Le grand silence de Dieu

Pâques-Pentecôte. Le dernier passage pour la nouvelle communauté.

Au matin du 7e jour, au commencement, Dieu le créateur, après avoir accompli son œuvre, se retire dans le silence. Il s’absente pour que l’homme puisse gérer par lui-même son couple et la terre à cultiver.
Au soir du Vendredi Saint, Jésus, la Parole de Dieu, s’est définitivement tu… Un grand silence est tombé sur Jérusalem et le monde.
Et de même, au matin de Pâques, dans la plus grande discrétion, si ce n’est quelques éclats lointains, Dieu relève son fils, son Verbe, du silence du tombeau. Les femmes fidèles ne trouvent qu’un caveau, vide mais bien aéré et bien rangé !
Et puis, pendant 40 jours, Jésus est plutôt absent… Il ne fait que de courtes apparitions jusqu’au jour de l’Ascension où, devant ses disciples ébahis, il est parti définitivement. Vers son Père toujours, et là encore dans un discret silence. « Hommes de Galilée, leur dit l’ange, inutile de vous tordre le cou à regarder là-haut. De là-haut il ne viendra plus, mais peut-être viendra-t-il autrement. »

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Bildstock à Koenigsmacker (Moselle)
Photo Marc Heilig

Une fois Jésus parti dans le silence, le groupe des apôtres se cache dans la chambre haute, dans une très grande discrétion, jusqu’à ce que l’Esprit, celui de la création, anime et ranime tout pour pousser cette première communauté, dite apostolique, à devenir première communauté ecclésiale.
Depuis, nous autres, nous avons du mal à supporter le silence de Dieu et notre solitude. Alors nous faisons du bruit par des mises en scène liturgiques éblouissantes ou par une course aux apparitions. Cela peut s’appeler adoration, vénération ou consommation de biens spirituels, cette manie de chercher d’autres dieux en d’autres lieux. Comme si nous étions fatigués du silence de notre Dieu.

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Bildstock à Luttange (Moselle)
Photo Marc Heilig

Pourtant, en ce matin de Pentecôte, c’est la seule fois où l’Esprit du Sinaï a fait du bruit, avec son tonnerre et ses foudres qui secouent les têtes et remuent les cœurs de cette assemblée réunie dans le secret.
Tout cela pour nous dire qu’il est inutile de chercher Dieu, le Père, le Fils et l’Esprit, là où il n’est pas. Jésus l’avait dit à la femme de Samarie : on n’adorera plus Dieu, ni au mont Garizim [1], ni au Temple de Jérusalem, ni à Rome, ni à La Mecque... Pourquoi ? Parce que, depuis le matin de sa résurrection à Pâques, il est partout. Il est là comme il est ressuscité, partout… Mais c’est au fond de notre cœur de fils et de fille de Dieu qu’il nous attend. A nous d’en faire en nous un vrai sanctuaire.

A ce propos, je voudrais simplement faire remarquer que Marie de Nazareth, la « mère », n’a pas été vue au jardin, près du caveau, en ce matin de Pâques. Elle était ailleurs, dans le silence de ses méditations. Mais elle était bien à la chambre haute au matin de la Pentecôte. Il faut dire que l’Esprit, elle le connaissait depuis belle lurette ; il était son familier. Et elle est là parce que l’Église, le corps mystique de son fils, est annoncée ce jour-là au monde entier. Pour rien au monde elle ne voulait manquer ce rendez-vous car elle est la mère et l’éducatrice de tous les chrétiens pour les introduire et les présenter à son Fils.

[1] Le sanctuaire des Samaritains du temps de Jésus.

Publié le 1er juin 2016 par Jean-Pierre Frey