Le penseur et l’inspiré

Le penseur tel que le représente Auguste Rodin est replié sur lui-même. Il couve ses pensées, il tire de lui-même et de sa raison ses pensées. Il raisonne et nous livre le fruit de son raisonnement. Ce n’est pas rien et c’est sans doute indispensable à l’humanité (qu’on pense au « roseau pensant » de Pascal).

Autre est celui qui réfléchit. Il ressemble à ces paraboles qu’on voit sur les toits qui réfléchissent et renvoient ce qui émane d’une source située plus loin.
Qu’est-ce qui réfléchit ? Une surface lisse, polie, débarrassée de toute impureté, réfléchit les objets placés prés d’elle quand ils sont illuminés par les rayons du soleil. Comment obtient-on une telle surface ? En la martelant, la limant, la polissant, qu’elle soit de métal ou de pierre. Pourquoi n’en serait-il pas ainsi des humains ?

Les personnes rendues lisses et polies par l’épreuve réfléchiraient-elles ? C’est vrai pour Marie la toute pure, en qui Dieu se mire comme sur la surface d’une eau calme que rien ne trouble. D’elle il est dit qu’elle retenait les évènements et les méditait en son cœur [1]. A l’inverse, celui qui ne réfléchit pas ne profite pas des leçons du passé.

L’expérience nous incite à croire que ceux qui sont encombrés de grands biens ont de la peine à réfléchir. Celui qui n’a que peu de biens doit réfléchir à ce qu’il en fera. La nécessité peut aider à reconnaître les priorités, en règle générale du moins. Ceux qui se sont défait de leur avoir et de leur savoir, ou qui n’en ont jamais eu, ont de ces réflexions qui nous étonnent et nous font nous demander d’où ils les tirent. Peut-être viennent-elles d’une source située plus loin qu’eux. Ainsi saint Paul ne voulait-il « connaître rien d’autre que Jésus-Christ, ce messie crucifié [2] ».

Les penseurs dont on admire l’intelligence, surtout si l’on place l’intelligence au-dessus des autres qualités de l’homme comme celles du cœur par exemple, sont différents. N’avons-nous pas connu de ces « super-intelligents », desséchés, sans cœur, des machines à penser ? L’Écriture indique la limite de leur pensée.

Isaïe fait dire à Dieu : « mes pensées ne sont pas vos pensées... [3] ». Saint Paul renchérit : « que reste-t-il des scribes ou des raisonneurs d’ici-bas ?[Cor 1, 20.]] ». Et le psaume d’ajouter « qu’Il connaît nos pensés et qu’elles sont du vent [4] ».

Peut-être faudrait-il penser moins et réfléchir davantage.

[1] Lc 2, 19.

[2] I Co 2, 3.

[3] Is 58, 8.

[4] Ps 93.

Publié le 13 juin 2014 par Alphonse Kuntz