Le Père Hubert Grieneisen (10. 9. 1910-10. 6. 2002) (suite)

Au début des années 60, la communauté des Sœurs de la Providence de Portieux apporte un concours très appréciable à l’œuvre des missionnaires. Plusieurs religieuses ont passé dans cette communauté. En 1970, l’arrivée du Père Jean Paul Eschlimann, qui a su intégrer le problème de l’inculturation à ses activités pastorales, apporte un souffle nouveau à l’organisation de la communauté chrétienne. Dans cette entreprise, il est suivi par ses confrères italiens, les Pères Gianfranco, Renzo et leurs successeurs, qui aideront à renforcer l’esprit de la communauté au sein de la paroisse.

L’organisation de la paroisse

Il n’existe pas de conseil paroissial comme tel, l’assemblée des anciens de l’Eglise de Tankessé - Centre en tient lieu et se réunit en conseil sur invitation des prêtres, chaque fois qu’il y a un problème à traiter. Une équipe de 12 catéchistes-animateurs, représentant les divers coins de la paroisse, se regroupe régulièrement autour des prêtres, pour approfondir l’étude des coutumes, les obstacles à la foi des chrétiens, la formation permanente ou les problèmes ayant trait aux difficultés des catéchistes.

La paroisse a également connu l’apport d’une équipe de volontaires italiens. Il s’agit principalement du couple Piva et d’Annalisa Segato. Ils sont intervenus dans l’animation rurale, l’animation féminine, la prévention maternelle et infantile, l’animation sanitaire. A côté de ces activités de développement, ils assumèrent également des engagements plus spécifiquement ecclésiaux : formation de catéchistes, mouvements de jeunes…

Les quarante villages et les campements qui en dépendaient étaient divisés en quatre secteurs, confiés à deux ou plusieurs catéchistes - animateurs. Le rôle de ces derniers, c’est :
d’aider les catéchistes villageois dans la catéchèse, l’organisation de la communauté, le règlement des palabres… ;
de visiter les villages pour encourager les chrétiens ;
de veiller à l’application des décisions prises dans la paroisse ;
de servir de trait d’union avec les Pères ;
d’animer des réunions avec les catéchistes.

Ce travail, les catéchistes - animateurs l’assurent en étroite collaboration avec les Chefs d’Eglise du secteur. Les décisions prises par les catéchistes deviennent opératoires lorsqu’elles sont entérinées par les Chefs d’Eglise. Le secteur est donc une entité géographique, humaine et religieuse qui a une autonomie propre à l’intérieur de la paroisse. Les quatre secteurs n’ont pas développé une vitalité identique mais, dans l’ensemble, les villages d’un même secteur se sentent solidaires et font appel les uns aux autres pour résoudre certains problèmes, fêter, célébrer les funérailles…

La communauté villageoise

A - Chaque communauté villageoise est dirigée par un comité d’hommes et de femmes. On les appelle les Chefs d’Eglise, les comités chrétiens, le comité d’Eglise… Toutes ces expressions désignent la même réalité. Généralement, ce comité est composé de 4 ou 5 hommes et d’un nombre égal de femmes. Ces membres sont choisis par les chrétiens du lieu et non par les prêtres. Ceux-ci se contentent de confirmer le choix lorsqu’il s’agit de postes-clef.
Dans la désignation de leurs dirigeants, les chrétiens respectent un principe qui leur vient de leur tradition : on choisit parmi les plus anciens dans le baptême. On respecte aussi un second principe dans le choix des Chefs d’Eglise : on choisit la personne dans la famille qui a commencé l’Eglise dans le village. Il en va de même pour le chef de terre. Ce dernier est toujours issu du lignage qui a créé le village. Les attributions de ce comité sont les suivantes :
veiller à la bonne marche de la communauté et aux bons rapports entre chrétiens ;
représenter la communauté chrétienne devant les instances villageoises ;
organiser le travail en commun ;
gérer les finances de la communauté ;
prier pour le village.

