Le Père Jean Perrin sma, un champion de la mission !

« Ralliement » a fait appel à plusieurs témoins pour nous parler de la vie tout à fait exceptionnelle de notre confrère Jean Perrin. Il y a nécessairement des redites, mais, plutôt que de tenter de faire un récit synthétique, nous avons préféré garder à chaque témoignage son originalité, comme l’Église l’a faites pour les quatre Évangiles.

Le 6 novembre 2016 est décédé au Togo un de nos grands missionnaires des Missions Africaines à l’âge de 91 ans. Né le 18 janvier 1925 à Fouchy (Diocèse de Strasbourg), il n’a pu terminer ses études secondaires. Il fut enrôlé malgré lui à 18 ans dans l’armée allemande et, de 1943 à 1945, fut en service actif sur le front russe puis en captivité à Tambov.

Ordonné prêtre le 12 juillet 1951, il fut envoyé en mission dans le diocèse de Sokodé, au Togo Nord, le 28 septembre 1952, chez Mgr Lingenheim.

Malgré une santé bien éprouvée par la guerre, le P. Jean Perrin a vécu un parcours missionnaire extraordinaire de plus de 60 ans. On se demande comment il a pu réaliser tant de choses pour le Royaume de Dieu et pour le pays. Il est vrai qu’il a su trouver de grands bienfaiteurs et des organismes pour réaliser ses projets, mais lui-même, en plus de la pastorale dans les nombreux villages qu’il parcourait à pied, à bicyclette ou en voiture, fut un constructeur hors pair.

Après avoir été vicaire à Yadé pendant quatre ans, il fut nommé comme curé dans la ville de Lama-Kara, où il a construit un beau foyer paroissial. En 1956 y a été fondé le Collège Chaminade à l’instigation du Père Perrin qui souhaitait d’urgence un établissement qui fasse pendant au Collège Saint Joseph de Lomé. Mgr Lingenheim a soutenu ce projet. L’évêché a financé les deux premiers bâtiments, payé les professeurs et nommé le Père Camille Riedlin sma comme premier supérieur (1956-1958) ; il logeait alors à la Mission qui n’était qu’à quelques pas.

En 1965, le Père Perrin fut nommé curé de Sokodé. A peine une année plus tard, en mai 1966, il rentre en congé en Alsace. Après bien des tractations, il se propose de fonder une Mission à Blitta, dans le nouveau diocèse d’Atakpamé de Mgr Atakpa. Et c’est là que, de 1967-1992, durant 25 ans, il a réalisé une œuvre colossale. Tout était à faire. Il construisit, en étant lui-même sur les chantiers comme ferrailleur, un presbytère, une magnifique église paroissiale, un foyer paroissial, des écoles, un dispensaire, de belles chapelles dans les nombreux villages de son district. Il créa « les Majorettes », une association folklorique de jeunes filles, et une fanfare pour animer les offices et les fêtes paroissiales.

Pour désenclaver toute une région, il fit construire un grand pont sur l’Anié et tracer des routes. Ayant le talent de sourcier, il fit creuser de nombreux puits dans une région qui manquait d’eau potable.

En 1992, le Père Perrin est réaffecté dans son premier diocèse de Sokodé et devient curé de Tchebebé durant huit ans. Là aussi, il a une nouvelle paroisse à fonder. Il y construit un grand presbytère et une belle église paroissiale.

En l’an 2000, il a 75 ans. Il construit une spacieuse maison en pleine brousse, à Yomaboua, en dehors de toute agglomération, pour prendre sa retraite. Il continue l’évangélisation des villages des alentours.

Après un séjour de quelques six années dans cet ermitage isolé, il décide de s’installer à Sotouboua afin de pouvoir s’assurer les soins médicaux et retrouver une communauté. Mais là encore il lui faut construire une maison d’habitation, qui devint presbytère, et une église paroissiale. Le 1er janvier 2010, il est promu chevalier de la Légion d’honneur. Pour remercier la Vierge Marie de l’avoir protégé durant la guerre mondiale de 1939-1945 et durant sa vie missionnaire, il crée un pèlerinage à « Notre Dame de la Merci » et élève un beau sanctuaire entouré d’un grand parc. Enfin, pour clôturer son œuvre magnifique, il se met à construire une université, dernier chantier où Dieu l’appelle pour le repos éternel.

Publié le 14 février 2017 par Charles Roesch