Le Pape de la dernière chance ?

François, comme il aime se faire appeler lui-même, sera-t-il le Pape de la dernière chance, pour que l’Église tout entière revienne à l’esprit de l’Évangile, en opposition à l’esprit du monde ?

Le mot « mondanité » revient souvent dans sa bouche et sous sa plume. Sera-t-il entendu ? Le concile Vatican II a rappelé que l’Église était à reformer sans cesse, « semper reformanda ». Et voilà qu’il s’est produit quelque chose qui n’était sans doute pas prévu et qui pourtant était prévisible.

On rapporte que Jean XXIII, pour exprimer à ses collaborateurs l’objectif du concile en vue, aurait ouvert une fenêtre de son bureau. Un vent frais s’est engouffré par l’ouverture, faisant voler les feuilles de papier de dessus sa table de travail. Lui pensait au vent de l’Esprit. L’Église avait besoin que l’air qu’elle respirait, parce qu’elle avait tendance à s’enfermer, soit renouvelé. C’est le travail propre de l’Esprit qui, de proche en proche, renouvelle la face de la terre. Et voilà que l’esprit du monde s’est insinué en même temps que l’Esprit. Était-ce une perversion du concile ?

Arrive le Pape François, qui appelle vigoureusement à résister à cet esprit du monde qu’il appelle « mondanité ». Cet appel au retour à l’Évangile n’est pas nouveau. Celui qui l’illustre le mieux n’est-il pas François d’Assise, qui a voulu suivre l’Évangile à la lettre et a eu la douleur de se voir trahi par les siens de son vivant. Cet appel remonte bien plus loin dans le temps.

Quand Constantin, dit « le Grand », a lâché la bride sur le cou de l’Église, les chrétiens ont poussé un ouf ! de soulagement. Quand ils se sont appropriés les dépouilles de l’Empire et de ses fastes, se sont levés du désert ceux qu’on appelle moines, avec le propos clair de vivre radicalement l’Évangile. Qu’on pense à Saint Antoine, qui a pris à la lettre la parole de l’Évangile entendue « au hasard ». L’Église s’est attiédie, affadie, au moins la majorité de l’Église.

De proche en proche, d’autres retours, d’autres reformes ont été initiés. On parle de reformes carolingienne, grégorienne, clunisienne, cistercienne, franciscaine, dominicaine... Apparemment, le goût du luxe, qui engendre celui du lucre, a toujours repris le dessus. Qui, dans ces conditions, oserait nier ce qu’on appelle le péché originel ou la pesanteur qui entraîne l’homme vers le bas ? Vint la Reforme Protestante, justement appelée « évangélique ». Etait-ce la solution miracle pour ne plus retomber ? Elle a malheureusement abouti à une rupture. Qui pourrait s’en réjouir, puisque nous voyons des ruptures sans fin ?

Benoît XVI a mis le doigt sur l’ambiguïté née du Concile Vatican II. Là où Jean XXIII, et à sa suite Paul VI, pensaient reforme, d’autres ont traduit par rupture. Au moins la réforme protestante a-t-elle eu le mérite de réveiller l’Église qui avait pris un air de grand carnaval. S’en suivit la réforme catholique qui, sans la réforme protestante, n’aurait pas vu le jour, avec toute une floraison de saints. Cette floraison, a posteriori, donne tort aux réformateurs qui jugeaient l’Église irréformable. Tout en s’appuyant sur la seule foi, ils semblent avoir oublié que, jamais, « rien n’est impossible à Dieu ». On pourrait se lamenter de voir l’Église retomber toujours dans les mêmes travers une fois passé le sursaut généré par l’Esprit. Mais cela ne produit rien.

Observons plutôt la nature. L’eau bouillante finit toujours par refroidir. Le feu du foyer, qui flambe sous l’effet d’un coup de vent, baisse et se réfugie dans les braises. Mais il ne meurt pas. Aucune réforme n’est jamais définitive. Croire le contraire, c’est s’enfoncer dans l’illusion. La « nature viciée » de l’homme, comme on disait autrefois, tend toujours à reprendre le dessus.

Publié le 9 novembre 2015 par A. K. sma