B - L’équipe des catéchistes forme le second pôle de l’organisation du village. Le plus souvent chaque communauté dispose d’une équipe de deux, trois, voire quatre ou cinq catéchistes. Ils sont pour la plupart jeunes et lettrés. Tous, y compris les illettrés, ont été formés à la transcription de leur langue en écriture phonétique. Planteurs, commis de coopérative… ils assurent un travail de catéchiste bénévole. Les ressources nécessaires à leur entretien et à celui de leur famille proviennent de leurs travaux champêtres ou de leur métier, mais non de leur travail de catéchiste. Au sein de leur communauté chrétienne, ces équipes assurent les rôles et travaux suivants :
vivre une vraie vie d’équipe et de partage : prier, travailler, manger ensemble ;
assurer la catéchèse aux divers groupes de catéchumènes ;
assurer l’animation des liturgies dominicales, les enterrements…
veiller à alimenter par des travaux la caisse de l’Eglise.

Comme il n’existe pas d’école de catéchistes, leur formation se fait par des journées mensuelles qui ont lieu au niveau des secteurs. Ainsi, tous les catéchistes d’un village peuvent en profiter sans que cela entraîne de grosses dépenses de transport ou d’hébergement. Le contenu des programmes de leur formation s’articule autour de trois axes principaux :
étude et approfondissement de la coutume agni, éléments de méthode pour leur permettre une meilleure analyse et exploitation de leurs traditions ;
formation biblique, étude de l’histoire du salut ;
discussion et résolution des problèmes concrets rencontrés dans leur vie de catéchiste, dans leur vie conjugale, dans leur vie professionnelle…

C - Chaque village a également mis sur pied un comité des malades et une caisse pharmacie. Se soigner est un problème complexe. Souvent les individus n’ont pas les moyens financiers nécessaires pour payer les médicaments au dispensaire. Il faut les aider, sinon ils recourent de façon massive et inconditionnelle au services des voyants-guérisseurs. L’efficacité de ceux-ci est certaine, mais leur pratique pose des questions à la conscience chrétienne. Les catéchistes et les Pères s’en sont expliqués dans un ouvrage intitulé Dieu est notre rempart. Le comité des malades est chargé :
de créer et d’alimenter une caisse d’entraide où le malade peut demander un crédit sans intérêt et avec des facilités de remboursement une fois qu’il est guéri. S’il meurt aucun recouvrement n’est exigé ;
de visiter les chrétiens malades, leur apporter le secours de la Parole de Dieu ;
d’organiser des prières chez les malades, d’y inviter d’autres chrétiens.

La communauté assure ainsi la double couverture exigée par toute maladie : la couverture bio-physiologique ( par les divers soins ) et la couverture « sacramentale » (par le traitement de l’entourage du malade, de ses relations sociales, cosmiques…). La création des caisses-pharmacie a permis de former quelques personnes pour soigner les affections courantes : paludisme, plaies, toux, diarrhées…

Evénements marquants

Le 30 septembre 1947, de fortes pluies ont miné les fondations de l‘église en construction. Une partie d‘un mur s‘est effondrée et a fait tomber celui d’en face. Douze jours plus tard, le P. Kapfer est évacué sur Abengourou, le P. Hubert le voit au passage, très fatigué, mais ne pense nullement qu’il ne le reverra que mort. Les chrétiens de Tankessé demanderont plusieurs messes pour le repos de son âme. Le 8 mars 48, le nouveau préfet apostolique, Mgr Durrheimer, fait sa première visite à Tankessé. Le lendemain, les chrétiens le conduisent en procession à l’église qu’il va bénir sous le vocable Notre Dame de l’Immaculée Conception. Pour la première fois cette année, le fête de L’Immaculée Conception est célébrée solennellement, avec l’assistance des PP. Diss, Meyer et Jacoby.

à suivre

Publié le 24 mars 2011 par Jérôme Fleck