

Paul ENNIN, sma, est recteur du Centre de Formation Missionnaire d’Abidjan (CFMA)

[1] C’est d’ailleurs l’appellation de l’équipe nationale du football.

Publié le 21 août 2015 par Paul Ennin